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L’Amérique du Sud unit ses forces pour une justice climatique

L'Amérique du Sud unit ses forces pour une justice climatique
Instigateur du forum alternatif de Cochabamba sur le climat, Evo Morales réclame entre autres la création d'un tribunal international de Justice qui serait chargé de juger les crimes contre l'environnement

La réunion alternative sur le climat de Cochabamba (Bolivie) s’est achevée hier après trois jours de discussions. Figurant parmi les plus menacés par la hausse des températures, les pays d’Amérique du Sud y ont fait valoir leur droit à exister face aux superpuissances climatiques.

Les langues se délient. Ce sommet, celui des sans-grade, de ceux qui peinent à se faire entendre dans ce concert de la communauté internationale émaillé de fausses notes, c’était le leur et rien que le leur. L’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull et le capharnaüm qu’il a provoqué dans les aéroports européens a beau avoir réduit le nombre de participants de vingt mille à une (grosse) dizaine de milliers, il en fallait plus pour que leurs desideratas soient ajournés.

Le choix du lieu était symbolique. Cochabamba, c’est en effet la ville où s’est déroulée, en 2000, un conflit qui a mis aux prises les habitants ulcérés par la vente de « leur » eau et la multinationale américaine Bechtel, laquelle a fini par plier devant leur détermination.

Une décennie plus tard, la métropole bolivienne a accueilli un forum international initié par le président socialiste Evo Morales qui était très attendu. Les observateurs s’attendaient à y voir plus clair sur les intentions des pays sud-américains en vue des prochaines échéances climatiques, et le fait est qu’on en sait plus aujourd’hui.

Justice climatique

Amenés à payer un lourd tribut au dérèglement climatique (NDLR : De 30 à 40 % de leur biodiversité serait notamment menacée d’extinction d’ici à 2100), phénomène auquel ils contribuent fort peu compte tenu de la relative faiblesse de leurs émissions de CO2, les pays d’Amérique du Sud réclament désormais un « tribunal international de Justice climatique et environnementale » qui jugerait les nations, organisations ou personnes responsables de dégradations environnementales.

Cette instance dont la création devrait de nouveau être réclamée lors du prochain sommet international sur le climat, à Cancun (Mexique), pourrait être saisie par des États, des peuples ou des particuliers. Gageons néanmoins que cette proposition se heurtera à un mur sino-américain et que d’autres maçons se proposeront de participer à sa construction. Quoique de plus en plus sensible aux questions ayant trait à la hausse des températures, et même si elle se démène depuis plusieurs mois pour octroyer aux pays en développement (PED) un soutien budgétaire conséquent mais dont les modalités sont encore à définir, l’Union Européenne (UE) pourrait elle aussi s’y opposer. La faute à des intérêts économiques a priori irrémédiablement divergents.

M. Morales s’est pour sa part dit convaincu que les pays industrialisés souscriront à ses vues. « Tôt ou tard, avec la force populaire, ils finiront par accepter un tribunal pour les crimes contre l’environnement », a prédit le président bolivien. Et de poser cette question capitale : « S’il n’y a pas de sanctions, qui va faire respecter le protocole ? »

Des « obligations collectives, puis individuelles » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Les participants – parmi lesquels des représentants de gouvernement, des délégations de populations indigènes, des syndicats mais aussi des ONG, des scientifiques et quelques personnalités emblématiques comme José Bové et l’acteur Danny Glover – se sont aussi prononcés pour l’adoption d’un objectif universel contraignant de baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ils souhaitent ainsi une diminution des rejets de CO2 de 50 % d’ici à 2020 et de 80 % à l’horizon 2050. Des réductions pour le moins ambitieuses qui seraient facilitées par l’instauration d’ « obligations collectives, puis individuelles » sur lesquelles il faudra bien s’accorder. Elles impliqueraient en outre une approbation internationale pas franchement évidente si l’on s’en réfère à la très décevante issue de la conférence de Copenhague et aux difficiles négociations du récent sommet de Bonn.

Souhaitée par les nations représentées à Cochabamba, la mise en place d’un référendum mondial sur les choix à mener en matière de politique climatique, elle, pourrait être soutenue par les pays africains voire par des pays au poids diplomatique plus important. Elle semble en effet de nature à démêler bien des noeuds actuels.

Indépendamment de la très hypothétique concrétisation des ambitions énoncées à Cochabamba, les acteurs de cette toute première « Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère » ont fait montre d’une détermination incontestable à défendre des intérêts dont ils sont fondés à trouver qu’ils n’ont pas été suffisamment pris en compte jusque là. Nombreux sont ceux (présents ou non) qui, toutefois, ont pointé le caractère très idéologique de leur rhétorique.

Le lancement d’un « Mouvement international pour la défense de la Terre mère », dénomination lyrique pour ne pas dire utopique qui concerne un projet aux contours encore très flous, est lui aussi controversé.

Représentante de l’ONU en Bolivie, la Japonaise Yoriko Yasukawa a dit avoir entendu « les frustrations à l’encontre du processus formel de négociations ». Elle a aussi demandé d’en tenir compte et d’« écouter beaucoup plus » la société civile à l’avenir. Il y a quelques semaines, Nicolas Sarkozy avait quant à lui appelé de ses voeux l’instauration d’un autre appareil décisionnaire pour ne plus revivre la catastrophe de Copenhague.

Le fait qu’ils soient de plus en plus nombreux à penser la même chose laisse augurer de changements décisifs à cet égard. Reste à savoir quand ils interviendront.

Crédit photo : wikimedia – José Cruz
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