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Ils ont de l’argent, beaucoup d’argent mais sont aussi préoccupés par les enjeux environnementaux d’aujourd’hui et de demain. Avec sans aucun doute des arrière-pensées financières et la volonté de soigner leur image, ils ont alloué une partie de leur immense fortune à la cause environnementale. Ces dix magnats ne font pas forcément l’unanimité mais rien ne les obligeait à apporter leur contribution sonnante et trébuchante. Plus ou moins médiatisées, leurs actions méritaient bien qu’on s’y attarde.

Bill Gates
La saga Microsoft lui aura valu d’être plusieurs années de suite rien de moins que l’homme le plus riche du monde. Désormais deuxième du classement établi par le magazine économique Forbes, avec une fortune estimée à 56 milliards de dollars (soit près de 38,7 milliards d’euros) qu’il aura largement ponctionnée en investissant sans lésiner dans de nombreuses causes, notamment la lutte contre la pauvreté et les maladies en Afrique, Bill Gates s’intéresse de plus en plus aux thématiques environnementales. Restant toutefois étroitement liées avec l’objectif initial de la Bill & Melinda Gates Foundation, ses initiatives vertes se concentrent notamment sur le développement de l’agriculture en Afrique et sur les économies d’énergie.
Toutes n’ont cependant pas fait l’unanimité, des controverses ayant éclaté après qu’on ait appris qu’il ait injecté des fonds dans des entreprises pas franchement réputées écolos (comme Exxon Mobil) et en raison du soutien accordé il y a quelques années aux OGM, précisément dans le cadre du développement agricole…
L’action entreprise au sein de sa compagnie d’investissements Cascade Investment fait moins débat, et pour cause : elle est l’actionnaire majoritaire d’Otter Tail Corporation, qui a l’énergie éolienne dans ses petits papiers, et a des participations dans la société Sapphire Energy, laquelle développe des essences alternatives à base d’algues. M. Gates a pour le coup évolué, lui qui a longtemps jeté son dévolu sur le bioéthanol, agrocarburant de première génération dont l’empreinte écologique réelle est préoccupante.
Tout en réitérant son attachement à l’énergie nucléaire, malgré la catastrophe de Fukushima 1 (Japon), ce que nombre d’écologistes n’apprécient guère, le fondateur de Microsoft a enfin plaidé pour d’importantes innovations dans le secteur. « Plus de 90% des subventions sont dédiées au déploiement de la technologie et non de la recherche et de son développement. Vous pouvez acheter autant de vielle technologie que vous voulez, mais vous n’aurez pas de révolutions tant que vous ne vous consacrerez pas à la recherche ». L’entrepreneur sait de quoi il parle.

Larry Page & Sergey Brin
Toujours aux Etats-Unis, et toujours dans l’informatique, les masterminds de Google Larry Page et Sergey Brin sont eux aussi séduits par les sirènes du développement durable. Les investissements green du célèbre moteur de recherche se sont multipliés ces derniers mois, en particulier dans les énergies photovoltaïque et éolienne, atteignant désormais un total de 680 millions de dollars (474 millions d’euros). Installé à Mountain View (Californie), le siège de Google fonctionne d’ailleurs notamment à l’énergie solaire grâce à plus de 9 000 panneaux qui surplombent son toit.
L’offensive énergétique de Google n’est évidemment pas dépourvue d’arrière-pensées, le géant californien bénéficiant, outre d’une publicité favorable, de réductions d’impôts. Sans parler des retours sur investissements, qui seront considérables si le développement des technologies propres est conforme aux attentes et aux espoirs de nombreux spécialistes.
Ils n’empêcheront cependant pas les millions de personnes qui utilisent simultanément le moteur de recherche ainsi que les différents services du groupe (gmail, google maps, Google+, etc.) de faire fonctionner plusieurs datacenters qui, eux, consomment énormément d’énergie. Et dont la production provient encore essentiellement de sources fossiles. Comme Facebook…

Douglas Tompkins
Ce milliardaire américain, qui a fait fortune en lançant les marques de vêtements North Face, spécialisée en équipements de randonnée, et Esprit a lui-même adopté un mode de vie plus respectueux de l’environnement. Une conversion verte qui a débuté par… la vente de ses enseignes. Concernant Esprit, M. Tompkins a ainsi fini par considérer qu’il vendait « des vêtements dont les gens n’avaient pas réellement besoin. La société aujourd’hui est prisonnière d’un modèle de consommation de masse. C’est un réel problème, et je me suis rendu compte que je faisais partie de ce problème ».
Après s’être installé au Chili, où il a acquis un ranch abandonné, il a acheté plusieurs milliers d’hectares de terres du pays afin de leur restituer leur habitat naturel. Le Pumalin Park est ainsi devenu une réserve naturelle de 3 250 km2 qu’il s’est engagé à léguer au gouvernement chilien à sa mort. Il a également contribué via son ONG Conservation Land Trust à la création du Corcovado National Park en “offrant” au gouvernement 85 000 hectares de terres.
Comme pour tout milliardaire, ces investissements ne sont toutefois pas épargnés par la critique. Une partie de la population chilienne voit d’un mauvais Å“il ces acquisitions massives de leurs terres par un Américain. Certains écologistes critiquent également ces acquisitions qui visent à éliminer toute trace humaine et à remplacer le bétail par des espèces en voie de disparition. Depuis quelques années, M. Tompkins achète des terres à des paysans en Argentine avec pour finalité la création un parc national d’1,3 million d’hectares. Une entreprise certes louable du point de vue écologique mais effectivement quelque peu déconcertante sur le plan social.

