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Nucléaire : l’accident de Marcoule continue de faire couler l’encre

Nucléaire : l'accident de Marcoule continue de faire couler de l'encre
L'« accident de Marcoule » génère de nombreuses interrogations quant à la gestion du parc atomique français

L’explosion de lundi a suscité beaucoup de réactions indignées au sein de la classe politique. Bien que qualifié d’« industriel » par EDF, l’accident a aussi relancé le débat sur la place du nucléaire dans le mix énergétique français et sur sa gestion. Décryptage.

Rappel des faits : à 12h37 ce lundi, une explosion survenait sur un four d’incinération de  déchets métalliques (vannes, pompes etc.) provenant d’opérations de maintenance ou de démantèlement d’installations nucléaires exploité par la SOCODEI, filiale d’EDF spécialisée dans le traitement des déchets à faible voire très faible teneur radioactive, faisant un mort et quatre blessés, dont un grièvement. Le drame a eu lieu sur la commune de Codolet (Gard), c’est-à-dire à deux kilomètres à peine du site atomique de Marcoule, et a provoqué le déclenchement d’un plan d’urgence interne (PUI) toutefois rapidement levé. Devenu pour nos concitoyens et les médias l’« accident de Marcoule », il continue d’être abondamment commenté.

Les premières dépêches ont été émaillées d’approximations et d’erreurs mais certains de nos confrères les ont prises pour argent comptant et ont d’abord fait état d’un accident nucléaire au sens « tchernobylien » de l’expression. La proximité géographique avec le complexe de Marcoule, où est notamment produit le fameux combustible MOX (Mixed Oxide), où de nombreux rebuts radioactifs sont entreposés et qui a fait partie des candidats à la construction du deuxième réacteur EPR (Evolutionary Power Reactor) français, in fine attribuée au site de Penly (Seine-Maritime), a sans doute été vectrice de confusions et au bout du compte d’un certain catastrophisme.

Elle a aussi, soyons en sûrs, joué un rôle prépondérant dans les réactions très virulentes des politiques de l’opposition, du MoDem à Europe Écologie-Les Verts (EELV) en passant par le Parti socialiste. Ils ont été nombreux à faire le rapprochement – il est vrai tentant – avec l’accident de Fukushima 1 (Japon) et, pour les plus hostiles à l’atome, se sont en quelque sorte « appuyés » sur l’explosion pour réclamer une nouvelle fois un débat sur le nucléaire voire un abandon progressif de cette énergie défendue bec et ongles par tous les gouvernements français depuis plus d’un demi-siècle, au point de représenter aujourd’hui les quatre cinquièmes environ de la production électrique nationale. Certains, à l’image de l’eurodéputée et présidente de Cap21 Corinne Lepage, se sont aussi étonnés que le dossier ait été pris en charge par le ministère de l’Intérieur, dirigé par un Claude Guéant dont la maîtrise des dossiers de cette nature ne sautait pas aux yeux jusqu’ici, et non par le ministère de l’Écologie, préjugé plus compétent en la matière.

« Des rejets radioactifs ont eu lieu malgré les démentis des autorités »,

La CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), dont le dernier pointage remonte à hier quinze heures, n’a détecté aucune contamination. De son côté l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) a rapidement dépêché une équipe qui a effectué des prélèvements d’herbe dans l’environnement de l’installation, « en cinq lieux situés au voisinage immédiat du site », précise-t-il sur son site Internet. Et de préciser, manière pédagogique de dire que ses conclusions sont irréfutables : « les échantillons ont été analysés par spectrométrie gamma dans les laboratoires afin d’y rechercher la présence éventuelle de radionucléides artificiels caractéristiques des activités nucléaires (cobalt 60 et césium 137). Ces analyses plus fines permettent de déceler des niveaux de radioactivité beaucoup plus faibles que les mesures effectuées sur place au moyen d’équipements mobiles ». Or selon lui, « les activités en cobalt 60 et césium 137 sont encore inférieures aux limites de détection ». L’explosion sur l’installation Centraco n’aurait donc eu aucun impact environnemental et sanitaire aux dires de la CRIIRAD et de l’IRSN. Insuffisant toutefois pour lever l’ensemble des suspicions sur les dispositions prises en aval et plus largement sur la manière dont le parc atomique français est administré.

Ainsi, d’après le site Internet Slate, la France ne serait « pas préparée au pire scénario nucléaire » et « si les autorités n’avaient pas choisi d’implanter des centrales si près des grandes villes, la question ne se poserait pas aujourd’hui ». Nos confrères de RMC ont quant à eux été surpris que, « sur place, aucune mesure de protection de la population (n’ait) été prise ». Ils ont également rapporté que « la panique s’est un temps emparée d’un village voisin dont les habitants ont entendu la sirène qui a retenti à l’intérieur du site après l’accident ». Même son de cloche chez France Soir, selon lequel les pharmacies de la commune voisine de Laudun « (ont été) assaillies » par des riverains qui réclamaient des comprimés d’iode. De leur côté, les journalistes du Wall Street Journal qui depuis l’antenne parisienne du quotidien américain cherchaient à en savoir plus auprès de la SOCODEI se seraient vus éconduits… À croire que l’« accident de Marcoule » a fait éclater au grand jour les carences françaises en matière de communication et de transparence nucléaire – carences qui, six mois après la catastrophe de Fukushima, en ces temps de fortes réserves mondiales quant à la sûreté des installations atomiques, revêtent une tonalité particulière.

