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Que sont devenus les milliards de Copenhague ?

Que sont devenus les milliards de Copenhague ?
Un an après l’échec de la conférence de Copenhague sur le climat, les fonds promis pour lutter contre le changement climatique commencent effectivement à être versés aux pays en développement. Mais d’abord pour s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique, et pas pour les endiguer…

Tenir les promesses du passé. Un adage dont devraient se souvenir les dirigeants des puissances occidentales. Les trente milliards de dollars (22 milliards d’euros) promis aux pays en développement (PED) pour lutter contre les conséquences du changement climatique seront bien versés entre 2010 et 2012, mais de quelle manière…

18 décembre 2009, tard dans la soirée. La très attendue conférence de Copenhague sur le climat s’achève sur un accord à la Pyrrhus. Même si la communauté internationale refuse à parler d’échec, ce sommet restera dans l’histoire comme celui d’un véritable gâchis, autant écologique qu’économique, alors même qu’il avait soulevé une incroyable vague d’espoirs dans le monde entier. Au sortir de cette réunion le texte final contient une série de mesures peu contraignantes pour lutter contre le réchauffement climatique. Sa viabilité juridique, elle, ne tardera pas à être discutée…

Le huitième point de cet accord constituait toutefois pour bon nombre d’observateurs un point encourageant. Il s’agit de « l’engagement collectif des pays développés de fournir de nouveaux moyens supplémentaires (…) pour un total approchant les trente milliards de dollars (22,11 milliards d’euros) pour la période 2010-2012, avec une allocation équilibrée entre l’adaptation (NDLR : au changement climatique) et la modération (NDLR : des émissions de gaz à effet de serre) ». Ledit point met par ailleurs en place un plan de financement ambitieux de quelque 100 milliards de dollars (74 milliards d’euros) par an à partir de 2020, somme versée par ces mêmes pays développés pour que les PED puissent s’adapter aux effets de la hausse des températures et limiter leurs propres émissions de gaz à effet de serre (GES).

Appliquer l’article 8

Les trente premiers milliards ont selon le Dr Saleemul Huq, coordinateur du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat (GIEC), déjà été répartis entre les pays donateurs, et même un peu plus. Sauf que les estimations faites sur les destinations de ces versements sèment le trouble sur le caractère « équilibré » de cette allocation entre adaptation et modération du changement climatique. Les plus basses hypothèses font état de « seulement 3 milliards de dollars (environ 2,2 milliards d’euros) pour les actions d’adaptation, soit à peine trois dollars par personne concernée – c’est-à-dire un milliard d’habitants qui vivent dans la centaine de pays qui encourent le plus de risques. Les pays riches n’ont à vrai dire jamais formellement mis en place de directives pour équilibrer cette allocation, entreprenant bien davantage pour limiter le réchauffement plutôt que pour lutter contre les conséquences réelles du changement climatique, comme les sécheresses ou les inondations.

La deuxième phase du programme annoncé dans cet article 8 a quant à elle été jugée « d’un abord difficile mais faisable » par une étude remise au secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon le 4 novembre dernier. Celle-ci a été élaborée par dix-sept ministres des finances, les Premiers ministres norvégien et éthiopien et des économistes de renom comme Lord Nicholas Stern, professeur émérite à la London School of Economics et conseiller spécial pour le développement économique et le changement climatique auprès du président du groupe HSBC, et l’Américain George Soros.

Les 100 milliards de dollars (73,3 milliards d’euros) annuels réclamés peuvent, selon ce rapport, être débloqués grâce à l’argent des taxes carbones, des permis de polluer et à de nouvelles taxes sur les transports aériens et maritimes. Autres instances qui pourraient être mises à contribution, des banques de développement international comme la Banque Mondiale, laquelle participerait à hauteur de 40 milliards de dollars (29,3 milliards d’euros). Son apport s’ajouterait à des financements privés, notamment bancaires, dans des proportions encore non dévoilées. Même, l’hypothèse de la mise en place d’un équivalent de la célèbre taxe Tobin a été évoqué. Elle a toutefois – provisoirement ? – été abandonnée dans la mesure où « il était compliqué de la mettre en place car cela aurait nécessité un accord global ».

La taxe carbone, une nécessité

M. Stern observe qu’ « une part importante de l’argent, autour de 50 milliards de dollars (environ 36,6 milliards d’euros), sont des fonds publics », rappelant des idées déjà évoquées dans une précédente réflexion. Un chiffre important mais contesté par certaines organisations non-gouvernementales (ONG). Tracy Carty, conseillère pour Oxfam sur les politiques liées au changement climatique, considère ainsi que « les 100 milliards de dollars inscrits dans l’accord de Copenhague doivent provenir de sources publiques plutôt que privées pour s’assurer que cet argent atteigne réellement les populations qui ont désespérément besoin de cet argent ».

Autre proposition de ce rapport : une taxe carbone portée à hauteur de 20 à 25 dollars (de 14,6 à 18,3 euros) par tonne de CO2, qui « pousserait les initiatives dans la bonne direction et augmenterait les revenus de manière significative » aux dires de M. Stern. Ce rapport « montre clairement que l’action concertée et une taxe carbone d’au moins 25 dollars la tonne de CO2 sont nécessaires pour terminer la nécessaire transformation de l’économie mondiale », corrobore Chris Huhne, secrétaire britannique à l’Energie et autre cosignataire de l’étude. Devant une telle unanimité, il ne reste plus à espérer qu’au prochain sommet de Cancun, qui s’ouvrira le 30 novembre prochain, les pays développés, si plein de bonnes intentions durant la réunion du G20, n’oublient pas ce sur quoi ils se sont mis d’accord l’an passé à la même époque.

Crédit photo : Flickr – Speaker Pelosi / BCClimateChampions
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  • alain b

    Le plus terrible est qu’on sait que ces trente milliards de dollars seront loin de suffire à aider efficacement les PED à lutter contre le dérèglement climatique, or les pays riches, bien qu’il faut reconnaître que l’investissement est colossal, semblent avoir déjà bien du mal à mettre la main au portefeuille. Qu’est-ce que ça va donner dans quelques années, quand le réchauffement climatique ira en s’accentuant et qu’à cet égard il faudra investir beaucoup plus ?