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Réchauffement climatique : les pays arabes pourraient payer le prix fort

Réchauffement climatique : les pays arabes pourraient payer le prix fort
Si rien n'est entrepris, les pays arabes pourraient être confrontés à une grave pénurie d'eau dès 2015

Certains n’ont pas la puissance financière idoine pour « défossiliser » leur économie, d’autres – on pense ici aux Émirats Arabes Unis – ont entamé un verdissement aussi notable que coûteux ; d’autres enfin continuent de préférer l’or noir, qu’ils savent pourtant épuisable, aux énergies propres. Les pays arabes ont des appréhensions différentes du dérèglement climatique et connaissent des fortunes diverses, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont inégalement exposés à l’augmentation des températures.

Le lien entre changement climatique et multiplication des phénomènes météorologies « extrêmes » n’a certes pas encore officiellement été établi par les scientifiques, très prudents sur ce sujet capital, mais il y a tout de même de quoi se poser des questions. Cet été le Pakistan était touché par des inondations monstre, pendant que la Russie faisait face à une canicule d’une gravité inédite. Deux sagas dramatiques et largement médiatisées, deux manifestations spectaculaires et meurtrières de la désorientation de Dame nature que la secrétaire exécutive à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) Christiana Figueres en personne a imputé à la hausse du thermomètre mondial, laquelle pourrait aussi avoir déjà des conséquences dramatiques sur le monde arabe.

Car même si la presse internationale en parle moins, des tempêtes de sable balaient de plus en plus régulièrement une Irak qui n’avait pas besoin en plus que le khamsin n’investisse son territoire. Corollaire le plus célèbre du changement climatique, la montée des eaux érode par ailleurs les côtes égyptiennes et des inondations inhabituelles ont été signalées en Arabie Saoudite et au Yémen. En attendant pire ?

Si les disparités sont importantes entre les pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES), celles-ci étant par exemple sensiblement plus élevées aux Émirats Arabes Unies qu’en Jordanie, elles sont toutefois en pleine expansion partout et le fait est que la hausse des températures a cela de terrible qu’elle ignore les frontières.

La tendance actuelle est au statu quo, et ce n’est aux dires de l’ancien directeur du Global Environment Facility Mohamed el-Ashry pas la marche à suivre. « Prendre en compte (NDLR : dès maintenant) le problème de l’eau aurait le double avantage de répondre aux questions du changement climatique et aux problèmes liés à la croissance démographique, à la mauvaise gestion et à la faiblesse des institutions », plaide-t-il. Un coup triple que manifestement les autorités ne conçoivent pas encore.

Une vulnérabilité exacerbée

Elles auraient pourtant intérêt si l’on en croit une étude récente du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Ses auteurs estiment en effet que, « dans une région déjà confrontée à de nombreuses contraintes qui ne sont pas liées au climat, le changement climatique et son impact potentiel sur le plan physique et socio-économique vont probablement exacerber cette vulnérabilité et conduire à une instabilité à grande échelle ». On ne saurait mieux dire…

Le temps presse pour un monde arabe étonnamment léthargique, alors même que la montée des températures et les vagues de sécheresse qui vont et iront encore avec auront bien sûr un impact allant crescendo sur ses ressources en eau. Or celles-ci commencent déjà à manquer, et aux dires du Forum arabe pour l’environnement et le développement (AFED) une grave pénurie pourrait intervenir dès 2015 si le statu quo continue de prévaloir dans l’esprit des décideurs.

Dans un rapport alarmant publié au début du mois, il soutient l’hypothèse que chaque habitant devra survivre avec moins de cinq cents mètres cube d’eau par an, c’est-à-dire moins d’un dixième de la moyenne mondiale ! Quoique largement ignorées par l’opinion publique, la dégradation des ressources en eau et la montée du niveau des océans sont deux réalités auxquelles les pays arabes doivent déjà faire face et qui pourraient avoir des répercussions dignes d’un mauvais film catastrophe. D’après des travaux du centre de télédétection de l’Université de Boston (Massachusetts), une hausse d’un mètre du niveau de la mer pourrait ainsi affecter quarante-deux mille kilomètres carrés de la région, soit environ quatre fois la superficie du Liban, et plus de 3 % des habitants.

« C’est maintenant qu’il faut agir »

Bien qu’ils échouent encore à prendre des mesures véritablement efficaces, la question, gravissime, de la pénurie d’eau serait désormais prise au sérieux par les pouvoirs publics. Celles qui relèvent du dérèglement climatique sont en revanche trop souvent traitées « en solo » par les ministères de l’Environnement. « Les politiques sont là, mais on constate souvent un défaut de mise en place ou d’application de la loi », souligne Habi Habr, directeur régional du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

D’une façon générale l’instabilité politique chronique de la région, poudrière devant l’éternel, ne facilite pas non plus l’instauration de contraintes environnementales. Or « c’est maintenant qu’il faut agir, car dans dix ans ce sera pire ». « Il y aura plus de gens, moins de ressources et l’écart entre pays riches et pauvres se sera encore creusé », redoute M. el-Ashry.

La sécheresse en Syrie en 2007 a fait migrer des centaines de milliers d’habitants. Au Yemen, le manque d’eau accélère l’exode rural. L’assèchement de la mer Morte et du Jourdain, certes d’abord le fait de l’Homme, mériteraient quant à eux davantage de considération de la part des gouvernements concernés. Il est donc déjà bien des périls écologiques dans les pays arabes (et en Israël) et tout porte à croire qu’ils s’accentueront au fil des années. Les velléités nucléaires iraniennes, l’interminable conflit israélo-palestinien, le terrorisme ou encore le capharnaüm politique que suscite encore, sept ans après, la guerre en Irak sont toutefois de ces dossiers qui écrasent les bureaux des dirigeants.

En dessous de la pile, dans le meilleur des cas, quelques feuilles de papier « vertes » qui seront sans doute traitées plus tard. Généralement il faut attendre que la situation soit désespérée. Aujourd’hui elle n’est que grave.

Crédits photos : Wikimedia Commons - Marc Ryckaert / GC / Bernard Gagnon
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