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Peter Garrett, le Géant vert de la musique

Peter Garrett, le Géant vert de la musique
Son combat pour l'environnement, Peter Garrett l'a d'abord livré en musique avant de le déplacer sur la scène politique

Peter Garrett est un homme d’action. Défendre les intérêts de la planète, c’était déjà son combat lorsqu’il était le chanteur du groupe Midnight Oil. Aujourd’hui ministre australien de l’Ecologie, fort de sa notoriété internationale, il a laissé de côté le micro pour se faire une place sur la scène politique.

Lorsqu’il s’engage véritablement en politique en 2002 et quitte son groupe, le monde entier a déjà pu prendre la mesure de la forte implication de Peter Garrett sur les questions environnementales. Avec Midnight Oil, qu’ils fondent en 1976, Peter Garrett et ses acolytes partent à l’assaut de la scène musicale, fermement décidés à faire passer leur message écolo à travers des chansons engagées. Les années 1980 sont celles de la consécration. Le groupe signe des albums aux titres évocateurs, dont Postcard, 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1 ou encore Red Sails in the Sunset, qui remportent un succès colossal. Leurs revendications, c’est avec l’émotion qu’ils les font passer.

Mais Peter Garrett ne tient déjà pas en place. Ainsi, en 1984 il participe à la fondation du Parti pour le Désarmement Nucléaire, mais son échec aux élections sénatoriales en Nouvelle Galles du Sud retarde son avènement politique et le ramène à ses racines musicales. L’ ”Honorable” Peter Garrett, comme le surnomment certains médias australiens, n’en a pas moins mis très tôt sa notoriété au service de la planète. A mesure que sa popularité va crescendo, il acquiert une crédibilité grandissante dans les combats environnementaux. Mais son heure n’est pas encore arrivée, il lui reste encore de grandes choses à accomplir dans la musique.

Diesel and Dust, le virage décisif

Dès 1985, Midnight Oil repart en tournée avec Species Deceases (La mort des espèces). L’année suivante constitue un tournant spectaculaire dans l’évolution du groupe avec la rencontre des Warumpi, groupe de rockers aborigènes. L’album qui en découle, Diesel and Dust restera la production la plus emblématique du groupe. « How can we dance when our earth is turning », ce refrain résonne encore dans toutes les têtes. Il est extrait du tube Beds are Burning, qu’interprète le groupe en 2000 lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Sydney. Cette chanson a également été choisie en octobre dernier pour le lancement de la première pétition musicale internationale. Une kyrielle d’artistes du monde entier ont posé leur voix sur la mélodie emblématique de Midnight Oil dans le cadre de la campagne « Tck Tck Tck, Time for Climate Justice », lancée par Kofi Annan pour faire réagir les décideurs avant le sommet de Copenhague.

Réveiller les consciences : telle était la raison d’être du groupe de rock australien. En 1990, un autre album référence sort dans les bacs. Avec le titre Blue Sky Mining, Midnight Oil veut frapper fort, là où ça fait mal. Leur inspiration les propulse sur le devant de la scène internationale, ce qui leur offre de nouvelles perspectives. Dans le courant de la décennie, trois opus aux intitulés percutants, Earth and Sun and Moon, Breathe et  Redneck Wonderland, marquent les esprits. Le ton sarcastique et caricatural dénonce la passivité de ce monde qui ne voit pas ce qui se passe sous ses yeux.

Le temps de l’engagement politique

En 2002, Peter Garrett décide qu’il est temps de faire entendre ses revendications autrement qu’à travers la musique. « Le groupe a apporté beaucoup de plaisir et de sens dans la vie des gens, y compris dans la mienne » précise-t-il avant de changer de vie. Peter Garrett a assuré ses arrières : il s’était fixé ce but depuis longtemps. Sa légitimité ne fait aucun doute car il engage des combats portant sur des problématiques qu’il connaît bien. Du haut de son mètre quatre-vingt douze, il est un personnage charismatique au physique familier. Ceux qui se sont dits surpris par l’avènement du ”Géant vert” n’ont sans doute pas eu vent de son passé de militant. Son diplôme de droit et sciences politiques, il l’a obtenu en 1977 alors même que sa carrière musicale débutait. Il n’a jamais laissé la musique prendre le pas sur ses convictions écologiques et s’en est servi comme d’un mégaphone. Bien avant d’abandonner le micro pour revêtir son costume cravate et siéger au Parlement, Peter Garrett était l’un des chantres de la lutte contre l’exploitation des mines d’uranium. Surtout, il a occupé dès 1987 le poste de président de la très puissante Australian Conservation Foundation. Six ans plus tard, il est devenu membre du conseil international de Greenpeace et s’est montré très virulent envers Jacques Chirac quand, tout juste arrivé à l’Elysée, ce dernier a décidé de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique.

Rien de très surprenant donc à ce que Peter Garrett soit élu en 2004 député à la Chambre des représentants du Parlement fédéral australien dans la banlieue de Sydney. Son ascension politique se poursuit lorsque, le 29 novembre 2007, le Premier Ministre travailliste Kevin Rudd le nomme à la tête du Minister for the Environment, Heritage and the Arts. Un titre très particulier, presque honorifique, qui allie nature et culture, du sur mesure pour Peter Garrett. Dès son accession au pouvoir, il se fait remarquer en dénonçant la pêche à la baleine, un ”crime contre l’environnement” perpétré par les Japonais. Aujourd’hui, son champ d’action s’étend de la barrière de corail menacée par le changement climatique à un plan de recyclage pour les bouteilles et canettes en passant par le blocage de la construction d’un barrage sur la Mary River, laquelle pourrait avoir « des effets irréversibles » sur certaines espèces de poisson menacées.

Une action controversée

Peter Garrett semble avoir tout bon, enfin presque. A la sortie d’une conférence sur l’éco-construction 2009, des militants de l’organisation Friends Of the Earth (les Amis de la Terre) l’ont apostrophé au sujet du nucléaire, un thème pourtant cher au ministre: « Vous dormez bien la nuit, Peter? » lui a-t-on demandé. Liam Barret, journaliste au Sunday Times, lui reproche d’avoir sacrifié ses engagements au profit de ses ambitions personnelles. Il va même plus loin : selon lui, Peter Garrett, qu’il surnomme « Pinocchio », a « perdu dix centimètres » depuis qu’il est entré en politique. Il ne serait plus animé de la même passion, n’aurait plus cette détermination qui faisait sa force. Bref, il se serait compromis, en approuvant l’expansion d’une mine d’uranium et en soutenant la construction d’une usine de papier très polluante. Mais c’est surtout sur la question de la pèche à la baleine que le ministre est le plus décrié. Les Japonais violent les eaux territoriales australiennes sans que personne n’intervienne réellement. Liam Barret est de ceux qui prétendent que Peter Garrett a laissé son intégrité au vestiaire, à la  différence de son ancien compagnon d’armes et militant convaincu Paul Watson, qui a créé sa fondation Sea Shepherd Conservation Society.

Faut-il se montrer aussi lapidaire envers le ministre? Nicolas Sarkozy n’a pas l’air de le croire lui qui l’a fait Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres en juin dernier. A cette occasion, Peter Garrett n’a pas manqué d’évoquer l’importance des membres de son groupe, sans lesquels rien n’aurait été possible.

Alors oui, le pouvoir politique peut parfois monter à la tête. Peter Garrett n’est pas le premier à faire l’objet d’une telle accusation, mais il a su tout de même se donner les moyens d’agir. Après tout il n’a que 56 ans, un âge auquel tout est encore possible en politique, peut-être davantage qu’en musique.

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