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Chef de la nation Kayapo à la renommée devenue mondiale, Raoni est actuellement dans la métropole carioca pour faire entendre la voix de son peuple.
Un peuple vent debout contre le projet de barrage Belo Monte (Brésil), superstructure à laquelle le chanteur Sting, le réalisateur James Cameron ou encore Nicolas Hulot sont eux aussi catégoriquement opposés, dont la construction a débuté il y a quelques mois, mais qui fait régulièrement parler d’elle depuis plus de vingt ans. Érigé au coeur de l’Amazonie, impliquant déforestation, expropriations, déplacements de populations, assèchement des cours d’eau et très probablement érosion d’une biodiversité déjà malmenée, il s’agira au bout du compte du troisième plus gros ouvrage hydraulique de la planète.
Officiellement présidente depuis le 1er janvier 2011, par ailleurs ancienne ministre de l’Énergie, Dilma Rousseff restera dans l’histoire comme celle qui, après bien des péripéties judiciaires, a dans l’esprit des écologistes et des Amérindiens franchi le Rubicon. Son prédécesseur à la tête du Brésil et mentor Luiz Inacio Lula da Silva était lui aussi favorable à ce qui avait fini par apparaître comme un serpent de mer aux yeux de l’opinion publique internationale, considérant le barrage indispensable en vue de satisfaire l’augmentation de la demande énergétique. Il n’eut cependant pas le temps d’aller au bout de son idée, les populations concernées, à une écrasante majorité très hostiles, ayant fait montre d’une impressionnante combativité.
Il reste que leur détermination n’a pas eu raison de celle de Mme Rousseff et qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, tout porte à croire qu’elles ont perdu la partie. Interrogé par nos confrères de Terra Eco en marge de l’ouverture du sommet Rio+20, très attendu, mais auquel d’éminents responsables politiques, à commencer par Barack Obama, Angela Merkel et James Cameron, ont décidé de ne pas prendre part, le chef Raoni n’a pas pour autant déposé les armes. Loin de là .

Un écosystème et des populations en danger
Venu à Rio de Janeiro « dénoncer la politique criminelle du gouvernement brésilien », « dire aux dirigeants du monde que le Brésil ne respecte pas les droits des peuples indigènes et qu’il ne les consulte pas avant tout projet sur leur territoire », a-t-il espoir que ladite conférence aide à court-circuiter les plans des pouvoirs publics ? Les Nations Unies auraient quoi qu’il en soit matière à taper du poing sur la table, le Brésil s’étant engagé devant elles à respecter les riverains du futur barrage de Belo Monte, dont la capacité de production à l’horizon 2019 a été estimée à onze mille mégawatts (MW), via la signature de la Déclaration sur les peuples indigènes.
Et Raoni de souligner que celui-ci n’est que « le premier d’une série » dont il va sans dire qu’elle attenterait gravement à l’écosystème. « Ici, nous parlons, nous expliquons, mais si le gouvernement poursuit ses projets et n’entend pas notre voix, nous serons obligés de faire la guerre », fût-elle déséquilibrée vu les forces « bien moindres » dont disposent les Indiens, a-t-il averti.
Le ton est donné et le conflit semble bel et bien inévitable malgré les assertions rassurantes des initiateurs et défenseurs du projet de Belo Monte, qui mettent en avant les nombreuses créations d’emplois et selon lesquels les études d’impacts environnementaux n’ont rien révélé de dramatique. Mais si « le barrage ne va pas inonder les terres indiennes, il va tout de même assécher près de deux cents kilomètres de rivière dans la région de la Volta grande do Xingu, considérée comme un “monument fluvial” », rapporte Terra Eco. Tôt ou tard, les populations établies dans cette zone devraient même quitter leurs terres en raison du manque d’eau.
À moins que la promesse d’un affrontement par les armes qui ferait vraiment désordre ne finisse par faire plier Brasilia.

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