Le collectif anti-nucléaire du Vaucluse, lui, a ouvertement contesté les résultats des expertises émanant des organismes précités. « Des rejets radioactifs ont eu lieu malgré les démentis des autorités », a-t-il indiqué dans un communiqué. Une accusation basée sur des mesures indépendantes effectuées trois heures après l’explosion et qui ont révélé « un taux de radioactivité dix fois supérieur à la mesure quotidienne sur Avignon (Vaucluse) et quatre fois supérieur au pied du mont Ventoux ». De quoi instiller le doute auprès des populations, qui seraient fondées à se demander qui dit vrai.

« Le nucléaire est trop important pour être discuté »

On sait en revanche que le four a connu « un certain nombre de difficultés » et a dû être arrêté la semaine dernière, dixit le procureur de la République de Nîmes (Gard) Robert Gelli, selon lequel il serait cependant « trop tôt pour établir des responsabilités ». Tandis que trois enquêtes ont été ouvertes par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), les gendarmes et l’inspection du travail, le parquet ouvrira « très prochainement une information judiciaire pour homicide involontaire et blessures involontaires en vue de déterminer les responsabilités, si responsabilités il y a », a par ailleurs précisé la vice-procureure Pascale Palau. Selon les premières auditions, le four aurait enfin été remis en route lundi matin, soit quelques heures à peine avant le drame.

Parlera-t-on bientôt de précipitation ou de négligence meurtrière ? L’accident de lundi est-il à analyser de manière isolée ou trahit-il « la faillite du modèle nucléaire », comme l’estime le professeur Jean-Philippe Colson, auteur de Nucléaire sans les français, dans une chronique au vitriol publiée dans les colonnes du Monde ? « La première constante est l’absence de débat public, tant sur la décision d’implantation d’une centrale que sur les grands choix de la politique nucléaire […] La deuxième constante de la politique nucléaire de la France, c’est le secret […] La troisième constante, c’est qu’il conviendrait de faire confiance aux techniciens de l’atome, à tous les niveaux […] Ainsi, depuis ses origines, le droit nucléaire n’est pas autre chose qu’une codification de la confiance que l’on nous impose de faire aux techniciens de l’atome et aux savants. Pour cette nucléocratie, l’atome est affaire de technique, pas de démocratie », a-t-il asséné. Et d’ajouter, sans détours : « confiance aveugle, secret et absence de débats sont liés, se renforcent mutuellement et caractérisent depuis ses origines le développement nucléaire français. Pour le reste, circulez, dispersez-vous, irradiez-vous, le nucléaire est trop important pour être discuté ». Des allégations qui dénoncent le caractère dogmatique de l’énergie nucléaire dans l’Hexagone et qui ne sont pas sans rappeler l’argumentaire développé par Mme Lepage dans son ouvrage La vérité sur le nucléaire, paru à la fin du printemps, ainsi que les propos que tiennent les responsables d’EELV depuis un semestre.

Quelles que seront les conclusions des enquêtes sur l’ « accident de Marcoule », la gestion du parc nucléaire ne saurait tolérer la plus petite suffisance. Quand bien même rien ne serait remis à plat et les pouvoirs publics persisteraient dans l’opacité, la catastrophe de Fukushima 1 a en effet rappelé douloureusement à l’humanité que le risque zéro n’existe pas en matière atomique. Même si les deux événements ne sont comparables ni dans leur déroulement ni dans leur gravité, on en a encore eu la preuve lundi, cette fois dans nos frontières.

Partagée par de nombreux spécialistes et aujourd’hui par des millions de nos compatriotes, chacun conviendra que cette défiance-là ne repose pas sur du sable.

Crédits photos : flickr – Vincent Desjardins / kmaschke / Yohann Legrand
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  • visiteur

    Archi-faux, Melox ne fait pas partie du site de Marcoule tout comme SOCODEI de surcroît. Révisez vos copies, il s’agit de 3 centres différents disposant chacun d’un PUI.

  • daniel d

    Au-delà de la gravité réelle ou supposée de l’accident dit industriel de Marcoule, il apparaît que 1) les autorités ne reculeront devant rien et surtout pas devant le mensonge pour protéger le lobby nucléaire 2)en cas de véritable catastrophe, rien n’a l’air de fonctionner correctement dans la chaîne de décision/protection.
    A partir de là, on peut se poser légitimement des questions…

  • visiteur

    Autre chose, le site de Marcoule n’a pas été construit à coté d’une ville (Bagnols s/ Cèze), c’est Bagnols sur Cèze qui s’est construite du nucléaire. 5000 habitants dans les années 50 et près de 20 000 actuellement.

