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OGM : L’arrachage des vignes transgéniques n’est pas du goût du gouvernement

OGM : L'arrachage des vignes transgéniques n'est pas du goût du gouvernement
Le gouvernement a, par l'intermédiaire de Valérie Pécresse et Bruno Le Maire, respectivement ministres de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et de l'Agriculture, témoigné son soutien à l'expérimentation conduite depuis 2003 par l'INRA sur les vignes transgéniques. Soixante-dix d'entre elles ont été arrachées cet été. Un coup très dur pour l'Institut mais qui, au grand dam des anti-OGM, n'a donc pas fait reculer l'État

Même si les opposants aux organismes génétiquement modifiés (OGM) souhaiteraient l’inflexibilité totale des autorités quant à leur introduction et à leur développement sur le territoire hexagonal, le fait est que les pouvoirs publics ont une position plus souple et réagissent au cas par cas, s’exposant ainsi à des accusations d’inconséquence et de connivences avec quelques gros industriels du secteur.

Particulièrement vigilants sur l’Amflora, la pomme de terre transgénique développée par le géant de la chimie allemand BASF, jugée sans risque par le Haut Conseil aux Biotechnologies  et qui ne devrait néanmoins pas être commercialisée dans nos frontières [NDLR : Ses pères soutiennent par ailleurs qu'elle n'a pas vocation à être utilisée pour l'alimentation humaine, ils sont aussi intraitables sur la prise de décisions au niveau communautaire. « Nous ne voulons pas d'une renationalisation de ces décisions [...] Tout ce qui va dans le sens de la renationalisation sur les questions agricoles va dans le mauvais sens », a ainsi estimé il y a quelques semaines le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire, rejoint sur ce point par son homologue de l’Écologie Jean-Louis Borloo.

L’État n’est toutefois pas réfractaire à toutes les expérimentations scientifiques, comme l’a notamment montré l’autorisation de poursuivre une étude sur l’implantation de vignes génétiquement modifiées (VGM) dans les terres agricoles de Colmar (Haut-Rhin), accordée fin mai par M. Le Maire à l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et qui avait fait polémique. Dénoncée par certains écologistes qui réclamaient un débat public, cette décision avait été justifiée entre autres par la nécessité de développer un « vaccin » contre le court-noué, maladie transmise par un ver qui ravage les pieds de vignes et qui ne fait pour l’heure l’objet d’aucun traitement, alors que 60 % des vignes françaises seraient aujourd’hui touchées.

« Saccage » pour les scientifiques, « neutralisation » pour les anti-OGM

Les VGM sont revenues dans l’actualité environnementale ces dernières semaines en faisant, pour soixante-dix d’entre elles et comme nombre d’autres plants transgéniques, l’objet d’arrachages, preuve supplémentaire que les discussions sur et autour des organismes génétiquement modifiées continuent d’attiser toutes les colères. Leurs auteurs ont évoqué une « neutralisation ». L’INRA et ses soutiens, eux, ont dénoncé un « saccage », ce qui semble aussi l’avis du gouvernement.

En déplacement en Alsace hier, M. Le Maire et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse ont en effet manifesté, en se rendant au centre colmarien de l’Institut, un soutien explicite et que d’aucuns pourraient trouver surprenant aux chercheurs.

« Il y a une bascule dans l’opinion… même dans les journaux écolos », a déclaré cette dernière à quelques-uns. Reste que la visite gouvernementale, comme on pouvait s’y attendre, n’a pas été appréciée par la Confédération paysanne, opposante de longue date et résolue aux OGM, et dont une vingtaine de membres ont affiché leur mécontentement devant le portail de l’INRA – lequel a accusé les faucheurs volontaires de « répandre la peur en évoquant des risques environnementaux qui n’existent pas ». « C’est une opération politicienne qui vise à mettre en avant les OGM et pas la science », a martelé Vincent Raphaël, porte-parole du collectif. Aux dires de ce dernier, qui a déploré une tentative de « passage en force » du gouvernement et un « objectif (purement) politique », l’expérience conduite depuis 2003 par l’Institut nourrirait en outre des visées mercantiles antinomiques des potentielles répercussions sur la santé humaine.

« La France a besoin de la recherche »

Mme Pécresse souhaite pour sa part que cette étude en appelle d’autres et a parlé d’« une démarche exemplaire, (d’)un Grenelle de l’environnement avant l’heure ». Des propos pour le moins enthousiastes, qui tranchent radicalement avec la rengaine des anti-OGM et devraient creuser davantage encore le fossé entre les décideurs et ces derniers, dont les actions ont tout de même sonné le glas de sept années de protocole scientifique.

Fatalement les chercheurs sont « retournés », suivant l’adjectif utilisé par le directeur du centre INRA de Colmar Jean Masson, et le gouvernement a jugé bon de lui témoigner sa sympathie.

« La France a besoin de la recherche, y compris sur la question des OGM [...] Si la France n’a pas de chercheurs capables de mesurer le potentiel et le danger des OGM, nous serons affaiblis. Nous importerons, nous consommerons des produits qui nous seront imposés par d’autres et dont nous ne connaîtrons pas les effets sur l’environnement ni sur la santé », a également prédit la ministre.

Le point de vue peut paraître défendable, mais il ne fait aucun doute que les adversaires de l’introduction de la science dans les denrées alimentaires ne s’y rallieront pas. Ils ont cependant les armes, et notamment le soutien d’une proportion toujours importante de l’opinion publique française, pour encore faire reculer l’appareil décisionnaire.

Crédit photo : Wikimédia commons – francois from Strasbourg
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  • daniel d

    Valérie Pécresse a parfaitement raison :
    “Si la France n’a pas de chercheurs capables de mesurer le potentiel et le danger des OGM, nous serons affaiblis.”
    Reste donc à savoir ce que l’on veut. Principe de précaution, d’accord, mais pas d’obscurantisme imbécile.