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C’est une triste constante depuis l’échec du sommet de Copenhague : les négociations ayant trait à l’environnement sont un sac de noeuds pour la communauté internationale.
Tous les participants à la conférence Rio+20 (Brésil) connaissent l’urgence de la situation. L’aggravation du réchauffement climatique, l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre (GES), l’érosion perpétuelle d’une biodiversité qui, d’après le rapport 2012 du WWF sur l’état du monde cité par nos confrères des Échos, a accusé une baisse spectaculaire de 28 % au cours de la période 1970-2008, l’incapacité à contenir la déforestation (NDLR : treize millions d’hectares de surfaces forestières disparaissent chaque année), la surconsommation énergétique qui amène la planète à épuiser son capital de ressources naturelles de plus en plus tôt chaque année… Des maux avérés que les pays développés dans leur ensemble ne se donnent pas les moyens de combattre efficacement, à l’exception notable d’une Union Européenne (UE) qui, confrontée comme tout le monde à la puissance des lobbies récalcitrants, n’a toutefois pas revu ses objectifs de réduction des rejets de GES à la hausse.
Ouvertement souhaitée par le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et plus récemment par la présidente du FMI (Fonds monétaire international) Christine Lagarde, la transition vers l’économie verte ne semble pas pour demain, indépendamment de la progression des énergies renouvelables dans nombre de bouquets énergétiques nationaux, tout comme la création d’une Organisation mondiale de l’environnement qu’ils sont pourtant nombreux à appeler de leurs voeux (la nouvelle ministre de l’Écologie Nicole Bricq et le coordonnateur de la Conférence des Nations Unies sur le Développement durable Brice Lalonde pour ne citer qu’eux). Quant aux refus de David Cameron, Angela Merkel et Barack Obama de faire le déplacement dans la métropole carioca, ils constituent un bien mauvais signal.
Copenhague a été le Waterloo du réchauffement climatique, Cancun un pétard mouillé, Durban un catalogue de bonnes intentions. À quelques heures de l’arrivée des chefs d’États, avec quelques absents de marque donc, le sommet Rio+20, lui, ne changera assurément pas la face du monde, alors même qu’il s’agit désormais de « définir des objectifs pour 2030 tournés vers l’humanité tout entière », résume M. Lalonde, interrogé par le quotidien économique.
L’enjeu est donc de taille, mais les pommes de discorde sont a priori trop nombreuses et les divergences trop importantes pour éviter une nouvelle désillusion. Pays-hôte, le Brésil lui-même n’a préalablement pas pris soin de balayer devant sa porte. Soutenant la production d’agrocarburants au détriment de la forêt amazonienne (au même titre que son prédécesseur et « père politique » Luiz Inacio Lula da Silva), exonérant les petits propriétaires forestiers de leur devoir écologique – le retoquage présidentiel de la loi votée par les parlementaires n’a globalement concerné que des points de détail -, sa présidente Dilma Rousseff a de surcroît ordonné le lancement de la construction du très controversé barrage de Belo Monte, ouvrage pharaonique ayant vocation à répondre à la hausse de la demande énergétique, mais dont l’érection suppose l’assèchement de près de deux cents kilomètres de rivière dans la région de la Volta grande do Xingu et le déplacement de tribus amérindiennes. Sans parler de la découverte récente d’importants gisements pétroliers offshore qui a détourné le pays des énergies renouvelables…

« Prendre le développement durable au sérieux »
Entre colère légitime des ONG (dont certaines sont en outre hostiles à la notion d’« économie verte », jugeant inconcevable d’attribuer des valeurs financières à la nature) et manque d’enthousiasme des participants, l’atmosphère est pesante à Rio de Janeiro, rapportent nos confrères du Figaro, où la délégation auriverde « a été, de l’avis de la majorité, incapable jusqu’ici de prendre le rôle de leader que beaucoup attendaient de lui ». Partant de là , tout porte à croire que, comme dans la capitale danoise, les chefs d’États vont devoir aller au charbon et négocier eux-mêmes.
Le projet de déclaration finale des délégués brésiliens a en tout cas été « sévèrement contesté par la délégation européenne, qui critique un document dépourvu d’” ambition”, avec “une régression du multilatéralisme” », relate le quotidien, selon lequel, « aux yeux de beaucoup, le Brésil ne cherche que le plus petit dénominateur commun ». « C’est médiocre et lamentable. Le Brésil est la sixième puissance mondiale et c’est une démocratie. Cela lui donne des responsabilités, mais il se révèle incapable de la moindre vision », déplore Muriel Saragoussi, coordinatrice au Brésil des campagnes de l’ONG Oxfam citée par Le Figaro.
Le directeur général du WWF Jim Leape n’est pas moins amer. « Après une session très tardive de négociations, le texte révisé s’annonce comme un échec majeur en termes de leadership et de vision de la part des diplomates. Nos dirigeants devraient être embarrassés devant leur inaptitude à trouver un terrain d’entente sur un enjeu aussi crucial », a-t-il estimé dans un communiqué, enjoignant ces derniers à « prendre le développement durable au sérieux et surtout à sauver ce processus de négociations ». « S’ils approuvent ce qui est actuellement sur la table sans y apporter de changements significatifs, ils condamnent la conférence Rio+20 au ridicule », a-t-il par ailleurs estimé, regrettant que « les diplomates pratiquent maintenant la langue de bois et utilisent des formules alambiquées ».
« Le texte comporte de nombreuses formules creuses qui n’engagent en rien les différentes parties, telles que “engagés à promouvoir” ou encore “engagés à prendre systématiquement en considération” », résume M. Leape, qui fait cependant état de « quelques points positifs sur la protection des océans ». Tout juste assez pour empêcher un très probable zéro pointé.

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