NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Nucléaire : Nicolas Sarkozy critique la décision allemande

Nucléaire : Nicolas Sarkozy critique la décision allemande
Le chef de l'Etat a estimé hier que la décision d'Angela Merkel de sortir définitivement l'Allemagne de l'énergie nucléaire en 2022 résulte d'un manque de sang-froid

Sur ce dossier l’Élysée et Areva parlent d’une seule voix : à leurs yeux, Berlin a surréagi. De surcroît dans la précipitation.

Les écologistes allemands, eux, commencent à croire que le plan d’Angela Merkel, bien que sur le fond sensiblement identique à celui voté sous l’ère Schröder en 2000, est un leurre. L’absence de données chiffrées dans le « paquet énergétique » fraîchement approuvé par le Bundestag a il est vrai de quoi semer le trouble. L’abandon définitif de l’énergie nucléaire à compter de 2022 ne sera en outre pas sans conséquences pour l’environnement : les énergies renouvelables ne pouvant compenser à elles seules la perte de production électrique, de nouvelles centrales au charbon et au gaz seront en effet construites, d’où une augmentation vraisemblablement conséquente des rejets carbone en contradiction avec les engagements climatiques du gouvernement. Pris à contre-pied, les indistriels RWE, E.On, EnBW et Vattenfall pourraient de leur côté obtenir d’importants dédommagements.

On se dirige donc tout droit vers un feuilleton politico-énergétique sans précédent, ce qui a fait dire à M. Sarkozy hier que « l’émotivité, le manque de sang-froid et l’instantanéité du débat médiatique conduisent à prendre des décisions extraordinaires », sous-entendu irresponsables. « On ne peut pas, parce qu’il y a eu un tsunami au Japon, considérer que l’on doit appliquer les mêmes règles dans des régions qui ne sont pas au bord de la mer », a-t-il ajouté, réaffirmant ainsi une nouvelle fois son attachement à la poursuite du programme nucléaire français. « C’est leur choix, un choix d’ailleurs très contesté là-bas », a poursuivi le chef de l’État, qui a tout de même omis de préciser qu’une large majorité de l’opinion publique allemande réclamait avec de plus en plus d’insistance la fermeture des centrales et que l’énergie atomique suscite depuis toujours des controverses de l’autre côté du Rhin.

l allemagne peut elle vraiment sortir du nucléaire?

« Je n’ai pas été élu pour détruire une filière industrielle qui créé de l’emploi »

« Je n’ai pas été élu pour détruire une filière industrielle qui créé de l’emploi, de la compétitivité et de l’indépendance énergétique. Je n’ai pas l’intention de renoncer à ces avantages absolument considérables de l’économie française », a-t-il enfin insisté.

M. Sarkozy ne s’est en revanche pas appesanti sur les stress tests européens, lesquels ne prendront finalement pas en compte, conformément à sa volonté et à celle du Premier ministre britannique David Cameron, les risques relatifs à une erreur humaine, aux actes de sabotage et au terrorisme. Un impair regrettable dans la mesure où, contrairement à ce qu’a affirmé l’Élysée dans les jours qui ont suivi l’accident de Fukushima 1 (Japon), il est avéré qu’un réacteur EPR ne résisterait pas au crash d’un gros-porteur.

Le séminaire ministériel dédié à la sûreté nucléaire qui s’est tenu hier à Paris à la demande de la Présidence de la République a lui aussi éludé les risques précités. Organisé par la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet avec le concours de l’Agence de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) pour l’énergie nucléaire (AEN), il a néanmoins réuni trente-trois pays – le G8 ainsi que des États membres de l’AEN – dans le but de « progresser ensemble sur la mutualisation des moyens et des connaissances, sur les audits de sûreté, sur la transparence ou encore sur les dispositifs de solidarité humaine et technique en cas de crise », a rapporté le ministère dans son communiqué de presse.

Leurs représentants ont notamment discuté des « moyens de donner davantage forme à une solidarité internationale face à (un accident de type Fukushima 1), en développant des équipes d’intervention rapide et en prévoyant de mutualiser leurs dispositifs de secours et d’assistance », histoire d’éviter que, comme au Japon, l’exploitant d’une centrale endommagée soit contraint de batailler seul dans les heures voire les premiers jours qui suivent un accident. Des « formations à la gestion de crise » pourraient aussi, à terme, « être menées au niveau international pour mutualiser au maximum les expériences ».

Quant aux standards sur la construction et l’exploitation des centrales nucléaires en zone sismique actuellement en vigueur au sein de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ils pourraient être réévalués. C’est en tout cas le souhait de la présidence française de ce séminaire, qui a également appelé au développement des activités de sûreté nucléaire de l’AEN en vue d’une « plus grande harmonisation des pratiques en matière de sûreté » ainsi qu’au renforcement du rôle global et des missions de l’AIEA.

« Les pays participants ont également rappelé l’importance de réaliser dans chaque pays des revues périodiques de la sûreté de leurs installations, à chaque étape de leur exploitation, examinant l’ensemble des composants des installations et s’assurant de leur bon fonctionnement », a indiqué le ministère. Enfin, de nouveaux « tests de résistance » pourraient être conduits dans l’ensemble des États ayant opté pour le nucléaire civil. « Directement issues des premiers éléments de retour d’expérience de l’accident de Fukushima 1 », lesdites expertises auraient évidemment vocation à évaluer le niveau de sûreté et la capacité des centrales à résister à des événements majeurs.

Quoique alléchant sur le papier, ce menu laisse cependant sur sa faim. D’abord parce que, comme stipulé dans la déclaration finale du séminaire, la mise en oeuvre de ces mesures est tributaire de la volonté de chaque État, ensuite parce que la plupart d’entre elles seraient inefficaces si par malheur un Boeing 747 venait s’écraser contre un réacteur nucléaire, quelle que serait sa dénomination, sa constitution et la zone où il aurait été construit.

Au total, les gouvernants demeurent finalement davantage dans la réaction que dans la pro-action et les mesures de sûreté à venir ont tout l’air d’une formidable occasion gâchée. Force est de constater, une fois de plus, que l’application du principe de précaution dépend de la puissance des lobbies. Et qu’au bout du compte le drame nippon n’aura pas provoqué l’électrochoc sécuritaire que l’humanité était en droit d’attendre.

Crédits photos : anosmia / Heinz-Josef_Lucking
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • melissa

    Réaction excessive de la part de l’Allemagne !

  • acruz

    Je ne suis absolument pas d’accord. La France devrait également se séparer du nucléaire, c’est bien trop dangereux.

  • visiteur

    Oui je suis d’accords mais pas a n’importe qu’el prix, il faudrai que l’accélérateur de particule nous sorte de là, il serait temps que le gouvernement investisse intélligement dans le progés hyther qui nous permétrait de sortir du nucléaire, proprement!!!
    Au lieu de cela, ils n’en parlent même plus, et je ne suis pas sur qu’ils mettent les fond necessaire a son développement….