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Pékin veut mettre ses industries énergivores au pas

Pékin veut mettre ses industries énergivores au pas
Les autorités chinoises ont poursuivi le verdissement de leur image en menaçant de sanctions plus de deux mille industries coupables de ne s'être toujours pas conformées à leurs objectifs en matière de réduction de la pollution

Le pays le plus peuplé du monde a beau être le théâtre de scandales environnementaux que ses autorités mettent un point d’honneur à cacher au monde extérieur, il n’en paraît pas moins déterminé à intensifier sa mue écologique.

Enjointe courant avril par la Banque Mondiale de pousser davantage son verdissement, la Chine, qui est déjà le premier producteur d’électricité d’origine éolienne et le premier consommateur d’énergie de la planète, entend s’affranchir du joug fossile.

Si l’Empire du Milieu a récemment officialisé sa volonté de se lancer dans une exploitation minière en eaux profondes qui n’est sans doute pas le moyen idoine pour préserver la biodiversité, il a aussi été le théâtre fin juillet d’une marée noire de grande ampleur dans le port de Dalian. Celle-ci a fait s’interroger les experts et la communauté internationale sur la qualité de ses infrastructures pétrolières et comme souvent sur la véracité des allégations de ses pouvoirs publics.

C’est sans doute aussi pour rassurer ce monde extérieur dont ils n’ont longtemps semblé avoir cure que lorsque le pays s’est retrouvé sous le feu des projecteurs internationaux qu’ils ont décidé de persuader les industries énergivores de respecter leurs nouveaux standards environnementaux d’ici à la fin du mois de septembre.

Une fois encore la manière forte a emporté la conviction des décideurs. Ils ont en effet menacé les deux mille quatre-vingt sept récalcitrants pointés dans une liste rendue publique par le ministère de l’Industrie ce dimanche de leur couper l’électricité, de leur refuser l’octroi de prêts bancaires voire de retirer leur licence en cas d’entêtement. Quelque dix-huit secteurs sont concernés, dont ceux de la métallurgie et de la papeterie, réputés particulièrement polluants.

Un objectif à respecter

La menace intervient alors que le onzième et dernier plan quinquennal a fixé un objectif de réduction de 20 % de l’intensité énergétique (NDLR : la consommation d’énergie rapportée à la taille de l’économie) entre 2005 et 2010. Le défi est ô combien difficile à relever étant donné que 70 % des besoins énergétiques du pays sont encore couverts par le charbon et la vitesse à laquelle croît l’économie chinoise, même si l’intensité énergétique aurait déjà diminué de 14,4 % l’an passé. Il nécessite dans l’esprit des dirigeants des mesures contraignantes qui ne sont toutefois pas du goût de tous. « Jusqu’à présent personne ne nous avait fait de reproche, et nous avons l’agrément du Département de l’Environnement », a ainsi déclaré Li Chuncai, responsable du département de la logistique de la cimenterie Zhongcheng de Huaibei (province de l’Anhui), à présent dans le collimateur du gouvernement.

Reste que ce dernier a finalement joint les actes à la parole, son chef Wen Jibao ayant  prévenu début mai qu’il userait d’une « main de fer » pour que l’engagement étatique soit respecté.

Se pose néanmoins la question de l’impact de coupures d’électricité et autres fermetures partielles ou définitives sur la productivité mais également sur les populations. « Quand bien même il faudrait procéder à des améliorations, sans électricité, nous ne pourrons rien faire du tout », a judicieusement souligné Li Chuncai. Dans un pays réputé pour l’intransigeance de ses dirigeants faut-il s’attendre à des exemptions ou même à des délais supplémentaires, le temps que les industries incriminées ait le temps de retomber sur leurs pattes ? Les « incitations durables » suggérées par Greenpeace Chine finiront-elles par s’imposer au détriment des fermetures administratives prônées dans les hautes sphères ? Les premiers éléments de réponse devraient intervenir d’ici quelques semaines.

Un pas vers la transparence ?

En attendant on peut également s’interroger sur le caractère démagogique de cette annonce objectivement spectaculaire.

« Le groupe Ciments de Hangzhou s’étonne que l’un de ses fours soit cité, alors que les travaux exigés ont été réalisés il y a deux ans. Également nommé, le groupe Yatai, basé dans le nord-est du pays », soutient avoir procédé aux améliorations requises dans ses cimenteries dès 2006 », rapporte ainsi le correspondant du Monde à Shangaï. De nombreuses usines ont en outre choisi depuis longtemps de s’acquitter des amendes infligées par les autorités locales plutôt que d’assainir durablement leur fonctionnement. À cet égard, quels que puissent être ses inconvénients, la stratégie de dissuasion pourrait être la seule à même de valider les desseins écologiques de Pékin. Encore faut-il qu’elle soit favorablement accueillie par les populations et que les arguments sonnants et trébuchants que ne devraient pas manquer de lui opposer les concernés ne déclenche pas une marche arrière des autorités.

Des écologistes locaux ont salué un pas supplémentaire vers la transparence, six mois après la parution d’un recensement national de la pollution qui en a dit long sur la gravité de la situation environnementale de la Chine. À défaut d’une taxe carbone qui pour l’heure paraît encore très hypothétique, améliorer sensiblement la situation passe cependant aussi par la prise de mesures plus ciblées pour purifier l’air, restaurer la qualité d’eaux dont des inspecteurs du ministère de l’Environnement ont pu constater l’insalubrité à grande échelle ou encore limiter la prolifération des algues vertes dans le sud du pays, promise à être chronique vu le recours massif des agriculteurs aux pesticides.

Il y a hélas suffisamment de chantiers pour que les autorités soient contraintes de courir tous les lièvres à la fois.

Crédit photo : Wikimedia Commons – High Contrast
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