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Réchauffement climatique : les Maldives veulent tirer la communauté internationale vers le haut

L'archipel des Maldives est aujourd'hui gravement menacé par la montée des eaux. Son président Mohamed Nasheed a pris le taureau par les cornes

Président de la République des Maldives, Mohamed Nasheed est à la tête d’un archipel de mille deux cents îles apprécié des touristes du monde entier. Tous n’ont cependant pas conscience du grave danger qui le guette, menacé qu’il est par la montée du niveau de la mer, corollaire d’un réchauffement climatique qui épargnera les États insulaires encore moins que les autres…

M. Nasheed est à la tête d’un pays qui, n’en déplaise à Claude Allègre et à sa piétaille de climato-sceptiques, pourrait être rayé de la carte si la communauté internationale persiste à se ne pas se donner les moyens de contenir la hausse du thermomètre dans des proportions supportables pour l’Homme.

Parti prenante des négociations onusiennes, le chef de l’exécutif maldivien est bien placé pour prendre ombrage de leur extrême âpreté et accueillir avec la plus grande réserve ces engagements qui, à l’évidence, seront ô combien difficiles à tenir, en plus de ne pas toujours être adaptés à la funeste réalité du terrain. Pas question toutefois de se borner à taper du poing sur la table et à trépigner devant l’indifférence que suscite le sort des archipels de l’océan Indien auprès des grands de ce monde. Il faut « innover », surprendre, dérouter, créer un voire des buzz mondiaux pour que les populations réalisent enfin la gravité de ce dérèglement climatique qui menace les Maldives au premier chef. L’organisation en octobre 2009 du premier conseil des ministres sous-marin de l’histoire de l’humanité ne visait pas autre chose…

De passage à Paris, M. Nasheed, qui a annoncé l’an dernier viser rien de moins que la neutralité carbone et a sans doute d’autres tours dans son sac, a accordé une longue interview à nos confrères du Monde. « Nous avons seize îles dont nous avons dû déménager les populations en raison de l’érosion des côtes et nos nappes d’eau douce ont été contaminées sur soixante-dix îles à cause de l’intrusion de l’eau de mer sur les terres émergées », a-t-il d’abord souligné, comme pour légitimer sa colère et prouver qu’elle est dénuée d’arrières-pensées politiciennes. Et de préciser : « pour obtenir de l’eau douce, nous devons dessaler l’eau de mer, ce qui est très coûteux […] Nous avons des problèmes d’accès à l’eau, de sécurité alimentaire, de migrations internes, nous avons tous les problèmes sérieux auxquels les autres pourront être confrontés plus tard ».

« La neutralité carbone n’est pas un problème de technologies mais une question économique »

Les velléités présidentielles en matière de rejets carbone, elles, demeurent plus que jamais d’actualité. « Nous avons fait un audit de nos émissions de CO2, nous avons monté un plan d’investissement et nous travaillons sur des projets concrets », a en effet indiqué le président de la République des Maldives, l’un des très rares dirigeants à s’être fixé des ambitions aussi élevées en matière de lutte contre l’augmentation des températures et qui entend bien « convaincre que la neutralité carbone n’est pas un problème de technologies mais que c’est une question économique ».

« Pour nous, les énergies renouvelables sont viables et nous pensons pouvoir nous développer grâce à elles », ajoute-t-il, espérant que les autres pays s’apercevront à leur tour que « ”développement” n’est pas égal à “émissions de carbone”  ». « Maintenant, les particuliers peuvent produire leur électricité à partir de panneaux photovoltaïques, l’apporter au réseau électrique et obtenir une rétribution pour cela […] Des gens viennent me voir pour me dire d’attendre : la technologie sera plus performante et moins chère le mois prochain, l’année prochaine, la décennie prochaine… Mais mon point de vue est qu’il faut y aller, avec la technologie disponible. Avec nos groupes électrogènes au diesel, nous produisons de l’électricité pour un coût de trente-huit centimes de dollar (environ vingt-sept centimes d’euro) le kilowattheure (KWh). Avec les énergies renouvelables, nous pouvons en produire autant pour trente centimes. Il faut avancer », insiste M. Nasheed, considérant que « c’est un ensemble hybride de solutions différentes que nous devons apprendre à synchroniser ».

Fervent partisan d’une action climatique immédiate, d’aucuns diraient plus enclin à la pro-action qu’à la réaction, le président maldivien n’est pas tendre avec le processus actuel de négociation, qu’il juge « imbécile, inutile et sans fin », suggérant par là-même une réforme en profondeur des règles régissant les Nations Unies. « Deux parties sont d’accord, une troisième arrive et dit qu’elle n’est pas d’accord et elle réduit l’ambition des autres. En définitive, même si nous aboutissons à un accord, ce sera un accord pour rien. Il sera si dilué qu’il n’aura aucune utilité », prophétise-t-il, persuadé que « le système économique conventionnel ne peut pas (résoudre la question du réchauffement climatique), pas plus que notre vision conventionnelle de la diplomatie et un nouveau système économique ».

Alors que d’autres pays insistent sur la responsabilité historique des États développés en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES), ce qui n’est pas sans compliquer davantage encore les tractations, M. Nasheed estime enfin que la question n’est plus là : « si les pays émergents avaient eu l’occasion d’émettre autant de carbone (que les pays dits « du Nord »), ils l’auraient fait – peut-être en pire. Ce que je dis aujourd’hui, c’est que si l’Occident s’endormait pour ne pas se réveiller et que la Chine, l’Afrique du Sud et le Brésil appliquaient la politique du “business as usual”, nous mourrions quand même ».

Une vision cohérente et empreinte d’une lucidité dont certains représentants des poids lourds de la diplomatie mondiale auraient quelque intérêt à s’inspirer. Le sommet de Durban (Afrique du Sud) risque en effet de s’achever lui aussi en eau de boudin si ces derniers s’obstinent à négocier sur des bases qui ne font pas les affaires de la planète dans son ensemble. Quand diable intègreront-ils que le réchauffement climatique ignore les frontières ?

Crédits photos : flickr – Sarah Ackerman / nattu
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  • gaga

    Oui, beaucoup d’Etats devraient les prendre pour exemple !

  • jipebe29

    Les îles coralliennes ont tendance à s’enfoncer dans le manteau terrestre, et cela n’a rien à voir avec une montée des niveaux océaniques (1,8 mm/an au cours du 20ème siècle, et tendance à la stabilisation depuis quelques années). Nos îles bretonnes, et en particulier les Glénan, qui ne sont pas très hautes, se portent fort bien, car elles sont stables, et personne ne s’inquiète. Par ailleurs, la température moyenne globale est stable depuis 1999, et donc il n’y a plus de réchauffement climatique (0,7°C depuis 1850, après la fin du Petit Age Glaciaire, ce qui est très minime). Je pense que le gouvernement des Maldives fait de la propagande dans le catastrophisme afin d’obtenir des aides financières des méchants pays du Nord….

  • visiteur

    Oui enfin il y a quand même pas mal d’archipels qui disparaissent chaque année…