NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Sortie du nucléaire en France : un coût rédhibitoire ?

Sortie du nucléaire en France : un coût rédhibitoire ?
La dégradation de la conjoncture économique risque fort de compromettre une sortie du nucléaire en France, fût-elle progressive...

Deuxième puissance nucléaire mondiale, la France devrait encore le rester pendant de longues années…

Les six principales formations politiques belges – celles qui constitueront le futur gouvernement de coalition dirigé par le socialiste Elio Di Rupo – viennent de se mettre d’accord sur une sortie définitive du nucléaire à l’horizon 2025. Les autorités mexicaines, elles, ont pris le contrepied du voisin américain, qui malgré l’accident de Fukushima 1  (Japon) demeure déterminé à relancer la machine atomique, en renonçant à leurs ambitions nucléaires. Prévoyant d’abord la construction de dix nouvelles centrales d’ici quinze ans (PS : le pays ne compte actuellement qu’une seule unité nucléaire) afin de réduire la forte dépendance aux énergies fossiles, elles ont au bout du compte jeté leur dévolu sur le gaz naturel après la découverte d’importants gisements.

En France, le débat continue de faire rage entre pro et « anti-atome » et il y a fort à parier que la question énergétique soit l’objet d’intenses passes d’armes lors de la campagne présidentielle. Les écologistes et les socialistes n’ont pas encore trouvé de terrain d’entente politique mais plaident de concert pour, a minima, une diminution progressive – et immédiate – de la part du nucléaire dans le bouquet énergétique hexagonal. La majorité sortante, elle, aspire à favoriser le déploiement des technologies vertes mais n’entend pas pour autant remettre l’hégémonie de l’atome en cause, au grand dam d’une proportion croissante de nos concitoyens. Les chiffres lui donnent néanmoins raison et ils ont une importance évidemment prépondérante vu la dégradation de la conjoncture économique.

Des coûts vertigineux

Interrogé par nos confrères du Figaro en septembre dernier, le président du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables (CEA) Bernard Bigot avait ainsi estimé qu’un abandon du nucléaire dans nos frontières coûterait au minimum sept cent-cinquante milliards d’euros. Un montant déjà astronomique mais dont il avait précisé qu’il s’agit d’un ordre de grandeur, la KFW, équivalent allemand de la Caisse des dépôts, ayant évalué à deux cent-cinquante milliards d’euros le coût d’un renoncement en Allemagne et la part de l’atome dans le panache énergétique étant grosso modo trois fois inférieure de l’autre côté du Rhin. Ce chiffre repose donc sur une simple transposition et est de fait en-deçà de la réalité.

L’Union française de l’électricité (UFE) (NDLR : syndicat professionnel qui regroupe notamment EDF et GDF-Suez) vient quant à elle d’estimer à soixante milliards d’euros le surcoût que représenterait une réduction de 75 à 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique national comme le préconise le candidat du Parti socialiste François Hollande, devenu le punching-ball de la ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet et qui n’est guère ménagé non plus par les responsables d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Eva Joly en tête. Il en résulterait par ailleurs une augmentation de 50% de la facture des particuliers en vingt ans, et dans l’hypothèse d’une production électrique dépendant encore à 70 % de l’atome en 2030 la France devrait investir trois cent vingt-deux milliards d’euros dans son système électrique sur la période. Il faudrait en débourser respectivement soixante et cent-douze de plus dans le cas de productions électriques d’origine atomique ramenées à 50 % et à 20 %.

« On ne peut pas sortir du nucléaire uniquement avec les énergies renouvelables ou la maîtrise de la demande d’énergie »

« Avec la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, la mise à niveau des réseaux ou le renforcement des énergies renouvelables, le scénario dit de continuité suppose des investissements massifs », a résumé le président de l’UFE Robert Durdilly, cité par nos confrères des Échos. « On ne peut pas sortir du nucléaire uniquement avec les énergies renouvelables ou la maîtrise de la demande d’énergie. Il faut aussi compter sur des moyens de production thermiques », a pour sa part indiqué Jean-François Raux, expert de l’UFE, qui souligne que « les prix augmenteront quel que soit le scénario » et dont l’analyse repose sur le fait que les technologies éolienne et solaire sont par essence tributaires des conditions météorologiques. Plus la part de l’atome baissera, plus il sera donc nécessaire de recourir aux énergies fossiles, d’où une augmentation importante des rejets carbone préjudiciable à la lutte contre le réchauffement climatique – dans le cas d’une sortie accélérée, quatre cent trente-neuf millions de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère en 2030 selon l’UFE, soit soixante-neuf de plus que l’an passé.

Dans le scénario intermédiaire prôné par l’ex-Premier secrétaire du PS, « les professionnels ont calculé que la part de l’énergie produite par les renouvelables doublera à 34 %, mais celle produite à base de fioul, de gaz ou de charbon passera de 7 à 16 %, voire à 40 % (!) dans le cas d’une sortie accélérée », renchérit le quotidien économique. « Il faudra alors installer dix mille mâts d’éoliennes, soit la surface de l’Île-de-France, mais aussi soixante centrales à gaz », avertit M. Durdilly, selon lequel « plus on donne de coups de barre importants, plus on se fragilise ». C’est aussi l’avis du gouvernement.

Les candidats à la magistrature suprême savent désormais à quoi s’en tenir. La froide réalité des chiffres conjuguée aux graves difficultés de la zone euro pourraient notamment amener M. Hollande à réviser ses ambitions et qui sait à renoncer à un engagement qu’il estimerait tout compte fait impossible à tenir, quitte à s’attirer les foudres d’EELV. Une fois au pouvoir, le candidat socialiste aurait en tout cas très fort à faire pour joindre les actes à la parole énergétique.

Crédits photos : flickr – Gretchen Mahan / Lourenço Tomas / Jean-Marc Ayrault
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • jilquillevere

    fukushima.over-blog.fr/article-pas-cher-le-nucleaire-71874029.html

  • visiteur

    Beaucoup de contre-vérités dans le discours de l’UFE et des compères du nucléaire.

    On peut trouver des informations plus sérieuses ici :
    http://energeia.voila.net/index2.htm

    Par exemple, dans le dossier “solaire”, le coût moyen en 2011 de l’électricité photovoltaïque, qui est de 179 euros/MWh … moins cher que le prix annoncé par l’UFE pour 2030.

    Dans le dossier “nucléaire”, le coût de l’électricité du nucléaire EPR si celui-ci était terminé … dans cinq ans : 81 euros/MWh.

    Dans le dossier “électricité”, l’électricité provenant du charbon diminue en même temps que celle du nucléaire, depuis dix ans, alors que les énergies renouvelables connaissent une très forte progression.