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Sommet de Durban : la coopération internationale contre le réchauffement climatique reste fragile

Sommet de Durban : la coopération internationale contre le réchauffement climatique reste fragile
Un nouveau traité contraignant devrait entrer en vigueur en 2020 mais la lutte mondiale contre le réchauffement climatique continue de piétiner

Si le soulagement de l’Union Européenne (UE) apparaît compréhensible au regard du déroulement des tractations, l’entrée en vigueur d’un texte contraignant et surtout n’exonérant plus aucun pays n’interviendra pas avant 2020 au mieux.

Il ne fallait pas s’attendre à un miracle et disons-le tout net : de miracle il n’y eut point. Deux ans après la démonstration de faiblesse de Copenhague (Danemark), douze mois après une conférence de Cancun (Mexique) un (tout petit) peu plus encourageante dans son déroulement mais qui n’accoucha pas davantage de l’accord global contraignant réclamé à cor et à cri par les associations de protection de la nature, le sommet de Durban (Afrique du Sud) augurait lui aussi d’une fin en eau de boudin. La menace climatique a beau se préciser au gré d’expertises scientifiques toutes plus effrayantes les unes que les autres, son origine anthropique a beau avoir été une nouvelle fois démontrée il y a quelques jours à peine par deux chercheurs suisses, la communauté internationale continue d’avancer à pas de lilliputien.

Admirable d’opiniâtreté et particulièrement entreprenante – c’est elle qui a mené les négociations d’un bout à l’autre de la réunion -, l’Union Européenne (UE) n’a cependant pas boudé son plaisir d’avoir décroché « sa » feuille de route, comprenez un accord de principe en vue d’élaborer un texte impliquant tous les États onusiens d’ici 2015. Il s’agit là d’une « percée historique », a-t-elle estimé, la Commissaire européenne à l’Action pour le climat Connie Hedegaard ayant par ailleurs souligné dans un communiqué que « de nombreuses parties avaient dit après (le sommet de) Cancun que l’on pourrait seulement appliquer les décisions prises à Copenhague et (au Mexique ) ». « L’UE souhaitait plus d’ambitions. Elle a obtenu plus […] Alors que le Protocole de Kyoto divise le monde en deux catégories [NDLR : le Canada, le Japon et la Russie étaient notamment hostiles à sa prolongation, le texte ne couvrant plus aujourd'hui que 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) ], nous aurons maintenant un système qui reflète la réalité d’un monde aujourd’hui interdépendant », a-t-elle ajouté.

La ministre française de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet s’est de son côté réjouie « du rôle moteur que l’Europe a joué dans ces négociations ». « Ses propositions ont formé la base du compromis », a-t-elle insisté, rappelant aussi que, dans la mesure où l’UE ne représente que 11 % des rejets carbone internationaux, « seul l’engagement de toutes les grandes économies […] permet de contenir la hausse de la température mondiale ». « La voie est désormais ouverte. C’est un tournant qui a été pris avec une grande difficulté, mais qui a été pris. Si les conservatismes s’étaient imposés, le cadre multilatéral de lutte contre les changements climatiques aurait perdu sa pertinence pour l’avenir et aurait même pu s’effondrer à Durban. Nous avons au contraire franchi une étape dans ce processus, dont beaucoup disent qu’elle est comparable au mandat fixé à Berlin en 1995 pour adopter le Protocole de Kyoto », a poursuivi « NKM ».

« Les gouvernements, qui ont choisi d’écouter les pollueurs plutôt que le peuple, ont échoué »

Fervente partisane d’un maintien dudit texte après 2012, celui-ci ne l’astreignant certes à aucune obligation climatique et continuant de faire d’elle un pays en développement (PED), la Chine est l’autre grande gagnante de ce sommet. « La principale ouverture est venue (d’elle), ce qui est assez cohérent avec ses engagements nationaux. C’est un petit mouvement mais cela a fait bouger les États-Unis et a entraîné l’Inde », a commenté la ministre. Reste que le caractère contraignant du traité qui succèdera au Protocole de Kyoto n’est pas acquis, l’Inde en ayant fait un casus belli, aussi le futur accord, qui devra entrer en vigueur d’ici 2020, n’est-il pour l’heure qu’« un protocole, un autre instrument légal ou une solution concertée ayant une force légale ».

Il n’en fallait pas davantage pour que, loin de l’optimisme de Bruxelles et de l’Hôtel de Roquelaure, Greenpeace assimile le sommet de Durban à « un échec ». « Les gouvernements qui ont choisi d’écouter les pollueurs plutôt que le peuple ont échoué à renforcer les précédentes mesures pour lutter contre le changement climatique », considère l’association. Même déception du côté du Réseau Action Climat (RAC), selon lequel « les États-Unis ont déployé toute leur énergie pour bloquer le processus ».

L’eurodéputée, présidente de Cap21 et candidate au prochain scrutin présidentiel Corinne Lepage, qui dans son carnet de route avait déjà évoqué un concours de coups fourrés orchestré par les lobbies et les pays hostiles au renforcement de la concorde internationale via le déploiement de nouveaux objectifs obligatoires, a de son côté parlé de « maigre succès », faisant allusion au sauvetage du processus onusien et du Protocole de Kyoto mais également au lancement effectif du fameux Fonds vert pour le climat, lequel répond à « une demande forte des PED de se doter d’un instrument financier innovant facilitant leur transition vers une économie bas carbone et résiliente au changement climatique », a rappelé le ministère de l’Écologie, qui a en outre rapporté que « des contributions volontaires, dont plusieurs ont déjà été annoncées à Durban, permettront de couvrir les frais de fonctionnement (dudit) Fonds sur les deux années à venir ».

Si « pour la première fois, un dialogue sur l’agriculture (NDLR : qui représente 30 % des rejets carbone mondiaux) pour développer les bonnes pratiques et les transferts de technologies et répondre aux enjeux climatiques tant sur le plan de la réduction des émissions que de l’adaptation à ses effets, notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire », a été instauré, s’est félicité le ministère, la limitation du réchauffement sous le seuil des deux degrés celsius paraît définitivement relever aujourd’hui du fantasme. « Avec les objectifs actuellement sur le table, (le monde) se dirige vers un réchauffement de quatre degrés celsius », a ainsi regretté le RAC, Mme Lepage ayant quant à elle rappelé que « les discussions sur de nouveaux engagements de réduction des émissions n’interviendront pas avant le prochain rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) 2014 ».

On en arriverait presque à se demander, dans ces conditions, quelle sera l’utilité de la prochaine conférence internationale sur le climat. Celle-ci aura lieu fin 2012 au Qatar, ce que l’eurodéputée, loin d’être la seule dans ce cas, voit comme « une véritable provocation qui laisse supposer que rien ne pourra s’y passer de progressif ». C’est que le pays bat des records en matière d’émissions de CO2 par habitant et n’a jusqu’ici pas franchement fait montre d’un grand intérêt à l’endroit des thématiques environnementales. Faut-il voir dans l’attribution de l’organisation du prochain sommet sur le climat au Qatar la preuve d’une installation du ver de l’argent et des lobbies fossiles dans le fruit écologique ? Convenons quoi qu’il en soit qu’on est ici au mieux à la limite de la faute de goût et que l’accord conclu à Durban, quand bien même il n’est pas tout entier à jeter à la poubelle, est loin de répondre aux attentes de l’opinion publique internationale. Une mauvaise habitude dont certains décideurs hélas très influents ne veulent manifestement pas se départir.

Crédits photos : flickr – Andrea Della Adriano / takver
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  • daniel d

    C’est hallucinant cette course de lenteur, comme si nous avions tout notre temps !

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