    Cet accident est au contraire la preuve que la sûreté nucléaire a bien fait son boulot (attention ici ne pas confondre la sûreté nucléaire et la sécurité du personnel). La défense (prévention, surveillance et limitation des conséquence) a en effet fonctionné. La prévention et la surveillance du risque ayant été mise en défaut, la mesure des limitations de conséquences (1ère et 2ère barrière de confinement statique) est restée intacte, tout du moins pour la 2ème barrière…

    Le problème relève donc plus de la sécurité du personnel plutôt que de la sûreté nucléaire.

    Quant à l’opacité du nucléaire français, c’est un mythe … Toutes les déclarations d’évènement sont renseignées sur les sites de l’ASN.

  • visiteur

    “2)en cas de véritable catastrophe, rien n’a l’air de fonctionner correctement dans la chaîne de décision/protection.”

    Un PUI conventionnel n’exige pas de confiner les populations environnantes d’où l’absence d’information. En cas de PUI supérieur, les populations sont averties.

    Voilà tout.

  • visiteur

    Pour ce qui est de la prise des pilules d’iode, elles sont inutiles depuis l’arrêt de phénix sur Marcoule.

  • http://www.scoop.it/t/environnement-par-la-cftc-hus/p/456721414/nucleaire-l-accident-de-marcoule-continue-de-faire-couler-l-encre Nucléaire : l’accident de Marcoule continue de faire couler l’encre | Environnement par la CFTC HUS | Scoop.it

    [...] Nucléaire : l’accident de Marcoule continue de faire couler l’encre L’explosion de lundi a suscité beaucoup de réactions indignées au sein de la classe politique. Bien que qualifié d’« industriel » par EDF, l’accident a aussi relancé le débat sur la place du nucléaire dans le mix énergétique français et sur sa gestion. Décryptage. [...]

  • visiteur

    @visiteur : A trop vouloir défendre EDF –quelque chose me dit que vous êtes partie prenante dans cette affaire-, vous en arrivez à écrire des choses pour le moins bizarres :

    - Personne n’a écrit que Melox et Socodei font partie de Marcoule, pas plus que le PUI était unique. L’article fait mention de la proximité du site de l’accident avec Marcoule : Si vous en êtes à conseiller de « réviser les copies », apprenez déjà à lire avant d’interpréter les écrits des autres.
    - Ce n’est pas parce qu’un confinement n’est pas obligatoire qu’on ne doit pas informer les populations environnantes, ne serait-ce que pour les rassurer et leur rappeler les consignes…Pour ce qui est par exemple des pilules d’iode, il semblerait que personne n’ait été véritablement été au courant de leur inutilité…Je dirais que, a minima, l’information des populations a été négligée, ce qui n’est pas très intelligent compte tenu du contexte né de la catastrophe de Fukushima. Mais là encore, on ne peut que constater le mépris avec lequel les autorités et EDF traitent les populations.
    - Merci de nous apprendre qu’une ville de 5000 habitants n’est pas une ville, ce que j’ignorais pour ma part !

    LB

  • visiteur

    @visiteur :

    Et bien si c’est dit :

    “La proximité géographique avec le complexe de Marcoule, où est notamment produit le fameux combustible MOX (Mixed Oxide).” Le MOX est fabriqué à Mélox exclusivement pour info. Pour cela il suffit de se renseigner a minima. Ce que n’a pas fait zegreenweb apparemment.

    Pour ce qui est de l’info au public, en effet, il serait peut-être raisonnable de faire évoluer la réglementation. C’est juste un fait que je transcrit.

    Pour les pilules d’iode, si la population environnante prenaient part aux exercices proposés par l’ASN (communiqués aux municipalités), ils seraient au courant de ce point qui est énoncé à chaque fois … La culture nucléaire nécessité autre chose qu’une pure autodidaxie.

    Pour info je ne suis pas EDF du tout. Vous l’aurez compris, je ne suis qu’une personne qui se renseigne sur son environnement …

  • visiteur

    Lire l’article de zegreenweb : “Marcoule, les écologistes en colère” :

    “Placé en vigilance accrue, le laboratoire CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), qui gère six balises dans la vallée du Rhône (toutes opérationnelles), n’a cependant décelé « aucune contamination » lors du dernier pointage, effectué à 16 heures. Aujourd’hui eurodéputée EELV, sa fondatrice Michèle Rivasi a enfin souligné que “L’ASN AVAIT DEJA EPINGLE EN 2010 LA MAUVAISE GESTION DU SITE, VICTIME DE LACUNES DANS LA CULTURE DE SURETE”…

  • http://www.pearltrees.com/t/international/id3331084 International – Pearltrees

    [...] Nucléaire : l’accident de Marcoule continue de faire couler l’encre | zegreenweb Elle a aussi, soyons en sûrs, joué un rôle prépondérant dans les réactions très virulentes des politiques de l’opposition, du MoDem à Europe Écologie-Les Verts (EELV) en passant par le Parti socialiste. [...]

  • http://www.wfmj.com/story/35736692/kroger-shall-no-more-remain-kroger kroger name change

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