Advertisement

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Méduse 10 – requin 1

Les requins sont indispensables à l'équilibre de la biodiversité marine.
Si elles provoquent a minima de graves blessures, les attaques de requins sur l'Homme demeurent rares.

Aussi étonnant que cela puisse paraître étant donné leur image respective dans l’imaginaire collectif, les méduses tuent environ cent personnes chaque année, soit dix fois plus que les requins. Les premières prolifèrent, tandis que la majorité des espèces des seconds sont aujourd’hui en déclin…

Depuis toujours, et plus encore depuis quelques semaines, les requins font peur. Le grand requin blanc en particulier. Pourtant responsables d’un plus grand nombre d’attaques – généralement accidentelles – contre l’Homme que lui, les requins tigres et bouledogues sont beaucoup moins réputés et, fatalement, pâtissent moins du délit de sale gueule.

Ils connaissent néanmoins un regain de notoriété et font même la une de l’actualité environnementale avec ces trois attaques (dont deux se sont avérées mortelles, les deux dernières étant par ailleurs survenues fin juillet et début août) recensées depuis le début de l’année au large de l’île de la Réunion. Chacune a suscité un émoi considérable et malgré l’absence de preuves scientifiques irréfutables ainsi que l’opposition résolue des associations de protection de l’environnement, notamment de Sea Shepherd, dédiée à la sauvegarde de la biodiversité marine, les autorités locales ont finalement décidé d’agir. D’aucuns diraient de sévir.

Le maire de la commune de Saint-Leu Thierry Robert vient en effet d’autoriser la pêche de vingt spécimens dans la réserve marine, c’est-à-dire dans une zone où les requins sont supposés pouvoir se déplacer sans risques. Le but ? Prélever leur foie et l’analyser à des fins sanitaires pour savoir si oui ou non la chair des requins-bouledogues et des requins-tigres établis au large des côtes réunionnaises présente des traces de ciguatera, une toxine extrêmement dangereuse pour l’espèce humaine et qui les rend impropres à la consommation. Jugée insuffisante par certains professionnels de la mer et a contrario inappropriée par les ONG de défense de la nature, la mesure n’en finit pas de faire couler de l’encre et, il faut bien le dire, rappelle la saga des Dents de la Mer.

Elle doit surtout être considérée à l’aune du nombre d’attaques perpétrées par les squales sur l’Homme : entre cinquante et cent chaque année pour moins de dix morts en moyenne si l’on en croit les calculs de l’International Shark Attack File, la référence statistique dans ce domaine. Sachant que dans le même temps, tandis que les sports nautiques sont de plus en plus populaires, augmentant le nombre d’interactions possibles entre l’Homme et les prédateurs, plusieurs dizaines de millions de requins sont capturés chaque année pour leurs ailerons et, suprême cruauté, le plus souvent relâchés une fois délestés. Cette pratique, le shark finning, est désormais proscrite dans un nombre croissant d’eaux territoriales, mais vu la démocratisation des potages aux ailerons de requins, met qui a longtemps été l’apanage d’une élite, et l’engouement grandissant pour la médecine chinoise, ce n’est hélas pas demain qu’elle sera éradiquée…

La disparition des requins chamboulerait les écosystèmes marins

Les méduses, elles, tuent environ « cent personnes chaque année », rapporte Robert Calcagno, directeur général de l’Institut et du Musée océanographique, cité par nos confrères de l’AFP. De même, les éléphants, les scorpions et les serpents feraient respectivement six cents, cinq mille et… cent mille victimes par an, poursuit l’expert.

Les attaques de requins seraient néanmoins deux fois plus fréquentes que dans les années 1980 mais, encore une fois, cette recrudescence est selon les experts imputable à la hausse de la pratique des sports nautiques, le surf en particulier. Tout aussi indiscutable, l’épuisement des ressources halieutiques pourrait également contraindre les squales à chercher de quoi s’alimenter dans des contrées qu’ils n’avaient pas l’habitude d’explorer. Ce phénomène pourrait en outre expliquer pourquoi certains spécimens ont été observés dans des eaux qu’ils ne sont pas censés fréquenter…

Rappelons enfin que, d’après l’ONG Pew Environment Group, sur deux cent-soixante-dix espèces de requins dont il serait possible d’évaluer l’état de santé, cent-cinquante sont à présent menacées de disparition ou en passe de l’être. Or « les requins sont indispensables aux écosystèmes marins » et « s’ils (disparaissaient), ils ne (feraient) plus leur métier de “top-prédateurs”, qui est de manger les prédateurs au-dessus d’eux », avertit Philippe Vallette, directeur général du Centre national de la mer Nausicaa (Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais) également interrogé par l’AFP.

Les perspectives d’avenir des requins dans leur ensemble sont objectivement très sombres. Dans ces conditions, une question se doit d’être posée : ne serait-il pas plus judicieux de porter davantage l’accent sur la sensibilisation, en particulier concernant les moments de la journée ou les conditions de turbidité de l’eau à éviter, et de réexaminer les contours de la réserve marine en priorité plutôt que de se lancer dans une pêche aux informations qui, si elle rassurerait sans doute certains, n’offre aucune garantie de résultats ?

Crédits photos : Wikimedia Commons / Albert Kok - Stephan
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !