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Nucléaire : François Hollande n’abandonnera pas l’EPR

Nucléaire : François Hollande n'abandonnera pas l'EPR
Très (trop ?) ferme sur la question du nucléaire, Eva Joly aura bien du mal à accorder ses violons avec ceux de François Hollande au vu des déclarations de ce dernier sur l'EPR...

L’annonce du candidat socialiste aux élections présidentielles a fait l’effet d’une bombe dans les rangs d’Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Les écologistes, qui ont fait de l’abandon du nucléaire une condition sine qua non à un accord électoral avec le Parti socialiste déchantent. En déplacement hier à Strasbourg (Bas-Rhin), Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois défendu l’énergie atomique, réaffirmant sa volonté, potentiellement défavorable sur le plan électoral vu la perception négative qu’en ont actuellement un nombre croissant de Français, de ne pas remettre son hégémonie en cause. « Si (mes) cinq prédécesseurs à l’Élysée, dont François Mitterrand, ont confirmé ce choix, c’est bien parce que le nucléaire est un atout compétitif considérable. Dans notre pays, nous n’avons ni pétrole ni gaz. Je remplace le nucléaire par quoi ? », a-t-il interrogé, revenant aux fondamentaux et estimant de surcroît que « les éoliennes ne suffiront pas à remplacer les centrales », dont le démantèlement ne ferait qu’« augmenter le déficit ». La vision du chef de l’État, qui n’a pas bougé d’un iota malgré l’accident de Fukushima (Japon), est antinomique de celle d’EELV mais le parti écologiste sait depuis longtemps à quoi s’attendre. Surtout, il n’a bien entendu jamais été question d’un quelconque rapprochement avec la majorité sortante, que le parti écologiste ne ménage guère depuis la fusion de l’an passé.

Très recevable en revanche était l’hypothèse d’une concorde politique avec les socialistes, concorde pour ainsi dire indispensable dans l’optique d’une bonne représentation parlementaire des troupes de Cécile Duflot, voire de l’obtention d’un poste ministériel.  « Était » car elle a désormais du plomb dans l’aile, les écologistes ayant par les voix de leur Secrétaire nationale et de leur candidate au scrutin présidentiel Eva Joly fait de la confirmation du chantier EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville (Manche) un casus belli la semaine dernière.

« Je suis pour une diminution de la part du nucléaire dans la production d’électricité […] mais je préserverai la construction d’un EPR, à la condition bien sûr que toutes les règles de sécurité soient respectées », a quant à lui déclaré M. Hollande hier soir sur France 2. Considère-t-il que les sommes déjà déboursées sont trop importantes pour renoncer à ce projet, quand bien même il est avéré que ledit réacteur présente de nombreux défauts de conception ? Le candidat socialiste, qui n’a pas changé d’avis en cours de route, aurait en tout cas voulu renoncer à un ticket avec EELV qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Mme Joly stagnant autour de 5 % dans les intentions de vote et lui-même restant largement en tête dans les sondages, d’aucuns pensent qu’il ne le juge pas indispensable pour succéder à M. Sarkozy, et peut-être même de nature à l’empêcher de gouverner comme il l’entend…

Fin de non-recevoir ?

Du côté des écologistes, plus proches de Martine Aubry, laquelle semblait davantage encline à faire des concessions à leur endroit, c’est évidemment la consternation, à tout le moins in the record. Leur intransigeance, en particulier sur le plan énergétique, était-elle le meilleur moyen pour obtenir gain de cause ? Ont-ils été trop gourmands ? Voulaient-ils vraiment une alliance ou, en restant inflexibles, ont-ils au contraire délibérément organisé son torpillage afin de « marquer leur territoire » idéologique ? À court et moyen terme, si le différend persiste, ils risquent fort d’y laisser des plumes mais un tel calcul pourrait s’avérer payant sur la distance. Interrogé par nos confrères d’Europe 1, le politologue Gérard Grunberg a le sentiment que le parti écologiste n’a « pas encore choisi entre être un parti de gouvernement avec des sièges au gouvernement et à l’Assemblée et un parti protestataire qui reste dur sur sa ligne ». De même aurait-il oublié que, malgré le très bon score réalisé lors des élections européennes de 2009, il n’arrive pas « en position de force » dans la course à l’Élysée et commis une grave erreur en restant focalisé sur le nucléaire alors que la campagne tourne désormais autour de la crise.