Ted Turner
Ce magnat des médias est principalement connu pour avoir fondé la chaîne câblée CNN. Il n’en consacre pas moins une partie importante de sa fortune (estimée à 2,1 milliards de dollars, soit environ 1,45 milliards d’euros) à la cause environnementale. La création de la Turner Foundation en 1990 a été un premier pas important. Celle-ci se consacre principalement à la restauration des habitats sauvages, à l’amélioration de la qualité de l’air ainsi qu’au développement durable au sens large. Avide de bouleversements énergétiques, M. Turner a ensuite créé DT Solar, une société consacrée à la construction à échelle industrielle de centrales solaires.
En 1997, il a fondé le Turner Endangered Species Fund (Fonds pour les espèces en voie de disparition). Jusqu’à cette année, M. Turner était aussi le plus grand propriétaire de terres aux Etats-Unis, avec au total plus de 800 000 hectares dont il se sert principalement pour l’élevage de bisons (il en possèderait pas moins de 50 000). « Détail » navrant : les bêtes servent cependant principalement à fournir sa chaîne de restaurant Ted’s Montana Grill en viande…
La Captain Planet Foundation, elle, est irréprochable, étant comme son nom le suggère destinée aux enfants dans le cadre de l’apprentissage écologique.

Jeff Skoll
L’ancien président d’eBay, le célèbre site internet de ventes aux enchères pour les particuliers, également producteur de films, dispose d’une fortune estimée à 3,2 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros) et fait aussi partie des milliardaires les plus concernés par les enjeux écologiques.
Il a notamment participé à la production du célèbre film Une vérité qui dérange, destiné à  sensibiliser le grand public au réchauffement climatique. M. Skoll a par ailleurs reversé une grande partie des recettes (qui ont dépassé le cap des 20 millions d’euros) au groupe de recherche climatique Alliance for Climate Protection.
Last but not least, le Canadien a lancé trois organisations dédiées à quelques-uns des problèmes « urgents » de notre société, en l’occurrence la hausse du thermomètre mondial, la pénurie d’eau, les épidémies ou encore la prolifération nucléaire. La Skoll Foundation verse même des subventions à hauteur de 45 millions de dollars (31 millions d’euros) annuels aux entrepreneurs sociaux qui s’attaquent à ces problématiques. Joli coup de pouce.

Richard Branson
Richard Branson est probablement le milliardaire soucieux des problématiques environnementales le plus controversé. De toute évidence, le tout-puissant patron de Virgin n’a pas choisi le business le plus green qui soit. On pense notamment à la filiale Virgin Airlines qui, bien que souvent considérée comme l’une des compagnies aériennes les plus respectueuses de la planète, n’en demeure pas moins, par définition, un important émetteur de gaz à effet de serre (GES).
Le milliardaire britannique reconnaît de plus être lui-même attiré par des hobbies comme le jet-ski, la Formule 1 et sans surprise l’aviation qui n’ont rien d’écolo mais soutient que ses investissements verts compensent ses pêchés mignons. L’entrepreneur britannique ne s’est toutefois pas fait que des amis en devant l’un des pionniers du tourisme spatial, qu’ils sont nombreux à assimiler à une lubie de riches et dont l’empreinte carbone s’annonce astronomique.
En contrepartie, M. Branson dédie une grande partie de sa fortune (estimée à 4,2 milliards de dollars, environ 2,9 milliards d’euros) à la lutte contre le changement climatique, principalement en s’attaquant aux émissions de GES. Il a aussi lancé en 2006 le programme Virgin Fuels, consacré à la recherche dans les secteurs des énergies propres et des essences alternatives.
L’année suivante s’est tenue la première édition de Virgin Earth, un grand concours destiné à récompenser celui qui trouvera le meilleur moyen de réduire les émissions de GES, avec une coquette somme de 25 millions de dollars (17,3 millions d’euros) à la clef. Né l’an passé, le Carbon War Room, où scientifiques et industriels se réunissent pour trouver des solutions destinées à limiter l’empreinte carbone, était la suite logique…

