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Stocamine : Une poubelle souterraine dans l’est de la France

Stocamine : Une poubelle souterraine dans l'est de la France
Quarante-quatre mille tonnes de déchets toxiques croupissent toujours dans une mine de potasse à Wittelsheim (Haut-Rhin). Le risque d'une contamination dans les eaux du Rhin, lui, continue d'augmenter...

C’est un scandale environnemental « digne » de l’époque soviétique mais ça se passe maintenant et dans nos frontières. En Alsace, région qui d’une façon générale fait aujourd’hui les yeux doux aux standards du développement durable mais qui a encore de gros progrès à faire pour assainir son sous-sol.

Autant entrer tout de suite dans le vif du sujet : à Wittelsheim (Haut-Rhin), commune de dix mille habitants située dans la banlieue de Mulhouse, quelque quarante-quatre mille tonnes d’amiante, de mercure et de déchets électroniques sont stockés à plus de cinq cents mètres de profondeur dans une mine de potasse.

Interrogé par nos confrères de Terra Eco, Jean, ancien mineur aujourd’hui septuagénaire, se souvient : « on nous a bien dit que c’était des produits toxiques, qu’on allait les enterrer sous nos pieds mais on nous a promis que tout était sécurisé. J’y ai cru ».

Les galeries de l’ancienne mine Joseph-Else devaient servir d’entrepôt aux rebuts ultimes – c’est-à-dire ceux que seule la technologie est à même de traiter – et ledit entrepôt employer deux cents anciennes « gueules noires » promises au chômage. L’idée de départ était donc honorable.

Lancée au début des 90’s, le projet a cependant mis près de dix ans à se concrétiser. Entretemps de nombreuses réunions publiques et d’experts qui n’ont rien vu venir. À moins que, pour des raisons qui leur appartiennent, ils n’aient fermé les yeux… Les habitants et les associations de protection de l’environnement locales avaient quant à eux comme un mauvais pressentiment. Les responsables de Stocamine, l’entreprise chargée de sécuriser le stockage des détritus toxiques, ont alors mis la gomme pour atténuer leurs craintes, expliquant à tous les sceptiques du cru que les déchets pouvaient être remontés à tout moment. Un vilain mensonge qui a encore de terribles conséquences aujourd’hui.

Une catastrophe évitable

Car le 10 septembre 2002, soit trois ans et sept mois après son ouverture, le site « totalement sécurisé » a pris feu.

Le sinistre était pourtant évitable, les chauffeurs routiers chargés de transporter les mélanges toxiques ayant dans les semaines qui l’ont précédé évoqué une « odeur pestinentielle » et un liquide multicolore s’échappant des « big bags », des sachets prétendument hermétiques. Ça sentait le soufre et la température des sacs était de dix degrés plus importante que la température extérieure.

Las ! La direction de Stocamine est restée sourde aux injonctions des syndicats, qui réclamaient des analyses, et s’est littéralement assise sur le principe de précaution, ordonnant le stockage jusqu’à cinq cents mètres de profondeur. Elle aurait voulu se tirer une balle dans le pied qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.

Les mineurs sont venus prêter main forte aux pompiers. Il a cependant fallu deux mois et dix jours pour éteindre l’incendie (!), et parce qu’il était sans doute écrit que dans cette sombre affaire la réalité devait dépasser la fiction les « gueules noires » sont allées au casse-pipe « avec de simples blousons ».

« Sans protection. Seuls les pompiers disposaient d’un équipement », narre l’un de leurs avocats. L’affrontement sur le terrain judiciaire était inévitable. Il s’est soldé en appel par des indemnisations pour soixante-quatorze mineurs qui souffrent toujours de démangeaisons et de difficultés respiratoires. L’ancien PDG de Stocamine (qui a officiellement cessé son activité en septembre 2003 mais existe encore en tant que telle) Patrice Dadaux a pour sa part été reconnu coupable d’être passé outre l’arrêté préfectoral régissant le stockage des détritus toxiques et a écopé d’une peine de prison avec sursis. Les détritus toxiques, eux, sont toujours là.

La nappe phréatique menacée

Que fait l’État ? Eh bien l’État commence tout juste à prendre conscience du caractère intenable de la situation mais n’a toujours pas tranché. Pour Jean-Pierre Hecht, représentant du personnel de Stocamine, qui ne compte plus aujourd’hui que vingt-quatre salariés, la frilosité des autorités est dictée par de basses raisons financières et elles espèrent « tout laisser au fond ». « Pour eux, c’est la solution la plus économique. Pour nous, c’est la plus dangereuse », soutient-il.

Le député UMP du Haut-Rhin Michel Sordi a apporté de l’eau à son moulin, lui qui a fait passer en 2004 un amendement à l’Assemblée nationale stipulant qu’« au bout d’un an, les centres de stockage souterrain dangereux deviennent des centres de stockage définitif ». Combien étaient-ils à voter pour cette invraisemblable disposition ? Le statu quo n’a quoi qu’il en soit rien d’illégal. La préfecture, elle, a suggéré de remonter les déchets à la surface ou de fermer la mine, mesures dont il reste à prouver la viabilité – il faut en effet composer avec la topographie capricieuse des lieux – et qui ont été chiffrées à respectivement cent et cinquante millions d’euros. Des coûts a priori rédhibitoires pour les décideurs.

Etienne Chamik, un ancien mineur, affirme que les galeries commencent à s’affaisser. Deux rapports récents ont confirmé ses allégations, en plus d’avoir mis en avant la détérioration et le risque de perforation des fûts contenant les rebuts.

« La flotte coule dans la mine depuis un an. À long terme elle sera noyée », renchérit M. Hecht. Les craintes pour la nappe phréatique du Rhin, qui passe juste au-dessus et rien de moins que la plus importante d’Europe, vont crescendo.

Peu avant de rendre son tablier, Jean-Louis Borloo a tout de même fini par nommer trois experts pour prendre une décision définitive d’ici fin 2011.

L’ancien ministre de l’Écologie, certes très tardivement, a donné l’impulsion. On compte maintenant sur Nathalie Kosciusko-Morizet pour reprendre le dossier et faire mieux que son prédécesseur, c’est-à-dire avoir le courage d’agir en mettant la main à la pâte. Pour que ce qui est déjà un désastre et un modèle de gestion irresponsable ne se transforme pas en une gigapollution ignorant les frontières.

Crédits photos : flickr – mjohn2101 / keriluamox / Timm Sues
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