Étant donné les dernières déclarations des intéressés, on peut douter que la volonté d’existence politique, quitte à se placer sous la coupe d’un parti qui ne partage pas toutes ses vues, n’était pas l’objectif prioritaire. « Sans dramatiser, je ne vais pas banaliser la déclaration de M. Hollande […] Aujourd’hui, on est en situation de s’interroger si cela signifie une fin de non-recevoir de sa part », a ainsi lucidement commenté Mme Duflot, tout en réfutant les allégations d’un membre EELV selon lequel les négociations ont été suspendues. Le porte-parole du parti Pascal Durand a pour sa part léché la plaie avec une langue de bois : « le signal envoyé par le candidat socialiste n’est pas forcément positif, il faut le reconnaître ».

Trahissant l’exaspération du parti de la rose, la sénatrice Laurence Rossignol, par ailleurs en charge des tractations avec les écologistes sur le nucléaire, a, elle, renvoyé l’ancienne magistrate dans ses vingt-deux, l’exhortant à « arrêter les ultimatums à deux balles (sic) et les propos inutiles et franchement régressifs ». Les socialistes sont en position de force, le savent pertinemment et goûtent d’autant moins ce qu’ils semblent percevoir comme des caprices d’enfant sectaire. Connue pour sa pugnacité, devenue presque une marque de fabrique, Mme Joly se résoudra-t-elle à lâcher du lest, sous peine de se voir directement reprocher un pourcentage en-deçà des attentes des responsables du parti ?

Plusieurs possibilités s’offrent tout de même à la « légion verte » : mettre les bouchées doubles pour trouver un terrain d’entente avant le 19 novembre, laisser ce dossier (trop ?) brûlant de côté jusqu’au soir du premier tour – une option qui n’a pas leurs faveurs, rapporte Le Monde – ou chercher à obtenir un accord « de compromis » stipulant certes une fermeture accélérée des vieilles centrales ainsi que de nouvelles mesures pour asseoir le développement des technologies vertes et favoriser les économies d’énergie mais également une confirmation de la construction d’un réacteur EPR de troisième génération à Flamanville.  Cette option-là non plus n’est pas privilégiée et il s’agirait sans aucun doute d’un véritable crève-coeur pour les écologistes. Si toutefois elle devait finalement être retenue, il faudra compter sur l’acrimonie de Nathalie Kosciusko-Morizet.

La ministre de l’Écologie voit en effet dans les négociations « inter-gauche » sur l’atome de basses manoeuvres politiciennes et le répète à qui veut l’entendre. Mme Joly a beau avoir vendu chèrement sa peau jusque là, il s’en trouvera quelques-uns pour donner raison à « NKM » si le « oui, mais » devait l’emporter. Et peut-être pas uniquement dans les rangs de la majorité…

flickr – EvaJoly2012
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  • daniel d

    -Plus Fr.Hollande aura l’impression de pouvoir l’emporter, et plus il devra tenir un langage de vérité économique et par conséquent moins il fera de concessions à EE-LV.
    -Si Eva Joly est effectivement, comme la dépeignent ses amis, incorruptible et foncièrement intègre, elle restera sur sa ligne dure et ne vendra pas l’âme de son parti pour quelques circonscription…Reste à voir si tout le monde est de son avis, en particulier Cécile Duflot qui, sans aucun complexe il y a un an à peine, se voyait déjà Premier Ministre !

  • visiteur

    Plus ça va et plus je vois la vie en vert !