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Pas facile de se débarrasser du pétrole…

Pas facile de se débarrasser du pétrole…
Les paysages luxuriants du parc national de Yasuni contiennent à la fois une incroyable biodiversité et de gigantesques gisements pétroliers. L’Equateur a voulu protéger la première en n’exploitant pas les seconds, mais ce choix devient de moins en moins tenable sur un plan économique…

L’Equateur s’est lancé depuis plusieurs années dans un vaste et unique programme de renoncement au pétrole, l’initiative Yasuni-ITT. Officialisée et saluée l’année dernière, elle n’attend plus que les financements de l’étranger… qui tardent à venir.

Quito n’en peut plus de l’or noir. C’est le message adressé par cette petite république d’Amérique du Sud ces dernières années, notamment depuis l’élection de son président Rafael Correa. A l’origine de cette prise de position rarissime en son genre, l’exploitation massive des importantes ressources pétrolières du pays, lors des années 1960 à 1980, par le groupe américain Texaco – par la suite racheté par Chevron. Pour maximiser ses profits, l’entreprise n’a pas hésité à polluer les sols, les forêts et les nappes phréatiques d’une partie du nord-est du territoire équatorien, autour de la ville de Lago Agrio.

L’histoire offre parfois d’amusantes coïncidences : cette semaine, la justice équatorienne a condamné Chevron à une impressionnante amende de 9,5 milliards de dollars pour l’ensemble de ce préjudice environnemental. Or c’est aussi lors de ces derniers jours que l’on apprend que le fer de lance de cette lutte contre la dépendance vis-à-vis de l’or noir du gouvernement équatorien, l’initiative Yasuni-ITT, manque cruellement de financements.

Promesses non tenues

Ce projet innovant, dont l’idée circule depuis 2007, consiste à renoncer à l’exploitation d’un gigantesque gisement pétrolier découvert en plein cœur du parc national de Yasuni, d’une valeur potentielle de quelque 7 milliards de dollars (5,1 milliards d’euros). Pour compenser ce déséquilibre économique et financer le développement des énergies renouvelables dans le pays, Quito a lancé en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) le fonds Yasuni-ITT (Ishpingo, Tiputini et Tambococha). Les Nations Unies espéraient, lors de sa création, réunir jusqu’à 3,5 milliards de dollars venant de l’étranger, un objectif qui paraissait raisonnable avec le soutien rapidement affirmé de pays européens comme l’Allemagne et l’Espagne, mais aussi la Belgique, la France, la Norvège ou encore la Suède.

Quelques mois plus tard, le compte est pourtant (très) loin d’y être. Aucun des pays européens en question n’ayant réellement mis la main à la poche… Ce fonds, destiné à financer des projets environnementaux, sociaux et de soutien aux énergies renouvelables, aurait besoin d’au moins 100 millions de dollars (73,5 millions d’euros) d’ici à la fin de l’année 2011 pour fonctionner correctement, soit 300 000 euros par jour (221 000 euros)… La biologiste locale Kelly Swing note d’ailleurs que ce total devra être triplé en 2012 pour assurer la bonne tenue du fonds.

Correa prêt à exploiter le pétrole ?

L’inquiétude des écologistes grandit de jour en jour quant à la viabilité du fonds car si celui-ci était amené à être annulé, l’exploitation du pétrole du parc national pourrait redevenir d’actualité. Le récent passé de l’Equateur en témoigne : un scénario similaire s’était déroulé en 1997 dans la réserve biologique de Limoncocha, dans l’est du pays, à seulement 50 kilomètres de cette même ville de Lago Agrio. La construction d’une route d’accès à des gisements pétroliers avait, en plus du traumatisme écologique causé, entraîné le déplacement de populations de la tribu Waorani. Si l’histoire devait se répéter, la destruction du parc Yasuni causerait, de manière parallèle, un désastre environnemental et le déplacement de populations des tribus Tagaeri et Taromenane.

La timide réaction des pays occidentaux des deux côtés de l’Atlantique n’engage pas à un optimisme forcené. Washington a bien lancé en 1998 un programme « Dette contre nature » qui permet de convertir une dette financière en amélioration environnementale. En Europe, alors que les Etats trainent des pieds pour tenir leurs promesses, et tandis que le débat traine au Parlement Européen, ce sont les collectivités locales qui décident d’agir en premier. La députée européenne Verts Catherine Grèze explique ainsi à nos confrères de Terra Eco que « la Wallonie a d’ores et déjà contribué à hauteur de 300 000 euros tandis que la région Rhône-Alpes a dégagé 150 000 euros ». Des premiers pas qui, additionnés au soutien massif de la population équatorienne à cette première mondiale, sont autant de sources d’espoir de voir le projet Yasuni-ITT arriver à son terme. Mais la route est encore longue…

Crédit photo : flickr - ggallice / Luigi Ochoa
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  • pierre d

    C’est horriblement injuste, mais la position est sociologiquement intéressante.
    Encore une fois, c’est l’humain qui fait bouger les choses. Chevron fera comme les autres : il se planquera.