Michael Bloomberg
Trentième personnalité la plus riche au monde, avec une fortune estimée à 18,1 milliards de dollars (environ 12,5 milliards d’euros), le maire de New York, élu depuis 2002, Michael Bloomberg pouvait se permettre d’accepter qu’un salaire symbolique d’un dollar pour gérer la ville. D’un point de vue écologique, c’est lui qui l’a introduite dans le C40, lequel réunit les grandes villes mondiales désireuses de diminuer leurs rejets carbone.
Encourager la population à prendre les transports en communs, rendre les immeubles moins énergivores, favoriser l’implantation de ruches en ville, promouvoir l’installation de panneaux soalires, étendre les espaces dédiés aux parcs : des objectifs ambitieux qui ont trouvé leur place à travers un vaste plan lancé en 2007 qui selon la municipalité aurait déjà permis à la métropole américaine de réduire de 13% ses émissions de GES par rapport aux niveaux de 2005.
A titre personnel, M. Bloomberg consacre également une partie de sa fortune personnelle à des organisations promouvant, entres autres, la cause environnementale (près de 235 millions de dollars – 162 millions d’euros – à plus de mille organisations dédiées aussi, pour certaines, à la santé publique et à l’éducation).
Fervent défenseur des transports en commun, se félicitant de prendre lui-même le métro pour ses déplacements, l’édile se ferait néanmoins accompagner à la station de son choix par un chauffeur au volant d’une Chevrolet “king-size“… Un caprice qui n’a pas échappé à nos confrères du New York Times.
Il n’en reste pas moins que ses milliards lui permettent de diriger bénévolement une ville dont l’histoire retiendra qu’il l’a voulue plus verte que lors de son arrivée aux commandes.

George Soros
Ce milliardaire d’origine hongroise qui a également fait fortune aux Etats-Unis  s’est financièrement engagé depuis quelques années dans la lutte contre le réchauffement climatique. En 2008, alors que le monde entier commençait à s’enfoncer dans une crise économique historique, M. Soros a suggéré que des investissements conséquents dans les énergies alternatives et autres stratégies environnementales pouvait permettre de sauver l’économie globale.
Il s’est engagé l’année suivante à débourser plus d’un milliard de dollars (691 millions d’euros) dans les technologies propres. Quelques jours avant le Sommet de Copenhague (Danemark), fiasco retentissant, M. Soros a par ailleurs annoncé la création de la Climate Policy Initiative, qui consiste à réunir un groupe de conseillers sur l’environnement pour aider les décideurs à mettre en place des mesures efficaces pour contenir l’augmentation des températures et à laquelle il allouera dix millions de dollars (près de sept millions d’euros) par an d’ici la prochaine décennie.
Et d’enfoncer le clou cette année en annonçant en février dernier la création d’un nouveau fonds d’investissement destiné à l’amélioration des technologies d’économie d’énergie, de réduction des déchets et des émissions de GES de manière générale et – encore – au développement des énergies renouvelables.
M. Soros n’a pas fait mystère de ses motivations économiques et démontré que sa réputation de requin n’était pas usurpée. On doute toutefois qu’il ignore que seul le résultat importe lorsqu’il est question de protection de l’environnement.

John Doerr
Un autre nabab qui croit dur comme fer en les perspectives économiques du développement durable. Connu pour avoir pris des paris sur des startups devenues depuis des géants comme Amazon et Google, John Doerr mise aujourd’hui sur les technologies vertes. Il a notamment lancé le capital “Greentech” en 1999, devenant ainsi un pionnier dans ce domaine.
C’est par son biais que son entreprise Kleiner Perkins Caufield & Byers a investi plus de 200 millions de dollars (138 millions d’euros) dans une douzaine de sociétés vertes entre 2008 et 2010, certaines affectées au développement des biocarburants ou aux batteries électriques. Tout comme George Soros, M. Doerr en est convaincu : « le terrain des technologies vertes pourrait être l’opportunité économique du XXIe siècle ».

Zhengrong Shi
Avec une fortune estimée à 1,1 milliard de dollars (environ 760 millions d’euros), Zhengrong Shi est l’incarnation de ces magnats chinois qui ont su tirer leur épingle du jeu grâce à leurs investissements dans les énergies renouvelables. Contrairement aux milliardaires occidentaux précités, sa richesse vient directement de sa propre entreprise « verte », Suntech Power, devenue le plus grand constructeur de cellules photovoltaïques au monde. Insatiable et perfectionniste, Zhengrong Shi dépense aussi beaucoup d’argent dans la recherche et le développement pour améliorer l’efficacité énergétique dans sa branche.
M. Shi est la preuve vivante de la réussite que des hommes convaincus peuvent tirer des technologies renouvelables. Nul doute qu’ils seront beaucoup plus nombreux dans les années à venir.

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