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Réunion de la CITES : Quand la biodiversité fait du surplace

Réunion de la CITES : Quand la biodiversité fait du surplace
La proposition des Etats-Unis et de l'Union Européenne (UE) d'interdire le commerce international de l'ours polaire a été rejetée par la majorité des cent cinquante pays membres de la CITES

Très attendue, la dernière réunion de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction), à Doha (Qatar), a été marquée par des décisions surprenantes. L’heure n’est pas encore à la toute-puissance des espèces. À plus forte raison lorsqu’il y a des enjeux économiques importants en toile de fond.

La montagne a accouché d’une souris. En fait de législations plus contraignantes pour sauver certaines espèces menacées, le monde a eu droit, du 13 au 25 mars dernier, à un Copenhague de la biodiversité, avec peut-être une pointe de cynisme supplémentaire de la part de ceux dont on ne risque pas grand-chose à écrire qu’ils ont tout mis en œuvre pour qu’elles restent inchangées.

Très attendue, la décision de la Convention sur le thon rouge, dont nul ne peut contester qu’il paie actuellement un tribut très lourd à la pêche intensive, a ravi le Japon, la Chine et la Tunisie – trois opposants farouches à l’interdiction du commerce qui ont entraîné dans leur sillage l’essentiel des pays en développement (PED) moyennant un lobbying intense. Elle a a contrario écœuré les associations écologistes, lesquelles n’ont eu de cesse depuis plusieurs mois d’interpeller la communauté internationale sur la diminution des stocks de thons rouges dans l’Atlantique Est et en Méditerranée, et qui ne s’attendaient sûrement pas à ce que la réunion qatarie soit frappée des sceaux de l’immobilisme et de l’éco-irresponsabilité.

Statu quo sur les ours polaires et les coraux

Immobilisme car les thons rouges ne sont pas les seules espèces menacées que la majorité des pays membres de la CITES n’ont pas voulu davantage protéger, éco-irresponsabilité car il est des cas où l’encadrement voire l’interdiction pure et simple du commerce international est pertinent à bien des égards.

La proposition des États-Unis d’inscrire l’ours polaire à l’annexe I, c’est-à-dire d’interdire son commerce à l’échelle mondiale, a ainsi été désapprouvée au motif que le braconnage représenterait une menace insignifiante par comparaison à la hausse des températures, qui contribue à accélérer la fonte des glaces dans le Grand Nord et par là même à la destruction de l’habitat du roi de la banquise. L’argument de la délégation américaine selon lequel le nombre d’ours polaires a baissé de près d’un tiers en seulement quarante-cinq ans n’a en tout état de cause pas fait florès auprès de la majorité. Les sept cents spécimens qui seraient tués chaque année pour leurs dents, leur fourrure, leurs os ou pour servir de trophée de chasse (NDLR : Selon la Fondation Brigitte Bardot, ils seraient en fait deux mille par an à être victimes des braconniers) ne les ont pas davantage ému. Il ne reste plus désormais que vingt mille à vingt cinq mille ours polaires répartis entre l’Alaska, le Canada, le Groenland, la Norvège et la Russie, mais il n’y a selon la plupart des participants pas de quoi tirer la sonnette d’alarme. Parce que la chasse n’est à leurs yeux pas encore assez intense, et parce qu’elle représente une source de revenus supplémentaire pour les Inuits.

L’Oncle Sam, épaulé cette fois par l’Union Européenne (UE), a essuyé un deuxième revers  le 21 mars avec le refus de la Convention de contrôler les exportations des coraux rouges et roses précieux, qui entrent notamment dans la confection de certains bijoux. Ce scrutin-ci a été serré puisque soixante-quatre pays ont voté contre la proposition américaine, que cinquante-neuf se sont prononcés pour et que dix se sont abstenus. En l’occurrence l’histoire s’est répétée dans la mesure où la délégation « US » avait émis le même souhait en 2007 lors de la précédente réunion de la CITES.

