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Pour être une espèce protégée, mieux vaut être beau

Pour être une espèce protégée, mieux vaut être beau
Le chimpanzé est l’espèce animale qui a bénéficié du plus grand nombre de publications scientifiques ces dernières années. Cette médiatisation lui permet d’attirer les regards sur sa situation critique mais parallèlement des milliers d’autres espèces en danger s’éteignent en silence.

Une récente étude de l’université de Pretoria (Afrique du Sud)  jette le trouble chez les défenseurs de la biodiversité animale. Cette enquête révèle en effet, chiffres à l’appui, que plus une espèce est physiquement attrayante, plus elle aurait de chances de bénéficier de programmes de protection.

C’était un secret de polichinelle qui traînait depuis des années. Les conservateurs savaient déjà que certains types d’animaux – les plus attirants à l’œil et ceux à fourrure – attiraient plus facilement l’attention des médias et, dans une situation de danger d’extinction, excitaient plus aisément les consciences. L’étude publiée par Morgan Trimble et Rudi van Aarde, deux scientifiques de l’université de Pretoria, apporte de l’eau au moulin de cette thèse. En combinant les données relatives à 2 000 animaux cités dans des publications scientifiques entre 1994 et 2008 avec une liste des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Morgan Trimble en est ainsi arrivé à une conclusion implacable qu’il a confié au Guardian : « Aux yeux de la science, toutes les espèces ne sont pas égales ». Et d’ajouter : « quelques espèces accaparent une grande part de l’attention des scientifiques, alors que pour les autres les informations qui pourraient contribuer à mieux les conserver n’existent quasiment pas ».

Ceux qu’on regarde, ceux qu’on délaisse

Les statistiques fournies par les deux scientifiques sont éloquentes puisque les gros mammifères menacés sont apparus 500 fois plus souvent dans les publications universitaires que les amphibiens en danger d’extinction. Les reptiles, les oiseaux et les petits mammifères s’en tirent à peine à meilleur compte.

L’animal le plus étudié, le chimpanzé, l’un des plus proches de l’homme, a été cité dans 1 855 papiers. Il est suivi du léopard, mentionné 1 241 fois. Au sein même des groupes d’animaux les disparités sont importantes dans la mesure où 98% des recherches sur les reptiles menacés se concentrent sur moins d’un quart des espèces concernées, 70% des articles sur les gros animaux en danger se concentrent en outre sur à peine 30% des spécimens.

Les deux chercheurs ont trouvé ces différences « déconcertantes » et mettent en avant, en plus de l’aspect charismatique de certaines espèces, un autre facteur à prendre en compte pour expliquer ce phénomène : les humains tendent à se préoccuper d’abord des animaux qui leur ressemblent – d’où l’importante documentation disponible sur les chimpanzés – et de ceux qui ne leur posent pas de problème direct avec leur écosystème. Les petits mammifères et les amphibiens, qui ne présentent pas de danger pour les hommes, seront par exemples plus mis en avant que des animaux potentiellement dangereux comme certaines espèces de requins. De même pour les animaux qui servent déjà des causes commerciales.

Vers une prise de conscience ?

Il n’en demeure pas moins que même certaines espèces qui figurent parmi les plus médiatisées, comme le panda géant ou le tigre de Sibérie, ont du mal à assurer leur survie. D’après la liste de l’UICN des milliers d’espèces en voie d’extinction et 110 000 qui présentent un risque, la question que se posent les défenseurs de la biodiversité est la suivante : quelle stratégie mener pour pourvoir à la sauvegarde du maximum d’espèces ? L’option choisie par les scientifiques, à en juger les résultats de l’étude de l’université de Pretoria, est de mettre l’accent sur les plus charismatiques afin de créer une prise de conscience générale sur la conservation de la faune. Une autre possibilité est de mettre en avant une liste réduite d’animaux à l’attirance inégale dans l’optique de montrer l’étendue des dégâts.

Les associations écologistes n’accordent pas leurs violons sur ce point. Dans son « top 10 des espèces en voie d’extinction à suivre en 2010 », le World Wildlife Fund (WWF) met en avant le panda géant (NDLR : emblème de l’organisation), le tigre ou encore le pingouin de Magellan, trois exemples d’animaux à la renommée déjà établie. La Wildlife Conservation Society (WCS), elle, adopte la stratégie contraire en plaçant les feux des projecteurs sur des espèces menacées anonymes.

Pendant ce temps, des espèces disparaissent malgré leur beauté. Ainsi le dauphin de Chine, qui s’est éteint en 2007 et a rejoint d’autres animaux stars comme le dodo, le thylacine et l’auroch. Une autre espèce ô combien admirée des hommes, le tigre, pourrait s’ajouter à cette liste qui continue de s’allonger. Alors même que la préservation de la biodiversité est devenue une préoccupation internationale…

Crédit photo : Flickr - lightmatter
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