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Ours des Pyrénées : ouverture d’une concertation publique

Ours des Pyrénées : ouverture d'une concertation publique
La concertation publique sur la réintroduction d'une ourse femelle dans les Pyrénées s'achèvera le 4 février prochain. Les participants ne pourront décider à la place du gouvernement mais les tendances qui s'en dégageront amèneront peut-être ce dernier à réviser sa position. Dans un sens ou dans l'autre

C’est un dossier brûlant. De ceux qui déchaînent les passions. Partisans et adversaires de la réintroduction des plantigrades dans les montagnes pyrénéennes ont chacun de solides arguments à faire valoir. Les seconds ont pris l’ascendant. Reste à savoir pour combien de temps.

L’ancienne secrétaire d’État à l’Écologie Chantal Jouanno s’est prononcée fin juillet pour une réintroduction limitée à une seule femelle slovène, dans un contexte houleux, avec dans les jours et les heures qui ont précédé cette annonce des manifestations disons… animées en Haute-Garonne. Le remaniement ministériel s’est entre autres traduit par la suppression de son poste et c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui va devoir trancher. S’il n’est officiellement pas question pour l’heure de revenir sur ce compromis qui n’a satisfait personne, on doute cependant que le lobby anti-ours ne mette pas le paquet pour amener le gouvernement à changer de cap.

L’issue de la concertation publique officiellement ouverte avant-hier par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques lui sera-t-elle favorable ? Ils seront en tout cas nombreux à avoir leur mot à dire et à pouvoir adresser leurs observations à l’Hôtel de Roquelaure puisque quelque neuf cent trente communes ont été conviées à participer jusqu’au 4 février prochain.

Du côté de la préfecture, on a tout de même pris parti. Timidement. « Cette réintroduction est fondée sur le principe du remplacement des ours tués du fait de l’Homme [...] Elle paraît d’autant plus indispensable pour la survie de l’ours dans le département que la population y est, à l’heure actuelle, exclusivement composée de mâles », ont rappelé les autorités locales, qui semblent donc souscrire à la position étatique. Reste à savoir comment sera accueilli le dossier qu’a concocté l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) à l’attention du public et des collectivités territoriales, étant entendu que ces derniers n’auront pas le pouvoir de faire pencher la balance.

Cent soixante-sept animaux d’élevage tués

Une statistique pourrait en revanche avoir son importance. D’après Christophe Tavin, chargé de mission ours-loup à la Direction régionale de l’environnement et du logement (DREAL) de la Région Midi-Pyrénées, cent soixante-sept bêtes, tous animaux confondus, ont été victimes des ours en 2010.

Un chiffre a priori important mais qui représenterait en réalité moins d’un centième des pertes annuelles recensées au sein des troupeaux. La grande majorité des brebis qui trépassent chaque année seraient en effet victimes des orages ou des crocs de chiens, quand elles ne succomberaient pas à leurs blessures ou à une maladie.

Les plantigrades ne seraient donc pas les brutes sanguinaires dépeintes par leurs détracteurs, même s’ils n’auraient été « que » cent quarante-six animaux d’élevage à avoir été mortellement blessés ou dévorés l’an passé. L’augmentation constatée cette année n’a toutefois rien de significatif aux dires de M. Tavin, pour qui elle pourrait s’expliquer par les naissances de deux oursons, lesquelles ont peut-être créé plus de besoins.

Prévue au printemps prochain, l’introduction de la femelle ursidée – la neuvième depuis 1996 – devrait quoi qu’il en soit être la dernière avant plusieurs années, Mme Jouanno ayant précisé cet été qu’à cette ultime augmentation artificielle des effectifs succèderont des remplacements « au cas par cas ». Si « NKM » devait donner son assentiment à de nouvelles réintroductions elle s’attirerait immanquablement les foudres des éleveurs, et l’atmosphère semble aujourd’hui assez délétère pour ne pas risquer d’ajouter de l’huile sur le feu.

« Le seul moyen de ne pas voir (la population des ours) (NDLR : évaluée à une vingtaine de spécimens) disparaître, c’est de lâcher des femelles. En particulier dans le noyau occidental des Pyrénées, où il ne reste que deux mâles », a pour sa part plaidé Alain Reynes, porte-parole de Pays de l’Ours-Adet, une organisation favorable au rétablissement d’une population viable. Et d’ajouter : « on ne peut pas se contenter de sauver la population existante [...] Les lâchers d’ours sont une évidence incontestable ».

Les naissances précitées sont à ses yeux et à ceux des pro-ours dans leur ensemble la preuve que les mammifères slovènes sont parvenus à s’intégrer à leur nouvel environnement. « Leur cohabitation avec le pastoralisme est scientifiquement reconnue impossible », soutient au contraire Philippe Lacube, président de l’ADDIP (Association pour le développement durable de l’identité des Pyrénées) et opposant déclaré au plan de réintroduction.

Si leurs capacités d’adaptation continuent de faire débat, la disparition probable de Camille, elle, met tout le monde d’accord. Pour rappel le dernier ours autochtone des Pyrénées n’a plus donné signe de vie depuis février.

C’est assez pour le considérer comme mort. Et se dire qu’une hostilité de principe à toute nouvelle réintroduction, de spécimen mâle ou femme, ne peut que signifier à terme la disparition définitive des plantigrades des montagnes du sud de la France.

Crédit photo : Wikimedia Commons – Bernard Boehne / flickr – Frédéric Salein
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