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Marée noire : Le boulet d’Obama

Marée noire : Le boulet d'Obama
En déplacement pour la quatrième fois dans le Golfe du Mexique depuis le début de la catastrophe, Barack Obama tente de reprendre la main alors qu'une majorité d'Américains se sont déclarés insatisfaits de sa gestion de la crise

Les attaques répétées du chef de l’exécutif américain contre BP irritent des responsables britanniques. Une partie de la presse évoque même une remise en cause de la relation privilégiée qu’entretiennent les deux pays. C’est l’épisode 12548 de la funeste saga marée noire, avec comme d’habitude son lot de polémiques et de petites histoires… et la désagréable sensation que nombre des protagonistes de cette triste nuit américaine creusent encore après avoir touché le fond.

Bientôt deux mois que ça dure, et d’ores et déjà l’assurance que l’explosion de Deep Water Horizon restera dans les annales. D’abord parce que la pollution qu’elle engendre dépasse chaque jour un peu plus l’imagination, ensuite parce qu’elle a des répercussions économiques et géopolitiques proprement hallucinantes.

La justice déterminera la part de responsabilité de BP dans cette catastrophe hors norme mais pour le chef de l’exécutif américain elle semble n’incomber qu’au groupe pétrolier britannique, locataire de la plateforme qui n’a eu de cesse de violer ses propres règles de sécurité, au mépris de celle de ses employés et bien entendu d’un écosystème désormais noyé sous des hectolitres d’hydrocarbures.

Colère

Accusé de ne pas gérer comme il le devrait ou comme il le faudrait la situation par une majorité d’Américains, Barack Obama, celui-là même qui se plaisait tant à dire et à répéter que « oui, nous pouvons » avant de voir le tapis rouge menant à la fonction suprême se dérouler sous ses pieds, est pour le coup totalement impuissant. Le plus grand désastre écologique de l’histoire du pays ne souille pas que les côtes de Louisiane et de Floride : il est aussi en train de polluer son mandat, tout comme l’ouragan Katrina avait pollué le deuxième « quadriennat » de son prédécesseur.

Au même titre que BP le président des États-Unis ne parvient pas à sortir la tête de l’eau et il a de plus en plus de mal à tempérer son exaspération. « BP devra payer tous les dégâts », « BP doit assumer ses responsabilités », martèle-t-il sans cesse depuis plusieurs semaines. Oui, cette multinationale inconséquente et insuffisante jusque dans sa communication (celle-ci est devenue un cas d’école pour tous les dirigeants d’entreprise masochistes qui auraient l’intention de se tirer une balle dans le pied) l’énerve au plus haut point et après avoir promis qu’il allait « botter des fesses » il a convoqué le président du groupe à Washington.

Fort discret jusque là – c’est surtout Tony Hayward qui par ses déclarations malencontreuses ou franchement déplacées a concentré l’essentiel de l’attention des médias – le Suédois Carl-Henric Svanberg sera demain face à un locataire de la Maison Blanche remonté comme une pendule.

« Il tue nos retraites »

On peut comprendre son courroux : Marcia McNutt, directrice de l’Institut géophysique américain (USGS) et présidente du groupe d’experts mandatés par l’administration Obama pour évaluer l’écoulement de brut, a indiqué jeudi que « l’estimation basse des scientifiques [...] tourne autour de vingt mille barils (par jour) tandis que la haute est un peu supérieure à quarante mille (NDLR: soit entre trois millions deux cent mille et six millions quatre cent mille litres quotidiens) ». Bien que basées sur des mesures effectuées avant la pose de l’entonnoir, ces chiffres sont très supérieurs à ceux du groupe pétrolier, dont l’optimisme initial avait déjà été rapidement douché par des études scientifiques et qui a ensuite évoqué une fourchette comprise entre douze mille et dix-neuf mille barils dans le pire des cas.

Fatalement la question du sérieux des expertises de BP a resurgi et ce nouvel écart lui a valu une énième volée de bois vert. Sauf qu’à force de diatribes les autorités britanniques ont fini par en avoir assez et l’ont fait savoir. Une dégradation des rapports si étroits qu’entretiennent depuis toujours la première puissance économique du monde et la Perfide Albion : il ne manquait plus que ça pour le locataire de la Maison Blanche.

Le maire conservateur de Londres Boris Johnson a ainsi regretté jeudi dernier la montée d’une « rhétorique anti-britannique » responsable selon lui d’une nouvelle baisse du titre à la Bourse et qui pourrait être à l’origine de la suspension (ouvertement souhaitée par deux sénateurs démocrates) du paiement des dividendes des actionnaires. Ceux-ci pèsent dix milliards cinq cents millions de dollars (environ huit milliards six cent millions d’euros) et pourraient donc ne pas être versés, histoire de faire retomber le soufflé.

« Cela ne me pose pas de problème que BP respecte ses obligations morales (envers ses actionnaires) mais je veux que ses dirigeants sachent qu’ils ont des obligations morales et légales dans le Golfe », a insisté M. Obama, manifestement déterminé à ne pas relâcher la pression.

David Cameron a lui aussi fait part de son malaise la semaine passée au cours de sa première visite en Afghanistan. S’il a dit partager la « frustration » de son homologue américain le nouveau Premier ministre britannique a aussi appelé à se concentrer sur la lutte contre la marée noire. Autrement dit la priorité n’est plus à sermonner BP, qui au propre comme au figuré paie déjà assez cher son incurie.

« Les harangues de Barack Obama contre BP sont honteuses [...] Il tue nos retraites », estime pour sa part le Daily Express, pas vraiment le plus nuancé des quotidiens. Reste que son point de vue est partagé par les milieux d’affaires britanniques, lesquels l’ont toutefois formulé de manière plus pondérée. Responsable de deux entreprises du Footsie, l’équivalent britannique du CAC 40, John Napier a envoyé une lettre ouverte au président américain dans laquelle il l’a appelé à se conduire de manière plus « équilibrée » et à rester digne de son statut de chef d’État.

Quant à la banque américaine JP Morgan, elle a souhaité que la Grande-Bretagne « agite le drapeau rouge diplomatique pour protéger les entreprises britanniques ».

Crédit photo : United States Coast Guard

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