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Les plantes saturent de carbone

Les plantes saturent de carbone
On espérait que le phénomène de photosynthèse permette d’absorber de toujours plus importantes quantités de CO2. Une étude américaine démontre qu’il va sans doute falloir trouver un autre moyen de se débarrasser du dioxyde de carbone…

Cela ressemble de plus en plus à un cercle vicieux. Une équipe de chercheurs américains vient en effet de mettre à jour l’existence d’une possible corrélation entre réchauffement climatique et capacité d’absorption du carbone par les plantes.

La Terre devait déjà compter avec le phénomène de déforestation qui n’en finit pas de s’étendre, même si de timides progrès semblent apparaître ici et là et avec elle, d’importantes quantités de CO2 sont expulsées dans l’atmosphère. La réalité pourrait pourtant être encore pire que cela puisqu’avec le réchauffement climatique auquel nous semblons assister – en dépit des critiques climato-sceptiques – ces réserves de carbone que constituent la végétation semblent être arrivées à saturation, si l’on en croit une étude publiée dans la revue Science.

Maosheng Zhao et Steven Running, deux chercheurs de l’université du Montana, ont en effet découvert que la quantité de CO2 consommée par les plantes, appelée également production primaire nette (PPN) avait diminué de 550 millions de tonnes durant la dernière décennie, alors même que « la précédente décennie a été la plus chaude depuis que les instruments de mesure météorologique existent » annoncent les deux scientifiques. Ces données, calculées grâce à des données transmises par un satellite de la NASA – Terra - qui permet de scruter en deux jours maximum l’état général de la végétation mondiale, sont apparemment impressionnantes. Cela est finalement peu comparé aux 29,3 gigatonnes de dioxyde de carbone émises chaque année dans l’atmosphère mais alors que la PPN avait augmenté durant la décennie 1990-1999, ce retournement de tendance ne manque pas d’étonner les scientifiques.

L’overdose des « puits de carbone »

L’un des (rares) potentiels effets bénéfiques du réchauffement climatique résidait en effet dans un fait plutôt simple. L’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES), permettait à la végétation d’absorber de plus importantes quantités de CO2 et ainsi, accélérer leur développement – d’où l’expression « puits de carbone » attachée à la végétation. C’est d’ailleurs l’un des principaux arguments des climato-sceptiques pour expliquer pourquoi il est possible de continuer l’exploitation des énergies fossiles comme si de rien n’était, puisque les plantes sont friandes de ce CO2 émis – même si un tel argument omet qu’il n’y a pas que le dioxyde de carbone dans les gaz à effet de serre.

Sauf que ce lien de cause à effet semble sur le point de s’estomper, à en juger ce recul de la PPN. MM. Zhao et Running observent que toutes les parties du monde ne sont pas soumises à la même enseigne : « En 2000, les sécheresses ont réduit la PPN en Amérique du Nord et en Chine ; en 2002, les sécheresses ont réduit la PPN en Amérique du Nord et en Australie ; en 2003, une sécheresse causée par une importante canicule a réduit la PPN en Europe ; en 2005, de graves sécheresses en Amazonie, en Afrique et en Australie ont grandement réduit la PPN sur le plan régional et sur le plan mondial ; et de 2007 à 2009, sur de larges parties de l’Australie, des sécheresses continuelles ont réduit la PPN du continent ». On notera, parmi cette énumération, la situation difficile du premier poumon de la planète qu’est l’Amazonie, dont l’impact sur la PPN est majeur.

« Ceci constitue un avertissement majeur pour affirmer que des températures plus chaudes ne vont pas continuellement résulter dans une croissance plus soutenue des plantes » insiste M. Running. Et bien que ces deux chercheurs ne formalisent pas clairement ce lien entre réchauffement climatique et baisse de la photosynthèse, l’évolution récente de la PPN laisse la porte ouverte aux hypothèses les plus sombres. « Une PPN réduite pourrait potentiellement menacer la sécurité alimentaire de la planète et la production future de biocarburants » assènent-ils. L’observation de la PPN dans le futur devrait constituer un outil supplémentaire pour savoir si la Terre est en train d’assister à une accélération de son réchauffement.

Crédit photo : Flickr - Houbazur
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