Il faudra donc encore patienter trois ans, au mieux, pour voir les trente et une espèces des Coralliidae rouges et roses de grand fond inscrites à l’Annexe II, c’est-à-dire pour qu’elles soient contrôlées et exploitées de façon durable et responsable. Sept d’entre elles sont réellement menacées mais le réchauffement climatique, l’acidification des océans et la surexploitation ont entraîné une hausse inquiétante de la mortalité de l’ensemble des espèces. En Méditerranée, plus de 90 % des colonies de Corallium rubrum ne dépasseraient plus les cinq centimètres de haut (NDLR : Étant entendu qu’ils peuvent atteindre jusqu’à cinquante centimètres) et succomberaient avant d’avoir atteint leur maturité sexuelle. « Dans le Pacifique, les récoltes de coraux ont diminué de 85 % à cause de la surexploitation », a souligné Ernie Cooper, membre de l’ONG canadienne Traffic». Compte tenu de ces statistiques une mesure a minima préventive n’aurait pas été dénuée de fondement. Ce n’était cependant pas l’avis de la majorité des cent cinquante États membres de la Convention, qui ont suscité auprès des organisations de défense de l’environnement une ire d’autant plus prononcée qu’ils ont mis un point d’honneur à ne pas s’arrêter en si mauvais chemin.

Volte-face sur les requins

Traqués par l’Homme pour leurs seuls ailerons et victimes d’une grandeur que l’imaginaire collectif perçoit effrayante, les requins méritaient sans doute eux aussi un consensus mondial sur leur survie. Las ! Les pays pêcheurs en ont décidé autrement, privant trois espèces pourtant particulièrement exposées à la surpêche et aux prises involontaires – l’aiguillat commun (consommé en Europe sous le nom de saumonette), le requin-marteau halicorne et le requin océanique – de la protection réclamée par les Etats-Unis, l’UE, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations).

Par quatre-vingt six voix pour et quarante deux contre, la proposition d’inscrire le requin-taupe à l’Annexe II pour en réguler le commerce avait d’abord été avalisée par les participants. La conférence de la CITES a toutefois annulé cette décision le dernier jour de la réunion, offrant un succès total à la délégation nippone qui, dès l’ouverture des débats, avait exprimé son mécontentement face aux velléités d’intervention de la Convention dans la gestion des (de ses) pêches commerciales.

Le Japon, la Chine, Singapour et la plupart des pays asiatiques ont en la circonstance marché en rangs serrés pour faire triompher leurs intérêts économiques, quand bien même certains par trop importants vont maintenant à l’encontre de la préservation nécessaire des écosystèmes. Eu égard à la position des requins dans la chaîne alimentaire, l’attentisme de rigueur à Doha relève de l’inconscience et a de quoi décourager tous ceux, États ou organisations non-gouvernementales, présents ou non au Qatar, qui se sont battus depuis trois ans et la dernière réunion de la CITES pour la mise en place d’une nouvelle législation.

Créée en 1973, la Convention régule le commerce de quelque trente quatre mille espèces de faune et de flore sauvage. Parmi elles, le tigre, qui figure sur l’Annexe I depuis trente-cinq ans, et à propos duquel elle a reconnu, par la voix de son responsable de la lutte contre la fraude, avoir « misérablement échoué ». « Il ne faut vraiment pas longtemps pour franchir le cap d’une disparition totale. Les tigres sont déjà peu nombreux et on en arrive à un stade où ils ne pourront tout simplement plus se reproduire », a estimé John Sellar, qui semble s’être déjà fait une raison.

Comme pour justifier les décisions précitées, objectivement très contestables, la CITES a fait valoir que les cinq millions de dollars annuels dont elle dispose étaient aujourd’hui insuffisants pour mener à bien sa mission. « Sans financement adéquat, la CITES risque de laisser tomber non seulement les espèces auxquelles nous semblons attacher de l’importance, mais aussi le monde en développement qui se bat pour préserver la vie sauvage », a mis en garde William Wijnstekers, Secrétaire général de la Convention. Son collègue Juan Carlos Vazquez a pour sa part réclamé « une hausse de près de 30 % » de l’apport financier entre autres pour aider les pays en développement (PED) à faire respecter les réglementations.

Directeur de la Global Tiger Initiative, un programme de la Banque mondiale lancé en 2008, Keshav Varma a pour sa part prôné l’instauration d’une « architecture institutionnelle internationale [...] qui se chargerait des crimes contre l’environnement et contre les animaux sauvages ». Une nouvelle structure qui, même si elle serait loin d’être inutile, n’est cependant pas à l’ordre à jour.

Perdue dans une cascade d’occasions manquées et de fait passée très inaperçue, la décision de la CITES de maintenir l’interdiction du commerce de l’ivoire se doit tout de même d’être saluée. On se console comme on peut.

Flickr - Jessicafm
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