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Nucléaire : Wikileaks pointe le laxisme chinois

Nucléaire : Wikileaks pointe le laxisme chinois
Pékin appuierait dangereusement la construction de réacteurs nucléaires moins sûrs que leurs concurrents sous prétexte qu'ils sont de fabrication chinoise.

Avec le feuilleton « DSK » ou encore les déboires du colonel Kadhafi en Libye, on les avait presque oubliés. Les cracks de l’investigation de Wikileaks viennent pourtant d’en remettre une couche.

Mécontente de la lenteur avec laquelle les médias relaient les câbles diplomatiques, l’organisation de Julian Assange, qui avait déjà déversé un torrent de casseroles l’an passé, a de nouveau frappé très fort hier en publiant plusieurs dizaines de milliers de documents américains inédits, dont certains toujours couverts par le secret. Un coup très dur pour les administrations concernées et pour tous ceux qui sont rétribués pour maintenir l’opacité autour des tractations parallèles.

Les pouvoirs publics US ne sont cependant pas les seuls à avoir fait les frais du dernier « bombardement » des cyberactivistes les plus célèbres de la planète. Les autorités chinoises, pour ne citer qu’elles, ont également de quoi accuser le coup avec la publication de câbles faisant état d’une gestion pour le moins perfectible des centrales nucléaires du pays, qui ont fait l’objet d’un examen officiellement minutieux dans le sillage de la catastrophe de Fukushima 1 (Japon).

L’Empire du Milieu a beau ne pas avoir l’apanage de la désinvolture atomique, ces documents apportent la preuve irréfutable d’une irresponsabilité potentiellement dramatique dans un État qui compte plus d’un milliard trois cent cinquante millions d’habitants, en plus de relativiser l’effort financier consenti pour asseoir le développement des énergies propres, l’éolien en particulier, à l’échelle nationale. Forte d’une croissance exceptionnelle, la Chine pouvait – et peut encore – investir davantage pour sécuriser ses centrales, donc les populations et l’environnement. Las ! Elle s’est jusqu’ici surtout illustrée par une capacité jamais démentie à privilégier les technologies made in China bon marché et n’a de facto pas mis toutes les chances de son côté pour éviter un drame.

Le CPR-1000 envers et contre tout

Accablantes, les pièces interceptées par Wikileaks attestent de pressions gouvernementales, d’une légèreté coupable en matière de surveillance et de contrats frappés du sceau du secret, alors même que l’opinion publique internationale réclame davantage de transparence. Les décideurs chinois, eux, projettent de reprendre leur très ambitieux programme nucléaire, en sommeil depuis l’accident de Fukushima 1, a priori sans remettre en cause la plus petite de leurs orientations.

Un câble de l’ambassade américaine à Pékin datant d’août 2008 souligne en particulier l’absence de concertation en matière d’achats de réacteurs. À l’époque, la Chine envisageait de construire de cinquante à soixante nouvelles unités nucléaires à l’horizon 2020, un objectif qui a depuis été revu à la hausse… Et l’ambassade de fustiger dans un autre câble le choix des autorités d’accorder leurs faveurs au réacteur chinois CPR-1000, qui serait selon l’entreprise américaine Westinghouse cent fois moins sûr que son modèle AP1000, lequel, à la différence de son concurrent, s’arrête il est vrai automatiquement en cas de sinistre.

Le gouvernement lui-même conviendrait d’un écart de classe mais n’a pas pour autant délaissé « sa » turbine, le Conseil d’État approuvant même la construction de quatre nouveaux CPR-1000, certes améliorés par rapport à la version originale, quelques jours à peine avant le tremblement de terre et le tsunami au Japon. Dans ces conditions, il y a quelque crédit à accorder aux assertions du professeur He Zuoxiu selon lequel les desseins atomiques de la Chine, qui vise une production d’électricité d’origine nucléaire multipliée par vingt d’ici 2030, pourraient s’apparenter à un autre « Grand Bond en avant », du nom de la désastreuse entreprise initiée par Mao Zedong pour stimuler le développement industriel dans les années 1950.

D’après cet expert, qu’il est tentant de croire sur parole, l’Empire du Milieu ne serait pas préparé à absorber une telle impulsion, notamment sur le plan sécuritaire. Déjà réputées pour leur propension à minimiser les dégâts provoqués par les marées noires et plus largement à cadenasser l’information environnementale, les autorités chinoises pencheraient donc pour une expansion nucléaire « de masse », dictée par les seules lois de la rentabilité et de la préférence nationale, bref irraisonnée.

Habituées à faire ce que bon leur semble nonobstant les gesticulations onusiennes, on les voit mal faire leur introspection et a fortiori accorder davantage d’importance à la fiabilité des installations sous prétexte d’avoir été prises la main dans le sac. Pékin en a vu d’autres. Il ne faudra cependant pas invoquer la fatalité si un jour la future première puissance économique du monde devait à son tour connaître une défaillance nucléaire majeure.

Crédits photos : flickr – Mike Lowell / Wikimedia Commons - AECL
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