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Pékin veut se lancer dans l’exploitation minière en eaux profondes

Pékin veut se lancer dans l’exploitation minière en eaux profondes
Cela fait une quarantaine d’années que les Etats soupçonnent la présence d’importants gisements minéraux sous-marins. La Chine se lance dans le grand bain et a posé une demande officielle d’exploitation en dépit des récents scandales de l’exploitation offshore du pétrole

La marée noire dans le Golfe du Mexique ne décourage décidément pas les tenants de l’exploitation en eaux profondes des ressources naturelles et minérales. Il faut dire qu’il n’y a pas que du pétrole à aller chercher dans les mers…

La Chine a en effet effectué une demande de permis de minage en eaux profondes pour exploiter le cuivre, le nickel et le cobalt situés à 1 700 mètres de profondeur dans l’océan Indien. Ces gisements contiendraient également d’importantes quantités d’or et d’argent. La requête de Pékin est une première du genre d’autant plus significative qu’elle est effectuée dans des eaux internationales, ce qui pourrait entraîner une multiplication des demandes de cet ordre.

L’intérêt pour les ressources minières sous-marines n’est pourtant pas nouveau. Il date en fait du milieu des années 1960 et de la publication de The Mineral Resources of the Sea, un livre de J.L Mero qui démontrait la présence en quantités astronomiques de minéraux à 5 000 mètres de profondeur sous les mers. Dans les années qui ont suivi la parution de cet ouvrage, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne ont lancé des opérations d’exploration finalement abandonnées après des investissements de centaines de millions de dollars qui n’ont pas obtenu les résultats escomptés. Les autorités chinoises se sont quant à elles montrées plus persévérantes.

Les écologistes tirent la sonnette d’alarme

Elles ont mené plusieurs opérations d’exploration des fonds marins et ont décidé de faire acte d’intérêt sur le minage de dépôts de minerais (cuivre, nickel, cobalt, etc.) dans une région du sud-ouest de l’océan Indien. Examinée en avril prochain, leurs velléités ont été officialisées par une demande en bonne et due forme auprès de l’International Seabed Authority (ISA), l’institution apte à légiférer sur l’exploitation des fonds marins, en accord avec la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer de Montego Bay (Jamaïque), laquelle a été signée en 1982.

Echaudés par les récentes affaires des groupes pétroliers en Louisiane, en Alaska ou encore au Nigeria, les écologistes se montrent plus que réservés sur ces opportunités de développement économique. Membre de la Marine Conservation Society, Richard Harrington considère ainsi que « le minage en eaux profondes pourrait multiplier les dommages déjà existants dans les océans ». Quant à Charles Clover, auteur de The End Of The Line, livre qui dénonçait la surpêche et plus généralement la surexploitation des ressources sous-marines, il voit dans ces zones « certains des écosystèmes les plus richement dotés mais aussi les moins connus ». Etant donné les intérêts économiques en jeu, il prédit aussi que « le potentiel de conflit entre le commerce et la conservation est énorme ».

Les dangers environnementaux ne manquent effectivement pas, d’abord parce que les gisements que voudraient exploiter Pékin se situent dans une zone comprenant de nombreux monts hydrothermaux, des geysers sous-marins dont la formation résulte de l’activité volcanique. Et même si ces monts sont pour l’heure considérés comme inactifs, ils pourraient entrer en éruption à la suite de mouvements de plaques tectoniques, ce qui aurait des conséquences pour l’heure encore inenvisageables. Une étude de l’université de Toronto parue en 2007 a aussi mis en garde contre les dangers de l’exploitation minière dans des zones avec une activité volcanique souvent importante et a estimé que « les espoirs de régulation des mines sous-marines n’étaient pas bons ». Les faits pourraient hélas lui donner raison.

Des projets déjà en cours en Océanie

D’autres projets d’exploitation minière offshore ont certes déjà vu le jour, mais au sein de zones économiques exclusives (ZEE) et non dans les eaux internationales. La Nouvelle-Zélande s’intéresse par exemple aux importantes ressources de minerais qui seraient présentes dans sa ZEE. Les premières licences ont été déposées en 2008 par le groupe Neptune Minerals (basé à Toronto) pour commencer à récupérer les concrétions des cheminées hydro-thermiques cette année. La zone s’étale sur 278 000 km², soit la moitié de la superficie de la France, dans les eaux territoriales de Nouvelle-Zélande mais aussi de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des Vanuatu et des Etats fédérés de Micronésie, avec une demande en attente pour 436 000 km² supplémentaires au Japon, dans les Palau, aux Mariannes du Nord et même sur une zone italienne. Les eaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée – où un gisement est d’ores et déjà exploité – suscitent également les convoitises du groupe canadien.

« Neptune reconnaît qu’il y a des questions qui se posent sur la gestion environnementale de cette exploitation », a confirmé le Dr Simon McDonald, directeur exécutif du groupe. « Nous sommes néanmoins attachés à une bonne gestion de l’environnement marin et à une communication transparente avec tous les actionnaires », a-t-il tempéré. Cette volonté de transparence apparaît aussi dans les discours des grands groupes pétroliers. Les tragiques événements de ces dernières semaines ont montré ce que cela voulait le plus souvent dire sur le terrain.

Crédit photo : Flickr – gnews_pics
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