NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Réfugiés climatiques : comment y faire face ?

Le réchauffement climatique est une fatalité contre laquelle la communauté internationale tente de lutter. Les enjeux sont gigantesques. Les millions de « réfugiés climatiques » qui seront obligés de changer de pays à cause de la montée des eaux ou de la sécheresse en sont les meilleurs exemples. Décryptage de ce qui pourrait devenir une catastrophe humaine et écologique si rien n’est décidé rapidement.

Plusieurs économistes du dix-neuvième siècle, Karl Marx en tête, avaient justement analysé certaines conséquences du capitalisme. La libre circulation des hommes et l’abolition des frontières étaient la résultante logique de ce modèle de développement économique. Une fois les barrières abattues entre les hommes, ce système aurait comme vertu fondamentale de rapprocher les cultures et de faire circuler les marchandises librement. C’est pourquoi l’avènement de la mondialisation au cours du vingtième siècle a profondément changé le visage des régions du globe. L’immigration de travail permise par l’abolition des frontières a déplacé des millions d’hommes de pays en pays. De surcroît, les conflits qui ont hélas émaillé l’histoire du siècle précédent ont chassé de leur contrée des centaines de milliers d’âmes contraintes de trouver asile ailleurs.

Mais un nouveau bouleversement de grande envergue guette si rien n’est entrepris dans les plus brefs délais. Il faut en effet sérieusement se pencher sur les nouveaux flux de populations engendrés par le réchauffement climatique. Les réfugiés climatiques (ou « environnementaux », ou « écologiques », ou encore « écoréfugiés ») sont en effet ces personnes obligées de quitter leur territoire à cause de modifications météorologiques (ouragan, hausse excessive des températures, montée des eaux, assèchement d’un lac, avancée d’un désert) ou biogéographiques (désertification, déforestation, salinisation, érosion, toxicité élevée du sol, de l’air et de l’eau).

Les populations qui habitent à proximité des zones arides, dans les régions arctiques et antarctiques, dans les deltas, sur les littoraux et les îles basses, courent un grand danger avec la hausse continue des températures globales. Il s’agit surtout de sédentaires qui vivent dans une extrême précarité. Leur habitat est souvent de fortune et ils n’auront pas les moyens financiers de racheter un logement.

Pour fuir les méfaits d’une nature devenue menaçante, l’exil reste la seule solution. Les Nations Unies tablaient en 2005 sur une migration de cinquante millions de personnes dès l’année 2010 à cause de ces phénomènes. Prendre ce problème à bras-le-corps dès maintenant, c’est donc éviter une préoccupation majeure aux futures générations.

Des révélations de plus en plus inquiétantes

Le 11 octobre 2005, l’Institut pour la sécurité environnementale et humaine (ISEH, Université des Nations Unies, Bonn) prévoyait déjà dans une étude que la dégradation de l’environnement et les changements climatiques allaient contraindre cinquante millions de personnes de par le monde à quitter leur territoire d’ici 2010. Selon les conclusions de l’enquête, ces individus seraient ” forcés de quitter leurs habitations traditionnelles d’une façon temporaire ou permanente, à cause d’une dégradation -naturelle ou humaine- nette de leur environnement qui bouleverse gravement leur cadre de vie et/ou qui déséquilibre sérieusement leur qualité de vie “.

Dans un communiqué de presse diffusé suite à la publication de cette enquête, Janos Bogardi, le directeur de l’ISEH des Nations Unies, confirmait la pertinence de cette prévision en vertu   « des craintes bien fondées selon lesquelles les populations fuyant des conditions environnementales invivables pourraient croître de façon exponentielle au cours des prochaines années, alors que la planète subit des effets du changement climatique et d’autres phénomènes comme la désertification ». Leurs analyses faisaient état de vingt millions de personnes qui s’étaient exilées pour cause d’érosions des terres arables ou de pollutions des nappes phréatiques. Deux cents treize communautés en Alaska étaient en outre déjà menacées par la montée annuelle croissante de la marée, douze milles âmes l’étaient tout autant sur l’île de Tuvalu à cause de l’élévation du niveau mondial de la mer.

