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Vers une « capitale des ours polaires »… sans ours polaire

Vers une « capitale des ours polaires »… sans ours polaire
Jusqu’ici tout allait bien : les ours polaires se promenaient tranquillement autour du village de Churchill, sur la baie d’Hudson. Désormais la fonte des glaces pousse toutefois ces peluches animales à quitter la région

Sale temps pour les ours polaires. Déjà « éjectés » de plus en plus rapidement de leur habitat naturel dans l’extrême-nord arctique, ils pourraient maintenant être éradiqués de région de la baie d’Hudson, une région canadienne à mi-chemin entre grandes plaines et désert polaire.

Il n’en restait déjà guère plus d’un millier il y a de cela cinq ans. Les ours polaires de la baie d’Hudson, qui ont essentiellement établi leur territoire sur la rive occidentale de la mer, dans le Manitoba, pourraient être condamnés à disparaître d’ici à 2040. C’est en tout cas ce que redoute Ian Stirling, chercheur en biologie de l’université de l’Alberta, spécialiste reconnu des ours polaires depuis près de quatre décennies.  Selon une étude mathématique réalisée par un autre chercheur de l’université de l’Alberta, Andrew Derocher, le raccourcissement de plus en plus prononcé de la saison des glaces pourrait même provoquer une diminution de la population de l’espèce de 20 à 30% chaque année.

Il existe une différence fondamentale entre les ours polaires des profondeurs arctiques et ceux qui ont élu domicile dans la région de la baie d’Hudson : les étés de ces derniers se déroulent sur les terres et non sur la glace, notamment autour du Wapusk National Park à l’est de Churchill (NDLR : seule « ville » des environs, reliée au reste du Canada uniquement par voie aérienne, cette localité de 923 habitants est surnommée la « capitale mondiale des ours polaires »). Ce qui signifie que les ours de la baie d’Hudson ne peuvent plus chasser le phoque durant la période libre de glaces, et qu’une prolongation de cette durée se traduit par une dégradation de leur régime alimentaire.

Espèce menacée ? Non, dit Ottawa

La disparition des ours semble donc à terme inéluctable. « Même si nous retournions au niveau des émissions de gaz à effet de serre (GES) des années 1970, il faudrait des années pour que nous voyions une réelle différence », précise M. Stirling. « Un ours polaire moyen mange en moyenne quarante-trois phoques par an », ajoute le biologiste, et « le simple fait d’en avoir deux de moins par an est suffisant pour avoir de graves conséquences ». Auquel cas en effet « le poids des ours baisse assez pour que les femelles ne puissent avoir que des petits trop maigres pour être viables ».

Ottawa tarde à prendre conscience du problème. L’ours polaire n’est ainsi pas considéré comme une espèce menacée mais comme un « cas spécial », alors que chez le voisin américain les ours d’Alaska bénéficient de mesures de protection supplémentaires.Le Committee of the Status of Endangered Wildlife, l’institution canadienne qui a inscrit l’ours polaire dans la catégorie des « cas spéciaux », est fidèlement suivi par le gouvernement et défend sa position en rappelant que le nombre d’ours polaires au Canada en 2008 était le plus important jamais enregistré depuis plus de cinquante ans. D’après elle les conséquences éventuelles  du changement climatique sur leur population ne seraient en outre pas si dramatiques.  Un point de vue que M. Derocher interprète laconiquement comme étant « une erreur majeure dans la conservation ». Et d’ajouter que « le Canada ne prend pas la menace du changement climatique au sérieux ».

Dernière solution, l’adoption ?

Robert Buchanan, président et directeur de l’organisation pédagogique Polar Bears International, rappelle pourtant que le Canada se doit d’être exemplaire puisque le pays abriterait jusqu’à 65% des quinze à vingt-cinq mille ours polaires recensés dans le monde. Ottawa a donc une responsabilité majeure dans leur préservation, laquelle doit sans doute être associée à un renforcement des moyens pour lutter contre le changement climatique. En attendant que les autorités prennent conscience des menaces prédites par le monde de la recherche, la province du Manitoba a défié les instances nationales en plaçant l’ours polaire sur sa liste des espèces menacées en 2008.

Le World Wildlife Fund (WWF) a quant à lui lancé une opération de communication dans le cadre d’une campagne de dons : « Adoptez un ours polaire ». Une fois la souscription réalisée, un pack d’adoption est envoyé aux donateurs. Il comprend un ours polaire en peluche et des nouvelles régulières de l’animal adopté, au moins trois fois par an. Il est déjà possible d’agir ainsi pour les enfants de certains pays défavorisés ; c’est maintenant au tour des animaux en danger de demander un peu d’attention.

Crédit photo : Flickr – Michele Hayslett
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