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Nucléaire : de qui se Mox-t-on ?

Nucléaire : de qui se Mox-t-on ?
« L'affaire » du MOX pourrait altérer durablement les relations entre le Parti socialiste et EELV

Non, le lobbying des pro-atome n’est pas un mythe. On a encore pu le constater avec l’immixtion spectaculaire d’Areva dans l’accord qu’ont conclu non sans mal Europe Écologie-Les Verts (EELV) et le Parti socialiste à travers un coup de téléphone à Bernard Cazeneuve, député-maire de Cherbourg  (Manche) et surtout porte-parole de François Hollande.

Catégoriquement opposé à l’arrêt du combustible MOX, plus connu du grand public depuis l’accident de Fukushima 1 (Japon), utilisé dans vingt-et-un réacteurs français et qui contient du plutonium, le leader mondial du nucléaire tenait à mettre son interlocuteur en garde contre les « conséquences économiques, sociales, industrielles et environnementales (!) très graves * » qu’engendrerait sa disparition, conséquences « qui conduiraient aussi à la fin du leadership de la France dans le nucléaire civil ». Reconnu par l’entreprise, le coup de pression – qu’on peut aussi qualifier d’ingérence – a été efficace. Preuve que les responsables du groupe savent y faire, à moins que les socialistes ne soient plus influençables que prévu sur ce dossier, cette disposition essentielle aux yeux des écologistes (dont il n’est pas exclu qu’ils en fassent un casus belli) et qui faisait partie du texte sur lequel les deux partis se sont entendus a en effet été gommée dans la foulée, à la demande de M. Hollande si l’on en croit nos confrères de Mediapart.

Un coup de Jarnac pour les écologistes, indignés par ce rétropédalage qui, comme tout le monde, les a manifestement pris de court. « On ne peut pas construire l’avenir et un pacte majoritaire avec des gens qui renient leur parole ! », a asséné Noël Mamère. L’eurodéputée Michèle Rivasi nous a pour sa part confié hier être « inquiète pour l’avenir s’il était avéré que les pressions conjointes d’Areva et d’Henri Proglio (NDLR : le PDG d’EDF) ont fait reculer François Hollande ». « Il en résulterait une perte de confiance quant à son indépendance à l’égard des industriels et l’image d’un candidat prisonnier du lobby nucléaire », a-t-elle ajouté.

Jean-Vincent Placé a quant à lui tenté de désamorcer la polémique. Le texte validé par les deux formations « fait foi » mais « ce n’est pas non plus la Bible » et des précisions peuvent être apportées, a-t-il ainsi déclaré. Secrétaire nationale d’EELV, Cécile Duflot s’est elle aussi gardée de charger le PS, préférant évoquer « des provocations évidentes de ceux qui cherchent à faire échouer un accord bon pour la gauche, les écologistes et le pays », « transparent et clair », et assurant avoir « vérifié auprès de Martine Aubry et de Michel Sapin que le texte d’accord est bien celui acté à l’issue de la négociation ».

« Pas de troc, pas d’arrangement »

De leur côté, les socialistes ne sont pour l’heure pas parvenus à dissiper le trouble. « Areva m’a interrogé et je leur ai dit qu’il n’y avait pas de menace sur le site de La Hague (Manche) », a d’abord concédé M. Cazeneuve. Tout en réfutant la thèse du téléguidage, le porte-parole du PS Benoît Hamon a ensuite parlé de retrait « provisoire de l’examen du Bureau national, le temps de clarifier l’interprétation qu’on en faisait avec nos partenaires », non d’un désaccord. Des déclarations très vite mises à mal par une « bombinette » de Manuel Valls, ex-candidat aux primaires du parti et désormais directeur de la communication de M. Hollande, qui hier après-midi a dans les couloirs de l’Assemblée Nationale lâché un catégorique « il nous faut BIEN ÉVIDEMMENT garder la filière MOX ».

S’expliquant sur le plateau du 20 heures de TF1, le candidat socialiste s’est enfin voulu rassurant : « il n’y a pas de troc, pas d’arrangement ». « Je suis pour qu’il y ait encore du retraitement du combustible MOX, il le faut pendant le temps nécessaire », a-t-il résumé, rendant de facto beaucoup moins certaine l’approbation de l’accord par le Conseil fédéral d’EELV.

La droite boit du petit lait. Si le capharnaüm persiste, le PS, lui, risque d’avoir du mal à se détacher de l’image d’un parti « cornaquable ». Et, sous réserve qu’il campe sur ses positions au sujet du MOX et de l’EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville (Manche), ce qui est probable, plus nucléocrate que les écologistes ne l’espéraient…

* Près de cinq mille personnes sont employées sur le site de La Hague et mille trois cents dans l’usine Melox, qui produit le combustible recyclé MOX à Marcoule (Gard). Selon Areva, quatorze mille emplois au total dépendent de ces deux sites.

Crédits photos : flickr – kmaschke / Jean-Marc Ayrault
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  • polo

    Oui voila, réfléchissez comme ça rien n’avance !

  • daniel d

    Pour résumer :
    -Il n’y a pas d’accord sur l’EPR et donc pas non plus sur le Mox. Il n’y a pas d’accord non plus sur le renoncement du nouvel aéroport de Nantes.

    Question 1 : Qui est le député-maire de Cherbourg, ville près de laquelle se trouve située l’usine de La Hague ?
    Réponse : Bernard Cazeneuve, porte-parole de F.Hollande.

    Question 2 : Qui est le député-maire de Nantes, ville près de laquelle se trouvera situé le nouvel aéroport ?
    Réponse : Jean-marc Ayrault, conseiller spécial (sic)de F.Hollande.

    D’autres questions ?

  • visiteur

    Il faut que quelqu’un se dévoue pour aider Monsieur Hollande à comprendre que le mox est le combustible de l’EPR et de quelques autres centrales…Là, les socialistes ont vraiment fait très fort !