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Sommet de Cancun : le Japon élément perturbateur

Sommet de Cancun : le Japon élément perturbateur
Le Japon ne voit « pas de raison » de prolonger le Protocole de Kyoto, évolution sur laquelle la communauté internationale s'était officieusement entendue...

À une semaine du coup de sifflet final tout porte à croire que les petits États insulaires, qui pâtiront les premiers d’une hausse devenue incontrôlée du thermomètre mondial, seront les grands oubliés de négociations que la délégation nippone a de son côté rendu encore plus compliquées.

Ils discutent depuis dimanche et ont largement eu le temps de mesurer la grandeur persistante des obstacles. L’heure devrait être à la solidarité internationale face à l’urgence environnementale, alors qu’on vient d’apprendre que 2010 sera l’une des trois années les plus chaudes de l’histoire de l’humanité, mais un monde en sépare certains. D’autres tentent de parler d’une seule voix pour faire triompher leurs vues. Reste que comme on pouvait s’y attendre ce sommet sur le climat n’est pas moins un casse-tête que ses prédécesseurs. L’ex-président brésilien José Inacio Lula da Silva s’est rapidement dit « pessimiste » et il faut reconnaître que l’omnipotent auriverde n’a pas tort : les choses se présentent plutôt mal à Cancun (Mexique), où la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) Christiana Figueres, qui connaissait déjà fort bien les rudiments du métier, en apprend désormais l’ingratitude. Trop de divergences, trop d’intransigeance de la part de certains, trop de méfiance de certains autres, le plus souvent sans-grade et qui ne croient plus aux belles promesses climato-démagogiques des pays riches.

Il y en a qui peuvent compter sur l’indéfectible fidélité de leurs laquais, fidélité dogmatique ou qui tient du sacerdoce, et il y en a pour lesquels l’isolement diplomatique n’est pas un problème. Parmi eux, la Chine, en conflit ouvert – et bientôt contagieux ? – avec les États-Unis, qui ne veut rien savoir dès lors qu’il est question de ses droits à la prospérité et à disposer d’elle-même et qui s’emploie à tuer dans l’oeuf toutes les velléités de contestation extérieure. Ce faisant l’Empire du Milieu élargit son credo de musèlement systématique de l’opposition, cette fois sans violer les droits de l’Homme mais en minimisant sciemment ses devoirs envers la planète, quand bien même il ne pourra seul atténuer les conséquences énergétiques de son irrésistible ascension. Parce qu’il peut compter sur des lobbyistes hors pair il vient toutefois d’obtenir de la Banque européenne un prêt d’un demi-milliard d’euros pour mieux lutter contre l’augmentation des températures…

Fervent soutien à « la base » de Copenhague

L’ancien ennemi juré japonais, lui, ne veut plus entendre parler du Protocole de Kyoto, signé sur son territoire en 1997, qui doit expirer en 2012 et que la communauté internationale a d’abord voulu dépasser, avant de s’apercevoir que les points d’achoppement étaient trop nombreux pour prétendre à mieux qu’à le prolonger. En l’occurrence l’histoire ne se répète pas : le Japon a fait des pieds et des mains pour que le sommet de Nagoya, qui se jouait lui aussi « à domicile », débouche sur des avancées probantes, et voilà qu’un mois plus tard il pourrait compromettre tous les plans climatiques onusiens.

Tokyo veut défendre le texte pourtant bancal sur lequel les décideurs se sont entendus l’an passé à Copenhague (Danemark) et fait en effet valoir que ledit Protocole n’a été signé ni par la Chine ni par les États-Unis. De fait il ne couvre aujourd’hui que 27 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la planète (NDLR : soit vingt-neuf points de moins qu’il y a treize ans). L’accord paraphé dans la capitale danoise et approuvé par les deux premiers pollueurs de la planète englobe quant à lui les quatre cinquièmes des rejets mondiaux.

Le calcul serait vite fait si ce dernier avait fini par obtenir cette consistance juridique qui aurait pu régler bien des différends cette année et s’il avait comporté des clauses contraignantes, or ce n’est pas le cas. Dès lors que faire ? Se ranger aux desiderata nippons, admettre que les plats risquent de ne pas repasser deux fois et battre ce fer danois qui n’a toutefois jamais été chaud ? Bâtir sur du plus solide en donnant un sursis supplémentaire au certes moins ambitieux Protocole de Kyoto ? Cette dernière position est défendue par toutes les autres délégations et en particulier par les pays du Sud, pour qui le semblant d’édifice construit l’an passé repose sur du sable. Aussi le Japon est-il désormais sous le feu nourri des critiques. Un feu auquel l’Union Européenne (UE) a choisi de ne pas prendre part, rejetant pour ne froisser absolument personne la notion selon laquelle la position des autorités nippones nuit au bon déroulement des débats.

« Il n’y a pas de raison » de prolonger Kyoto

« Chacun est favorable à une continuité de Kyoto [...] Ce dont nous devons être conscients c’est que nous disposons d’un temps limité pour prendre des décisions, mais cette période s’achève en 2012, pas à la fin de la conférence de Cancun », a insisté l’ambassadeur mexicain Luis Alfonso de Alba. Son « collègue » yéménite Abdoulla Alsaïdi, lui, redoute « que sans des concessions sur le Protocole de Kyoto, un accord (n’échappe à la communauté internationale) à Cancun ». Et de faire un appel du pied explicite au Vieux Continent, qui doit convaincre « nos bons amis les Japonais d’envisager d’accepter une prolongation des réductions des émissions de GES, faute de quoi Cancun ne sera pas un succès ».

Eu égard à l’évolution de la conjoncture « il n’y pas de raison » de prolonger la durée du Protocole, estime pour sa part le vice-ministre japonais de l’Environnement Hideki Minamikawa. « Le but de la convention est de réduire les rejets de CO2 à l’échelle planétaire. Le Japon est déterminé à conduire le monde vers un système décarboné», a-t-il solennellement ajouté. Reste que la concorde plus globale et donc plus pertinente pour laquelle il plaide apparaît hautement hypothétique à ce stade des pourparlers

C’est en tout cas l’avis de Mme Figueres qui, tout en rappelant que le pays du soleil levant avait déjà usé d’une rhétorique analogue par le passé, a d’ores et déjà prévenu les participants qu’il ne fallait pas attendre d’éclaircissement de l’avenir du contraignant mais il est vrai obsolète protocole précité : « étant donné la diversité des points de vue [...], il ne va pas être possible de prendre une décision claire et nette, dans un sens ou dans un autre ».

Par conséquent la perspective déjà presque inenvisageable d’un traité contraignant n’a pour ainsi dire plus lieu d’être évoquée dans l’immédiat, ainsi que l’a d’ailleurs admis le pays hôte du sommet. « Pour la forme », parce qu’il estime de son devoir d’assumer sa responsabilité d’hébergeur et/ou peut-être aussi parce qu’il continue d’y croire, le Mexique a néanmoins lancé un appel clair à la mobilisation et à l’ambition. On saura dans une semaine s’il a été entendu.

Crédits photos : flickr – Joi Ito / Luckygun - Wikimedia Commons - Pomakis
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  • daniel d

    DÉSESPÉRANT !

  • dk

    AFFLIGEANT !