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Réchauffement climatique : A quoi faut-il s’attendre à Cancun ?

Réchauffement climatique : A quoi faut-il s'attendre à Cancun ?
Haut-lieu du tourisme international, Cancun (Mexique) accueillera les chefs d'Etat du monde entier du 29 novembre au 10 décembre prochain pour une conférence mondiale sur le climat qui suscite peu d'espoirs. L'échec retentissant du sommet de Copenhague et la difficile reprise des négociations qui a suivi sont passés par là

La communauté internationale se triture les neurones pour que la montagne Cancun n’accouche pas d’une souris.

C’est LE grand rendez-vous environnemental de la fin de l’année. Celui que le monde attend avec anxiété. L’échec des tractations lors de la précédente superconférence sur le climat à Copenhague (Danemark) en décembre dernier a montré à quel point il est difficile d’aboutir à un accord fort et contraignant sur la limitation de la montée du thermomètre mondial. Les intérêts en jeu sont aussi variés – sinon divergents – que considérables, avec au nord de l’équateur géoclimatique les plus gros pollueurs de la planète qui ne sont pas tous enclins à faire les mêmes efforts, et au sud des pays avides d’accueillir ces technologies « vertes » qui tardent à venir faute de concorde sur l’aide budgétaire qui leur est attribuée.

Les sans-grade du réchauffement ne souhaitent par ailleurs plus se laisser dicter leur conduite, comme l’a notamment prouvé la réunion dissidente de Cochabamba (Bolivie) en avril dernier, au cours de laquelle les laissés-pour-compte sud-américains se sont trouvés un nouveau porte-parole en la personne du président bolivien Evo Morales et ont formulé des doléances qui n’ont cependant qu’une chance infime d’être entendues.

Une affaire de compromis

D’ici à la réunion mexicaine, dont le désormais ex « monsieur Climat » des Nations Unies Yvo de Boer et la plupart des experts n’ont eu de cesse de répéter qu’il pourrait déboucher sur des avancées significatives mais ne constituera en aucun cas un aboutissement, il s’agira pour les pays qui se situent du bon côté de la barrière de trouver les moyens de revoir leurs ambitions à la hausse. Ils devront par ailleurs tout mettre en oeuvre pour dépasser ces différends qui ont fini par torpiller les négociations au Danemark et tendre une main plus ferme à leurs pendants « méridionaux ». Ces derniers devront pour leur part s’attacher à trouver un juste milieu entre la nécessaire prise en compte de leurs intérêts et l’impératif de ne pas dissuader les dépositaires de la puissance financière indispensable à l’assurance d’un avenir moins sombre.

La feuille de route a déjà été esquissée lors du dernier sommet de Bonn, mi-mai mais comporte bien des points d’achoppements potentiels. Si aucune allusion explicite à la déroute de Copenhague n’y figure, comme s’il fallait à tout prix la «

tabouiser » pour ne pas risquer d’essuyer un autre échec, tout ce qui a été décidé – même « sur le principe » – lors de cette conférence au cours de laquelle les pays en développement (PED) ont eu le sentiment unanime de n’être ni entendus ni écoutés n’a pas pour autant été rayé du cahier des charges.

Déjà théâtre d’un premier sommet climatique en avril, l’ancienne capitale fédérale allemande se prépare à en accueillir un troisième, du 2 au 6 août prochain. La Costaricienne Christiana Figueres est cette fois à la baguette en sa qualité de nouvelle Secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). À la froide lucidité de M. de Boer (elle s’explique sans doute par l’accumulation des désillusions) a succédé une ex-diplomate dont l’enthousiasme et les seules origines pourraient avoir une réelle incidence sur la suite de l’histoire climatique universelle, même s’il ne saurait bien sûr être question d’une quelconque préférence latino-américaine dans ses positions officielles. Reste qu’on voit mal les participants à la réunion de Cochabamba ne pas profiter de sa promotion et de son hispanophonie pour tenter d’obtenir une meilleure audience de leurs revendications.

Le protocole de Kyoto prolongé ?

Combinées à ce que les pays du Nord peuvent et sont disposés à faire elles pourraient porter un coup sérieux à la perspective de la signature d’un accord fort si jamais elles ne devaient pas être revues à la baisse (voire pour certaines, en particulier la création d’un  tribunal de justice environnementale, carrément abandonnées).

D’une façon générale, à l’exception notable des problématiques liées à la déforestation – sur lesquelles on a pu constater une réelle volonté politique même si de nombreuses questions, notamment celles ayant trait au financement du mécanisme REDD (Réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts en développement), attendent encore des réponses précises – , il paraît aujourd’hui acquis que les participants ne parviendront pas à surmonter l’ensemble des obstacles à la signature d’un texte plus ambitieux que le protocole de Kyoto. Parce qu’il y en a énormément, trop sans doute, parce qu’ils manquent de temps aussi. Le pragmatisme pourrait donc finir par emporter l’adhésion de tous et prendrait en l’occurrence la forme d’une prolongation de deux ans du protocole précité.

Susceptible de remettre en cause les engagements chiffrés des États – certains très ambitieux – cette issue décevrait à coup sûr une proportion importante de défenseurs de l’environnement mais elle est une piste envisagée par les Nations Unies, comme l’a montré la publication mercredi de l’un de ses documents. Onze jours avant le début de la conférence de Bonn, dernier grand col avant la descente vers Cancun, cette solution de compromis pourrait en tout cas apaiser bien des tensions. Elle aurait aussi le mérite de se donner davantage de temps pour réconcilier les pays du Nord et leurs homologues du Sud voire, qui sait, avoir raison du gimmick du différend diplomatique riches-pauvres le temps des deux prochaines échéances.

Ainsi que Nicolas Sarkozy et d’autres dirigeants l’avaient ouvertement souhaité à la suite du sommet de Copenhague, les pays pourraient par ailleurs être forcés de se conformer à des décisions prises à la majorité des quatre cinquièmes et non plus à l’unanimité. La différence est énorme et ferait les affaires des PED, plus nombreux. A contrario certains États riches (et pollueurs) pourraient ne pas goûter cette révision et user de toute leur puissance diplomatique pour contrecarrer cette perspective.

« Cela montre que les Nations Unies reconnaissent désormais que nous sommes dans l’impasse la plus totale et que le processus actuel ne marche pas », a estimé Mark Lynas, conseiller du gouvernement maldivien à Copenhague, interrogé par nos confrères du Guardian.

L’ancien Secrétaire d’État britannique à l’Énergie Ed Miliband avait quant à lui considéré avant de céder la place à Chris Huhne que le mode de fonctionnement des Nations Unies devait à tout prix changer pour sortir de l’impasse. Visant implicitement la Chine, il avait déclaré quelques semaines après la conférence danoise avoir pu constater que « certains pays bloquaient l’avancée des négociations et que (les Nations Unies) ne pouvaient plus tolérer cette situation une nouvelle fois ».

Son voeu ne ferait pas que des heureux mais pourrait donc être exaucé. On en saura davantage à Bonn début août sur l’avenir de cette velléité de réforme.

Le déblocage des pourparlers climatiques, si complexes jusque là, se trouve peut-être dans le processus décisionnaire. C’est en tout cas l’avis de nombreux analystes politiques et de décideurs qui savent de quoi il en retourne.

Crédit photo : Flickr – Marcelo Gonçalves
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  • daniel d

    Il est évident que si la communauté veut avancer vraiment sur ce sujet, elle doit adopter coûte que coût un autre système de décisions prises à une majorité qualifiée. Tant que principe ne sera pas arrêté et adopté,on n’avancera pas.