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La mer d’Aral sauvée de la disparition ?

La mer d'Aral sauvée de la disparition ?
Vidée pendant trois décennies, la mer d'Aral recouvre une partie de sa superficie au Kazakhstan. Au Kazakhstan seulement...

Portée disparue depuis des années – un cas unique dans l’histoire de l’humanité – , la mer d’Aral reprend peu à peu ses droits au Kazakhstan.

Elle apparaît toujours sur les cartes du monde. Pas très loin de la mer Caspienne, à l’est, avec sa taille initiale, celle que la nature avait décrétée avant que l’inconscience soviétique s’en mêle. Elle l’a asséchée. Disparue à 90 %, une mer de 68 000 km2, c’est-à-dire, grosso modo, la taille de l’Irlande. Pompée, la quatrième plus grande étendue d’eau douce du monde.

Causes et conséquences d’un cataclysme

On dit de certains idéalistes qu’ils vident la mer avec une petite cuillère, les dirigeants soviétiques, eux, l’ont vraiment fait. À coups de tuyaux. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre à compter du début des années 1960. Mécaniquement et sûrement, par le biais de systèmes d’irrigations « maricides ».
D’après les économistes, il était fondamental d’intensifier la culture du coton en Ouzbékistan et au Kazakhstan. Aussi ont-ils estimé que, pour les irriguer, il n’y avait pas d’autre solution que de détourner les eaux des deux principaux fleuves de la mer d’Aral, sans lui accorder le moindre répit. Aussi l’ont-ils tuée, aussi ont-ils tiré un trait sur un écosystème comme on signe un chèque en blanc, sans songer aux conséquences.
L’oukase pluri-décennale fait qu’aujourd’hui, elle n’est plus qu’un florilège de flaques disparates qui ont sonné le glas des vingt-quatre espèces endémiques de la mer d’Aral et de leur corollaire, l’industrie de la pêche. Les gigantesques quantités de pesticides et d’insecticides qui stagnaient au fond du bassin et avaient été charriées par les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, elles, se sont retrouvées à l’air libre, faisant exploser le taux de mortalité infantile et multipliant les cas de cancer.
Une catastrophe pour les populations et pour la nature mais qui n’a rien de naturelle. Un événement pourtant largement éluctable « sans précédent dans les temps modernes », dixit Philip McKlin, professeur de géographie à l’université Western Michigan, aux Etats-Unis.
Les photographies de carcasses de bateaux échoués sur un sable qui s’appelait autrefois mer d’Aral ont fait le tour du monde. Elles nous ont révolté et nous pensions que l’éclatement de l’empire assécheur ne devait rien changer à cette triste affaire, que ses sbires étaient allés trop loin, que leur folie avait définitivement eu raison de cette mer qui n’en a plus que le nom.

Un barrage salvateur ?

Pour empêcher son évaporation totale, les autorités concernées ont envisagé la construction d’un canal depuis la mer Caspienne et le détournement de fleuves de Sibérie. Deux projets trop complexes et onéreux pour aboutir.
En 1995, Alachibaï Baïmirzaev, le maire d’Aralsk, une ville portuaire qui a fini par se retrouver à cent kilomètres à l’intérieur des terres, a aussi fait construire une digue de sable et de roseaux de vingt-deux kilomètres de long, au sud de l’embouchure du Syr-Daria. Achevée en 1996, elle a fait renaître un semblant de vie et remonter le niveau de la Petite mer. Car depuis une vingtaine d’années il est plus pertinent de parler de deux mers, la Petite donc, au nord, et la Grande, au sud. Trois ans plus tard, une tempête a détruit la digue insuffisante.
Un programme de 88 millions de dollars a été lancé en 2001. Il a abouti à la construction du barrage de Kokaral, financée par la Banque mondiale, et dont les travaux ont débuté deux ans après. Destiné à éliminer l’excès de sel et à faire remonter le niveau de la mer via une redirection des eaux du Syr-Daria vers la Petite mer d’Aral, c’est-à-dire vers sa partie kazakhe, il devrait lui permettre, à terme, de regagner 500 km2. En attendant, elle a déjà recouvré 30 % de sa superficie, un pourcentage qui a agréablement surpris les hydrologues, et l’eau est désormais revenue à 25 km2 d’Aralsk. Selon la Banque mondiale, elle pourrait atteindre la localité dans six ans.
Depuis 2003, la profondeur moyenne de la Petite mer d’Aral est passée de moins de trente mètres à trente-huit mètres, le niveau de viabilité étant estimé à quarante-deux mètres.

L’Ouzbékistan s’est fait une raison

Mais si l’espoir renaît dans cette république caucasienne, que l’impact du barrage de Kokaral est incontestable, que le retour de l’eau a une incidence sur le climat, que le barrage a réduit la salinité assez significativement pour permettre la vie d’espèces d’eau douce et que l’activité maritime reprend (NDLR : d’après la Banque mondiale, les prises de poissons d’eau douce ont atteint deux mille tonnes il y a deux ans, soit près de quarante fois plus qu’en 2004) dans la Petite mer d’Aral, la Grande mer, elle, continue de rétrécir.
Désormais plébiscité à l’échelle mondiale, le barrage de Kokaral a d’abord fait l’objet d’une controverse, certains experts arguant qu’il condamnerait la Grande Aral à une mort encore plus rapide, même si une vanne située au-dessus de la structure y reverse le trop-plein d’eau. Insuffisant pour faire remonter le niveau de la mer. Par ailleurs, la gestion des autorités ouzbèkes, qui contrôlent les trois quarts de la Grande mer, n’est pas plus brillante qu’à l’époque soviétique. Parce qu’elles préjugent le processus de renaissance trop complexe, trop long et sans doute pas suffisamment rentable, elles ont choisi de maintenir la lucrative industrie du coton et poussent l’indécence jusqu’à rechercher du gaz et du pétrole sous le lit asséché de la Grande Aral.
Si les pays concernés sont officiellement tous d’accord sur la nécessité d’une utilisation coordonnée des deux fleuves, ils sont incapables de s’entendre.
Pas de projet de barrage, de canal ou de digue, pas de signe de révolte contre cet assèchement dramatique et que leur fatalisme rend inévitable.

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