NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

La ligne verte de l’Équateur

La ligne verte de l'Équateur
Rafael Correa est déterminé à en finir avec un modèle de développement qui a entraîné de graves conséquences écologiques

À rebours d’une époque mercantile, quoique marquée par l’émergence encore relative des considérations environnementales, l’Équateur est enclin à renoncer à l’exploitation d’une partie de ses gisements pétroliers. Et par là même de se priver d’une manne financière considérable.

C’est une de ces dispositions qui suscite l’inclination, une leçon de panache donnée au reste du monde. L’or noir a beau représenter la moitié du budget de l’Équateur, son président, réélu triomphalement en avril 2009 (NDLR : Il a obtenu plus de 54 % des suffrages dès le premier tour), lui voue une certaine défiance.

Perçu par certains observateurs comme un disciple light d’Hugo Chavez de par sa volonté d’indépendance politique à l’égard des Etats-Unis, Rafael Correa s’était engagé dès septembre 2007, soit huit mois après sa première élection, à ne pas exploiter neuf cent vingt millions de barils de sorte à éviter le rejet de cent onze millions de tonnes de CO2 par an. Une incroyable concession dont seul le Costa Rica, déjà singulier par son renoncement sans doute irrévocable à avoir une armée, pouvait se targuer jusqu’ici. Elle est surtout à contre-courant dans un monde encore incapable de s’affranchir du joug pétrolier.

Au nom de la biodiversité

Ce spectaculaire tournant a été confirmé l’an passé avec l’annonce par M. Correa de l’abandon de l’exploitation des gisements de la zone « ITT » (NDLR : Située entre les villes d’Ishpingo, Tambococha et Tiputini, au nord-est du pays). Le président équatorien, qui se plaît à répéter que son pays n’émet qu’1 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales, a confirmé ses intentions en début d’année en officialisant son intention de ne pas exploiter le potentiel énergétique du parc national de Yasuni, où un énorme gisement a été découvert. D’après nos confrères de Courrier International, il aurait pu rapporter huit cent cinquante millions de barils par an, c’est-à-dire l’équivalent de 20 % des réserves du pays et de six milliards d’euros annuels. Un manque à gagner considérable donc, avec exceptionnellement une énergie fossile sacrifiée sur l’autel de la biodiversité, ce qui devrait a priori amener les écologistes du monde entier à citer l’Équateur en exemple.

Ledit gisement est en effet situé en pleine forêt amazonienne, sur un territoire qui compte cent mille espèces d’insectes à l’hectare, deux mille deux cents soixante-quatorze sortes d’arbres, cinq cent soixante-sept espèces d’oiseaux et quatre-vingt espèces de chauves-souris.

Des facteurs humains sont également entrés en ligne de compte dans la mesure où des milliers d’Indiens Huaroani et les peuples indigènes Tagaeri et Taromenane sont établis dans cette zone. Or l’Équateur fait déjà les frais d’une catastrophe écologique d’ampleur nationale, à cause d’une exploitation souterraine intensive et déraisonnée des forêts allègrement déboisées et des terres assez imbibées de pétrole pour que la qualité des nappes phréatiques s’en trouve fortement altérée. Établi depuis une trentaine d’années dans le pays, le groupe pétrolier américain Texaco-Chevron est le principal responsable de cette situation désastreuse et ses atteintes à l’environnement expliquent à elles seules l’anti-américanisme grandissant des populations.

Les autres pays sollicités

La république sud-américaine est donc disposée à faire une croix sur « quelque 47 % du financement (de son) budget, même plus ». « C’est la principale source des revenus », souligne Carlos A. Javita, ambassadeur de l’Équateur en France, selon lequel « il s’agit de carrément terminer avec un modèle de développement qui était contre nature ». Cette mutation, le pays n’a toutefois ni les moyens ni même la volonté de l’accomplir seul. Les autorités souhaitent donc une contribution des pays riches de trois milliards d’euros pour à la fois lutter contre le dérèglement climatique et la dégradation d’un écosystème unique et endiguer la déforestation en Amazonie ainsi que ses corollaires (diminution de la qualité des sols et des quantités d’eau, détérioration des conditions de vie des habitants de la région etc).

Sous-secrétaire d’État au ministère du Patrimoine, Tarcisio Granizo précise : « Ce ne sont pas des aides ou des subventions que l’on demande aux pays riches. On fait appel à la responsabilité partagée. Les pays développés doivent leur expansion en partie à la destruction des ressources naturelles. Aujourd’hui, nous les invitons à participer à la préservation de la planète ».

Le « deal » proposé par l’Équateur a pour l’heure déjà convaincu l’Allemagne (NDLR: qui par la voix du Parlement et du gouvernement s’est engagé à verser cinquante millions d’euros annuels pendant treize ans) et l’Espagne, deux des nations européennes les plus au fait des problématiques écologiques. La France, elle, s’est dite « intéressée », tout comme la Norvège, mais il ne faudrait pas s’attendre à ce que l’ensemble des pays développés souscrivent à la proposition de Quito.

La tendance est en effet davantage à une réduction pure et simple – et significative – des émissions carbone et plus « seulement » à leur compensation.

Ardent défenseur du principe de co-responsabilité dans les enjeux environnementaux globaux, l’Équateur devra sans doute, malgré une économie claudicante, lâcher du lest pour persuader d’autres pays, par exemple en révisant à la baisse le montant de la contribution exigée.

Inédits, ses desseins pourraient amener des États voisins à repenser à leur tour l’exploitation de leurs gisements pétroliers. On pense ici au président bolivien Evo Morales, qui s’est récemment mué en chantre de la cause écologique, et à Hugo Chavez, indéboulonnable leader d’un pays très tributaire de ses ressources pétrolières.

Le président vénézuélien a cependant le sens du contre-pied, aussi l’hypothèse de le voir  marcher sur les traces de son homologue équatorien n’est-elle pas à écarter. Un homme capable d’envoyer l’armée pour changer les ampoules dans les foyers est il est vrai capable de tout.

Crédit photo : Google Images – Roosewelt Pinheiro/ABR
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !