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Roland Garros : avantage à l’histoire

Roland Garros : avantage à l'histoire
Bien qu'adopté à une large majorité par les élus de la Fédération française de tennis (FFT), le projet d'agrandissement et de modernisation du stade Roland Garros porté par la Ville de Paris suscite bien des hostilités

Les conservateurs ont gagné. Organisés Porte d’Auteuil depuis 1928, les Internationaux de France de tennis ne déménageront pas.

Les adversaires de la délocalisation peuvent se frotter les mains : le dossier proposé par la Ville de Paris, qui bénéficiait d’un capital séduction certain, du soutien de Roger Federer et Rafael Nadal (vainqueurs des six dernières éditions), avait pour lui des infrastructures déjà existantes et portait l’accent sur le prestige et l’histoire du tournoi, a été adopté hier après trois tours de scrutin.

Plus de 70 % des cent quatre-vingt-quinze élus de la Fédération française de tennis (FFT) l’ont finalement choisi, au grand dam de ceux qui, arguant des aménagements considérables effectués ces dernières années à Melbourne, Wimbledon et New York, réclamaient un changement de standing plus visible. « C’est un choix audacieux, osé, hautement qualitatif et stratégique, à contre-courant du gigantisme à la mode », a commenté son président Jean Gachassin à l’issue du scrutin.

Au diable le « sport-business », c’est la logique du « changement dans la continuité » qui l’a donc emportée. Une stratégie effectivement risquée, alors que de l’autre côté des Pyrénées le prestigieux Masters 1000 de Madrid (Espagne) a tous les atouts logistiques et peut compter sur le soutien de lobbyistes chevronnés pour bouleverser la hiérarchie en Grand Chelem. Bien qu’en vigueur depuis 1905 et la création de l’Open d’Australie, celle-ci n’est en effet pas figée, même si ni l’ATP (Association des tennismen professionnels) ni la Fédération internationale de tennis (FIT) n’ont pour l’heure émis le souhait d’une rétrogradation de celui que les joueurs étrangers appellent le « French ».

Malgré leurs atouts respectifs, les candidatures de Gonesse (Val-d’Oise), Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) et Versailles (Yvelines) – laquelle « (attirait) » dans un premier temps M. Gachassin, qui accorde manifestement beaucoup d’importance au cadre – ont été loin du compte. Devenue co-directrice de l’Open Gaz de France, l’ancienne numéro un mondiale Amélie Mauresmo, tout en concédant ne pas avoir étudié les cahiers des charges dans le détail, aurait pour sa part souhaité une autre issue : « Je pensais qu’il fallait bouger [...] Il y a pas mal de politique derrière ce choix. Les côtés tennistique ou fluidité du public n’ont peut-être pas primé [...] Pour être ambitieux, je pense qu’il faut de la place et j’ai l’impression qu’on aura du mal à repousser les murs, même si on va gagner de la place ».

Soulagé, le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, lui, s’est dit convaincu dans un communiqué que le site de Roland Garros pourra « se développer pour conserver son rang de tournoi du Grand Chelem » et que le fait de demeurer « dans le cadre prestigieux de la porte d’Auteuil constitue un atout majeur dans la compétition que se livrent les grands tournois de tennis internationaux ».

« 60 % d’espaces en plus »

Et l’édile de rappeler que, d’ici à l’édition 2016 du tournoi, Roland Garros disposera « de 60 % d’espaces en plus pour mieux accueillir le public, les joueurs, les médias et les sponsors, notamment grâce à un nouveau court de tennis de cinq mille places dans le Jardin des serres d’Auteuil ». Une construction qui déclenche néanmoins l’ire de nombreux riverains, écologistes, élus locaux et autres associations de quartier (NDLR : Une pétition contre cette mesure a déjà recueilli près de trente mille signatures) aux yeux desquels l’agrandissement et la modernisation du stade sont avant tout synonyme de nouveaux travaux, d’un afflux de spectateurs et d’un préjudice sonore supplémentaires. En outre, si les serres classées aux Monuments historiques ne seraient pas menacées, l’enceinte de deux mille mètres carrés prochainement bâtie est actuellement occupée par des « serres chaudes » qui abritent des collections de fleurs rares et des bâtiments techniques.

Reste que la décision de la « Fédé » apparaît la meilleure du strict point de vue environnemental. Nécessaire sous peine d’un déclassement qui ne satisferait personne, le réexamen du cas des Internationaux de France de tennis va en effet déboucher sur une extension de cinq hectares et non sur des créations ex nihilo à distance respectable de la capitale, d’où des rejets carbone moindres. Les nouveaux courts devraient par ailleurs être construits en fonction des standards actuels du développement durable.

En ces temps où il faut se serrer la ceinture, les cadres de la FFT ont sans doute aussi tenu compte du coût de ce projet, évalué à deux cent trente-cinq millions d’euros – soit environ deux fois moins que celui des trois autres – et des possibilités de concrétisation dans les délais, moins élevées pour les candidatures concurrentes (à l’exception de celle de Gonesse). Subsistent cependant deux bémols sportifs majeurs : l’impossibilité d’organiser des matches en session nocturne et l’incapacité d’accueillir d’autres événements. Les défenseurs de l’environnement pourront de leur côté se réjouir que la consommation énergétique restera de facto relativement raisonnable.

Maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy a dénoncé une « vision aristocratique et élitiste ». « Roland Garros va rester le plus petit des tournois du Grand Chelem. C’est une occasion manquée pour le tennis français [...] Ce n’est pas le choix de l’avenir », a-t-il estimé. Le conseiller d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Yves Contassot n’a pas davantage caché son amertume : « il s’agit d’une décision qui s’appuie des considérations particulièrement conservatrices et en partie mensongères. Affirmer que Roland Garros appartient à Paris, c’est dénier aux Franciliens le droit de partager ». « Au plan juridique, financier et environnemental, le choix de Paris risque de se révéler un miroir aux alouettes tant les obstacles sont nombreux et sérieux », a-t-il ajouté. Une chose est sûre : ce dossier n’a pas fini de faire parler de lui.

Vidéo de présentation du projet

http://www.dailymotion.com/videoxg3019

Crédits photos : Mairie de Paris
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  • daniel d

    1-Je ne vois pas en quoi le fait que Roland-Garros reste le plus petit des tournois du Grand Chelem dérange le Maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy ! il faut bien qu’il y ait un premier et un dernier !Et son argument sur “l’élitisme” de cette décision ne tient pas : Le projet retenu coûtera 2 fois moins cher que les autres, ce qui permettra une augmentation raisonnable du prix des entrées. Avoir un tournoi délocalisé au milieu de nulle part et privé de spectateurs en raison du prix forcément encore plus élévé des billets, quel intérêt ?

    2-Les propos démago-boboïsants d’Yves Contassot me donnent à penser que le nom de ce personnage comporte 2 syllabes excédentaires !
    “dénier aux Franciliens le droit de partager [le tournoi]“, c’est à mourir de rire, mais où va t-il chercher tout ça ?!