Les discussions achoppaient quant au statut juridique de « réfugié climatique » ignoré par les conventions internationales. Le sous-secrétaire général de l’ONU, Hans Van Ginkel résumait alors le casse-tête : « Il s’agit d’un enjeu très complexe, les institutions internationales étant déjà débordées par les demandes des réfugiés tel que définis en 1951. Nous devrions cependant nous préparer dès maintenant à définir, intégrer et accommoder cette nouvelle frange de réfugiés au sein des accords internationaux ». Aujourd’hui, le problème n’est pas tout à fait réglé. En marge de son émission consacrée à ce problème sur France 5, l’animateur Jean-Marie Cavada notait que « les réfugiés climatiques sont désincarnés juridiquement. Ils sont amputés de leur droit d’existence. Il y a donc un statut nouveau à créer, avec des critères précis ».

Mais à en croire le dernier rapport de Christian Aid paru en 2009 intitulé “Marée humaine : la véritable crise migratoire”, le problème s’aggraverait davantage. L’organisation humanitaire britannique montre que d’ici à 2050, au minimum un milliard de personnes seront obligées de migrer à cause du réchauffement climatique. C’est un “avertissement sans ambages sur le rythme d’accélération des déplacements de population au 21e siècle“. L’étude montre également que “Le nombre de personnes qui ont quitté leurs foyers à cause des conflits, des catastrophes naturelles et des grands projets de développement est déjà étonnamment élevé : cent soixante trois millions (…) A l’avenir, les changements climatiques vont le faire grimper encore plus ».

Elle rappelle aussi une incompressible vérité, à savoir que ce sont en premier lieu les populations les plus pauvres qui seront frappées de plein fouet par ce fléau potentiel.

Un danger qui ébranle le monde

En France, Jean-Marie Cavada, ancien présentateur vedette de La Marche du siècle et actuellement député européen, avait frappé l’opinion en 2009 à la suite de la diffusion de son documentaire « Sale temps pour la planète » en prime time sur France 5. Ceux qui ont vu cette émission se souviennent encore de ces images montrant les villes du nord du Bangladesh frappées par la fonte des glaciers et celles du sud menacées d’engloutissement par la montée des eaux. On se rappellera également ces centaines de familles obligées de transporter les poutres de leurs maisons à mains nues afin de fuir le danger. Le second opus se penchait sur les Maldives, dont la situation empire de jour en jour. Al Gore, prix Nobel de la paix, a d’ailleurs déclaré : «Chaque élévation du niveau des mers d’un mètre signifie cent millions de réfugiés climatiques ».

Océanie, Asie, Europe, Amérique, Afrique, tous les continents sont susceptibles de pâtir des dérèglements climatiques et géologiques.

En Afrique du Nord, le manque croissant d’eau et la salinisation des terres agricoles conjugués à la surpopulation ne manqueront pas d’engendrer de graves crises qui déboucheront sur des migrations massives. En Egypte, quatre vingt pour cent de la population vit dans le delta du Nil : on imagine déjà la catastrophe en cas de grande crue. Dans le Sahel et dans les régions d’Afrique noire, la désertification est d’ores et déjà une tragédie. La raréfaction des ressources et la montée des températures provoqueront selon les experts du GIEC un effondrement de l’agriculture africaine aux alentours de 2020. Des pays tels que la Somalie ou le Soudan, déjà frappés par la malnutrition et la sous-nutrition subiront directement les méfaits de la folie du thermomètre. Encore une fois, des mouvements désordonnés de population s’ensuivront.

En Asie, le désert de Gobi en Chine s’étend d’en moyenne dix milles kilomètres carrés par an. De surcroît, la fonte des glaciers se traduira par des conséquences négatives sur l’approvisionnement en eau douce et sur l’agriculture. En Inde, quatre cent millions de personnes dépendent du Gange pour survivre, et son assèchement progressif provoquera également une migration massive. La fonte des glaciers de l’Himalaya mettra en péril des millions d’âmes au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie. Les spécialistes sont à l’unisson pour classer cette région du monde parmi les premières qui auront à gérer ces déplacements de grande ampleur.

