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Remaniement : les associations écologistes dénoncent un nivellement par le bas mais saluent l’arrivée de NKM

Remaniement : les associations écologistes dénoncent un nivellement par le bas mais saluent l'arrivée de NKM
Même si les énergies renouvelables devraient rester dans le périmètre du ministère de l'Ecologie, les associations dans leur ensemble ont déploré le retour de l'Energie dans le giron du ministère de l'Economie. Un « réajustement » parmi d'autres qui selon elles laisse présager le pire quant au futur du Grenelle de l'environnement...

Si toutes soulignent le professionnalisme de Nathalie Kosciusko-Morizet, unanimement jugée « digne » de prendre la succession du désormais très amer Jean-Louis Borloo, les ONG sont également d’accord sur les difficultés que va devoir affronter la nouvelle ministre de l’Écologie.

L’Énergie est donc retournée à Bercy, et c’est un mauvais signal pour l’avenir des technologies propres. Un de plus, après l’instauration d’une réglementation plus stricte dans le cadre de la deuxième loi du Grenelle en milieu d’année et le réexamen des niches fiscales écologiques. L’Aménagement du Territoire, « raflé » par l’Agriculture, et la Mer, soit deux secteurs-clef, ont eux aussi quitté la tutelle du ministère de l’Écologie, lequel n’est plus – coup de grâce – un ministère d’État. Depuis hier « NKM » est seule à la barre d’un bateau qui a donc très nettement perdu de sa puissance, ce qui ne pouvait laisser de marbre des défenseurs de la nature par ailleurs déjà bien remontés contre le Grenelle, gigantesque occasion manquée aux dires des plus virulents.

« L’environnement ça commence à bien faire » avait déclaré Nicolas Sarkozy pendant le Salon de l’Agriculture. Une petite phrase-choc qui, à l’époque, avait beaucoup inquiété les associations mais dont il apparaît aujourd’hui qu’elle était le reflet exact de la pensée du chef de l’État, tout compte fait pas aussi « écolo » que ce qu’il a bien voulu dire – ou faire croire – lors du lancement en très grande pompe de ce « new deal vert » que devait être le Grenelle. Il a certes encore un an et demi pour le devenir et a quoi qu’il advienne désormais été synonyme de progrès majeurs qu’un comité d’évaluation indépendant a du reste encore mis en avant au début du mois mais disons-le franchement : ainsi rogné et « restandardisé » le ministère de l’Écologie aura bien du mal, quels que puissent être les talents et la détermination de sa nouvelle patronne – « quelqu’un de légitime, qui maîtrise les dossiers écologiques » et « une bosseuse » aux dires du président de France Nature Environnement (FNE) Bruno Genty – , à faire triompher ses vues.

Sans surprise toutes les associations ainsi que l’opposition écologiste prophétisent dix-huit mois de galère « verte » et dénoncent le sort qu’a réservé le remaniement ministériel aux considérations écologiques.

« L’environnement n’est plus au coeur des questions publiques »

Le député européen du nouveau parti Europe Écologie-Les Verts Yannick Jadot a ainsi  déploré « un ministère [...] fantoche » à la marge de manoeuvre sensiblement réduite. « C’est la preuve que l’environnement n’est plus au coeur des politiques publiques. Il risque de devenir une vitrine, une variable d’ajustement », a pour sa part estimé M. Genty.

Spécialiste de l’écologie au Centre de recherches politiques de Sciences Po, Daniel Boy y est lui aussi allé de sa prédiction : « (Nathalie Kosciusko-Morizet) devra prouver que le Grenelle n’est pas en panne, mais sa relance sera très difficile car elle ne dispose pas de la latitude pour le faire : elle sera opposée à François Fillon, connu pour être défavorable à l’environnement, au ministère de l’Agriculture et à celui de l’Économie, qui fera barrage sur des sujets cruciaux comme les énergies fossiles, l’éolien ou le solaire ». Et de rappeler que « face à Bercy, l’écologie n’a jamais pesé très lourd ». Une synthèse recevable des difficultés que ne tardera pas à rencontrer « NKM », dont M. Genty espère qu’elle poursuivra « le dialogue environnemental » et pèsera de tout son poids pour « une application stricte des engagements du Grenelle ».

Même son de cloche au sein du WWF, son directeur général Serge Orru ayant déclaré attendre « qu’elle vainque les forces hostiles qui entourent son ministère ».

Auteurs d’un communiqué commun, France Nature Environnement (FNE), la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) et la CFDT (Confédération française démocratique du travail) ont fustigé un ministère « peau de chagrin ». « Le ministère [...] se voit dépossédé du portefeuille de l’Énergie, hypothéquant potentiellement notre objectif de division par quatre nos émissions de gaz à effet de serre (GES) [...] Que représentera l’État français dans moins d’un mois ? Pour y défendre quoi ? Pourquoi l’Énergie doit-elle maintenant dépendre de l’Industrie ? », se sont-elles interrogées.

Plus sarcastique, Greenpeace a de son côté indiqué que « tout porte à croire que « Sarkozy-Fillon saison 3 » sera encore moins écolo que le précédent gouvernement ». Une crainte partagée par les Amis de la Terre et par Cap21, parti de l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage, qui s’est lui aussi ému de « la réduction du périmètre du ministère de l’Écologie ».

« Ce n’était pas du tout dans l’esprit du Grenelle »

Observateur attentif de la vie politique française, Nicolas Hulot s’était, avant même l’officialisation du gouvernement, inquiété d’une perte d’importance des thématiques environnementales dans l’esprit des hautes sphères. Les faits ont hélas donné raison au père du Pacte écologique, lequel redoute que la politique énergétique soit de nouveau abordée en termes de politique industrielle, « ce qui n’était pas du tout dans l’esprit du Grenelle ».

« Déçu et pas forcément surpris », l’animateur regrette « qu’on fasse de l’écologie au prorata des espoirs électoraux » mais a salué la promotion de « NKM », qualifiée de « bon choix », ainsi que le travail du tandem Borloo-Jouanno : « compte-tenu de l’espace dont ils bénéficiaient dans leur majorité sur ces sujets, ils ont fait un excellent boulot ». L’ancien maire de Valenciennes « a fait beaucoup à ce poste et surtout réussi à maintenir jusqu’au bout le processus du Grenelle [...] (Sa) présence à Matignon aurait été très précieuse pour la cause écologique », a-t-il ajouté. Un bel hommage dont on saura plus tard s’il a valeur d’appel du pied, les intentions de l’un et de l’autre quant au prochain scrutin présidentiel demeurant encore floues.

« On est reparti dans le culte de la croissance quantitative [...] Certains lobbies ont gagné », a également asséné l’écolo préféré de nos concitoyens, qui a en outre rappelé que « le fait de maintenir un numéro deux du gouvernement ministre d’État était un engagement du Pacte écologique réitéré dans un déjeuner avec le président ».

Nos confrères de BFM ont échangé via Twitter avec « NKM » selon laquelle sa sphère de décision s’étendra bien – ce serait pour ainsi dire la moindre des choses – aux énergies renouvelables et à la lutte contre le dérèglement climatique. Une information de dernière minute qui pourrait être confirmée demain, à l’issue de la parution du décret d’attributions de la nouvelle ministre. Reste qu’il n’y a pas vraiment de quoi se réjouir devant ce démantèlement de la maison « verte ».

Crédit photo : flickR – Grégory Tonon / Wikimedia Commons – Accrochoc / Alvaro
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