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Réchauffement climatique : la Chine et les États-Unis en bisbille

Réchauffement climatique : la Chine et les États-Unis en bisbille
Premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète (GES), la Chine s'est vue reprocher par son dauphin américain d'exiger des pays riches des objectifs fixes alors qu'elle même ne souscrit qu'à des objectifs facultatifs. A moins de deux mois du sommet de Cancun il y a encore beaucoup à faire afin d'éviter un Copenhague bis qui serait un coup fatal pour la crédibilité du processus décisionnaire des Nations Unies

Dernière répétition avant le sommet de Cancun (Mexique), la réunion de Tianjin (Chine) a rappelé à la communauté internationale tout le chemin qu’il lui reste à parcourir.

Les divergences de vue entre les deux « Superpollueurs » laissent présager des tractations mouvementées dans la station balnéaire mexicaine. L’un et l’autre ont désormais moins de deux mois pour déterminer leur position, étant entendu qu’ils n’ont jusque là jamais brillé par leur flexibilité sur le plan climatique et qu’il leur faudra de toute façon lâcher du lest pour débloquer cette situation prompte à devenir écologiquement intenable.

Jugés principaux responsables de l’échec de la conférence de Copenhague (Danemark) par l’écrasante majorité des associations, l’Empire du Milieu et l’Oncle Sam ne peuvent se permettre d’être perçus par l’opinion publique mondiale et les associations comme les derniers grands pourfendeurs de la cause environnementale. Qu’à cela ne tienne : qui diable hormis eux serait montré du doigt si jamais l’accord au rabais redouté à la fois par les experts et les défenseurs de l’environnement devait effectivement être signé début décembre ?

Pékin refuse de se laisser dicter sa conduite

Quoique peu réputé pour sa véhémence, l’émissaire spécial américain sur le climat lors de la conférence de Bonn (Allemagne) Todd Stern a provoqué la colère du négociateur chinois Su Wei, lequel a déclaré que « ne pouvant se prévaloir d’aucune mesure ou initiative, (les États-Unis) critiquent la Chine qui, elle, prend activement des mesures et des initiatives ». « Il n’est pas juste de critiquer les autres quand on ne fait rien », a-t-il insisté, faisant explicitement allusion à l’opiniâtreté du Congrès à ne pas ratifier la loi énergie-climat de l’administration Obama. Et de souligner que son pays exerce un « contrôle national » sur ses engagements (NDLR : une réduction des émissions de CO2 par unité de PIB comprise entre 40 et 45 % en 2020 par rapport à 2005), que les émissions par habitant y sont beaucoup moins élevées que dans les pays occidentaux, avant de comparer la première puissance économique mondiale à un « cochon qui se regarde dans le miroir ». Ambiance…

S’il ne fait aucun doute que les enjeux climatiques méritent beaucoup mieux que des mauvaises lames du type « c’est celui qui dit qui est », on peut néanmoins comprendre la réaction de Pékin, piquée au vif après que M. Stern ait déclaré dans une université américaine que l’Empire du Milieu ne pouvait prétendre à insister pour que les pays riches adoptent des objectifs fixes dans la mesure où lui-même et les pays en développement (PED) ne souscrivent à des objectifs qu’à titre facultatif.

Rappelons en effet que la Chine – proprement obsédée par tout ce qui pourrait ressembler de près ou de très loin à un frein à son essor industriel – et les PED dans leur ensemble ont toujours inclus la notion de responsabilité historique des pays riches dans les tractations portant sur le réchauffement climatique et qu’à ce titre ils subordonnent leurs propres efforts en matière de réduction de gaz à effet de serre (GES) à leur exemplarité. Lesdits pays riches, eux, prônent globalement les mêmes diminutions drastiques pour tous, indépendamment du passif et du taux de croissance – ce qui serait sans doute mieux accueilli s’ils n’avaient pas jusque là donné le sentiment à leurs partenaires émergents de négliger leurs intérêts.

« Plus de temps à perdre »

(Re)disons-le tout net : il est peu probable que ce différend chronique, encore criant à Tianjin où il a une nouvelle fois empêché des avancées significatives en vue de la nécessaire limitation de la hausse des températures à deux degrés celsius, puisse être surmonté d’ici au sommet de Cancun.

La communauté internationale devra en tout cas aller directement au fait au Mexique et ne pas perdre un temps précieux sur des points de procédure et des sujets non-prioritaires, à la différence de ce qui s’est produit la semaine passée. Responsables et militants présents en Chine ont par exemple dénoncé le fait que les réunions relatives au renforcement de la protection des forêts pluviales – certes importante mais pas autant que celle de leurs cousines tropicales ou que l’endiguement de la hausse du thermomètre mondial – aient traîné, de surcroît sans déboucher sur des résultats probants.

Coordinatrice du Réseau Action-Climat International, Julie-Anne Richards a appelé à « mettre le pied sur l’accélérateur ». « Il y a encore beaucoup à faire et il n’y a plus de temps à perdre », a pour sa part judicieusement rappelé la ministre mexicaine des Affaires étrangères Patricia Espinosa. Quant à Jonathan Pershing, négociateur américain à Tianjin, il s’est dit « déçu du fait que (les décideurs n’aient) accompli que très peu de progrès sur la question centrale » du contrôle des actions consenties par chaque pays pour réduire ses rejets carbone.

Il a en revanche dû apprécier le déroulement des discussions sur le transfert des technologies « propres » dans les PED, qui en ont impérativement besoin pour mieux supporter un dérèglement climatique dont ils seront par ailleurs les premiers à faire les frais. Véritable serpent de mer, le Fonds vert a en effet pris davantage de consistance dans son principe à Tianjin, même si les mécanismes de financement manquent encore de clarté et que les sommes déboursées restent à arrêter. La lutte contre la déforestation, qui semble définitivement être entrée dans une nouvelle dimension cette année, fait elle aussi consensus, ce qui a faire dire à la Secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) Christiana Figueres que « cette semaine (a rapproché la communauté internationale) d’un ensemble structuré de décisions qui peuvent faire l’objet d’un accord à Cancun ».

Ce haut-lieu du tourisme balnéaire mexicain verra-t-il le fameux mécanisme REDD (Réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation forestière dans les pays en développement) définitivement entériné et l’aide aux pays du Sud définitivement chiffrée ? C’est en tout cas plus probable que de voir l’ensemble des participants désidéologiser leur approche de la réduction des émissions de GES. Ils ont il est vrai été beaucoup trop bégueules depuis un an pour que les observateurs croient encore en un accord fort à brève échéance.

Crédit photo : flickR – Sam Haldane
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