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Les marées vertes ne sont pas arrivées sur les plages armoricaines avec les dernières vacances estivales. Jusqu’à cet été, cette pollution que le commun des Français préjuge d’un nouveau genre n’inquiétait pas les pouvoirs publics, mais l’heure est désormais à la mobilisation. Explications.
Les ulves ou algues vertes ont commencé à (dangereusement) proliférer en Bretagne dans les années 1970, mais trois décennies n’ont pas suffi à interpeller les gouvernements successifs. Rien, pas la moindre petite mesurette, parce qu’il y a toujours plus urgent et que, dans ce genre de phénomènes dont on évalue encore mal les conséquences, il faut souvent attendre le décès d’un homme pour que les décideurs tendent l’oreille. Le débat a cependant pris une autre tournure cet été.
Le Premier ministre sur le terrain
Le 20 août, alors que la France, déjà condamnée par le tribunal administratif de Rennes en octobre 2007 à verser 5 000 euros d’indemnités à trois associations, venait d’être épinglée par la Commission européenne pour pollution des eaux et que les bords de mer dénaturés étaient largement boudés par les baigneurs, François Fillon a mis le cap à l’Ouest.
Visiblement préoccupé, il a en marge de son déplacement sur la plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor) annoncé que l’État prendrait à sa charge le nettoyage de certaines plages et décrété la mise en place en novembre d’une mission pilotée par les ministères de l’Agriculture, de la Santé et de l’Écologie, lesquels ont été chargés de « lutter contre la prolifération des algues vertes et de proposer des solutions efficaces de ramassage et de protection de la population ». Pas tout à fait une sinécure, vu les mauvaises habitudes prises depuis des années.
La veille de l’officialisation des bonnes intentions ministérielles, l’INERIS (Institut national de l’environnement et des risques), spécialiste de la qualité de l’air, a publié à la demande du ministère de l’Écologie une étude très éloignée des conclusions optimistes rendues par les services sanitaires de l’Etat en milieu de décennie, puisqu’elle fait état d’émissions par les algues vertes en décomposition d’hydrogène sulfuré.
Toxique et même potentiellement mortel en l’espace de quelques minutes, ce gaz a en outre pu être la cause du décès de deux chiens sur la plage d’Hilion le 12 juillet 2008 et d’un cheval au début de l’été dernier. L’autopsie, effectuée par un vétérinaire à la demande de son suspicieux propriétaire, a en effet révélé que l’équidé a été emporté par une congestion pulmonaire sans doute provoquée par l’inhalation d’un gaz…
Le 4 septembre 2009, le préfet des Côtes-d’Armor, Jean-Louis Fargeas, a enfoncé le clou en adressant au locataire de Matignon ainsi qu’au ministre de l’Intérieur et à la Secrétaire d’Etat à l’Écologie un rapport de quatorze pages.
La presse est parvenue à mettre la main sur ce document classé « confidentiel », guère plus rassurant et qui accable les agriculteurs de la région.
« La diminution visible et notable de ce phénomène ne passera que par un changement profond des pratiques agricoles »
Les agriculteurs sont en fait soupçonnés d’être les responsables des marées vertes depuis plusieurs années. Durant l’été 2004, l’UFC-Que choisir a notamment publié une enquête intitulée « Sous les algues vertes, la plage » qui s’était penchée sur le désarroi des indigènes et des associations écologistes. Elle mettait déjà la multiplication des algues vertes sur le compte des pesticides utilisés par les agriculteurs.
Une thèse partagée par Jean-Louis Fargeas qui dans son rapport « brûlot » a carrément réclamé « un renforcement de la pression sur la profession agricole » et « un changement profond des pratiques », tout en se disant convaincu que les professions incriminées n’y sont pour l’heure pas disposées.
Selon lui, « l’azote responsable du développement algal est apporté par les cours d’eau » et serait « principalement d’origine agricole par l’intermédiaire des effluents (lisier et autres) et des engrais minéraux ».
Aussi le préfet suggère-t-il une généralisation des mesures agri-environnementales (MAE) à l’ensemble des exploitations de la région et des bassins versants, un changement complet du modèle économique existant, bref une véritable « révolution » qui serait la seule à même d’endiguer ce phénomène printanier et estival inquiétant, qui concerne aussi la baie de Douarnenez (Finistère) et pourrait être de nature à influer sur la fréquentation touristique.
La mise en application d’un tel processus prendra de toute façon beaucoup de temps et doit s’inscrire dans le cadre d’une « politique volontariste pérenne », ainsi que le préconise Jean-Louis Fargeas.
En attendant, les nuisances des algues vertes ne sont encore, officiellement, « que » visuelles et olfactives. C’est suffisant pour que ce dossier environnemental devenu brûlant soit clos au plus vite.

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