En ce qui concerne l’Amérique, la situation est également préoccupante. L’ensemble des Etats d’Amérique latine pourraient être confrontés à des exodes massifs en raison de l’accélération de la fonte des glaciers des Andes. Aux Etats-Unis et en Europe, des régions côtières sont elles aussi exposées à une marée géante. En Turquie, la superficie des terres cultivées victimes d’érosion s’élève à cent soixante mille kilomètres carrés.

Le réchauffement climatique est donc une affaire planétaire. Il est une épée de Damoclès au-dessus de la tête de millions de familles qui se verront forcées de tout abandonner pour rejoindre les surfaces émergées.

Immanquablement, des tensions naîtront.

« Tensions climatiques » : éviter le pire

Lors d’un colloque consacré aux « conséquences géostratégiques du réchauffement climatique », l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, avait notamment déclaré devant un parterre d’experts : « Si on doit subir les relevés les plus pessimistes, les conséquences sont incalculables. On ne voit pas quelle pourra être la réponse pour les réfugiés climatiques ». L’accueil des écoréfugiés soulève en effet un problème tant diplomatique que stratégique.

Un rapport rédigé par un groupe d’experts mandatés par l’ONU et rendu public en décembre 2007 démontre tous les enjeux stratégiques liés au réchauffement climatique. C’est sans surprise le continent africain qui concentre le plus d’inquiétudes. L’étude montre qu’à l’horizon 2025, les relations entre les Etats situés aux abords du Nil pourraient dégénérer. Les populations obligées de se déplacer de pays en pays le long de la Méditerranée seraient la cause de conflits locaux de plus en plus nombreux. La raréfaction des réserves aquatiques puis la désertification viendraient accroître des tensions ancestrales et raviveraient les nationalismes. Inévitablement, des crises sanitaires et sociales consécutives à la surpopulation émergeraient dans des pays aux gouvernements déjà instables (Somalie, Soudan, Bangladesh) ou dans des régions marquées par les conflits transfrontaliers (Inde, Pakistan, Cachemire).

Le pire scénario envisagé serait la montée des peuples du Sahel vers le Maghreb, puis vers l’Europe du Sud. Une immigration sud-nord subite et grandissante causerait de nombreux soucis, d’autant que le statut de « réfugiés climatiques » n’est pas reconnu. Dans trente ans, un réfugié sur deux pourrait être un écoréfugié. La capacité d’accueil des pays développés pourrait être dépassée, et les Etats-Unis comme l’Europe seront obligées de déployer leurs forces armées à travers le monde entier afin de régler ces « conflits environnementaux ».

Les conclusions de ce rapport sont donc pour le moins pessimistes. Le professeur Hans Schellnhuber, un des auteurs du rapport et directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, met ainsi en garde : “Sans moyens de lutter, le changement climatique détruira les capacités adaptatives de nombreuses sociétés dans les décennies à venir. Cela pourrait entraîner de la déstabilisation et de la violence compromettant la sécurité nationale et internationale à un nouveau niveau “. Achim Steiner, Sous-secrétaire Général des Nations Unies et Directeur Exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), ne pense pas autrement : “Le monde et la sécurité des communautés et des pays, font face a de nombreux défis environnementaux. Le changement climatique est sans doute le plus visible de ces défis”.

Le défi est donc titanesque. Il en va de la sécurité du monde. La procrastination n’est pas une solution, aussi faut-il s’atteler à trouver des solutions dès maintenant. Aider les pays en voie de développement à gérer durablement leurs ressources, définir un statut de « réfugié climatique », investir dans les « cités flottantes » pour accueillir ces milliers de personnes doivent devenir les défis de demain pour la communauté internationale.

Entre alarmisme et désintérêt, un juste milieu est à trouver. Comme le disait Horace au premier siècle avant Jésus Christ : « Courir au-delà des mers, c’est changer de climat, mais non changer de cœur ». Un peu de sagesse antique ne peut qu’encourager à une prise de conscience humaniste, réfléchie et solidaire.

Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !