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Il n’est pas rare d’entendre que si réchauffement climatique il y avait, nous n’aurions pas si fréquemment des températures en-dessous de zéro. Si la population n’est pas toujours sensible à la cause environnementale, c’est parce que le mal est insidieux. Le lac de Constance est de ces merveilles de la nature dont on ne soupçonnerait pas qu’il est en train de faire les frais de la hausse du thermomètre mondial.
Cette succession de plans d’eau situés à la frontière de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche a récemment fait l’objet d’une étude menée par le laboratoire Jet Propulsion (JPL) de la NASA. Les résultats ont mis en évidence que la surface des eaux du lac connaît une augmentation constante de sa température (+0,3 degré celsius tous les dix ans depuis cinquante ans), au point que tout l’écosystème est désormais menacé. Le lac de Constance n’est pas le seul à subir un tel réchauffement : les chercheurs américains ont en effet effectué des relevés sur 167 lacs partout dans le monde et sont parvenus à la même conclusion à chaque fois. Ils ont même pu constater que l’accroissement des températures a atteint part endroit 1,3 degré celsius en dix ans.

Quand les espèces des profondeurs ne respirent plus
Or une telle hausse peut avoir des conséquences dramatiques sur la faune et la flore aquatiques. Les eaux les plus chaudes sont devenues plus légères et remontent donc en surface, tandis que les eaux froides restent en profondeur. Pendant la période de l’année où la température de l’air baisse, un cycle qui consiste en une rotation entre les eaux chaudes et froides est censé se mettre en place. Ledit cycle doit permettre de disperser l’oxygène et les nutriments à travers le lac et ainsi d’approvisionner les espèces qui s’y trouvent. Sauf que « quand les eaux chaudes restent si longtemps en surface pendant l’année, le cycle d’échange des eaux se ralentit ou n’intervient pas du tout », souligne Karsten Rinke, directeur du département des lacs au Centre Helmholtz de recherche pour l’environnement de Munich (Allemagne). Et d’ajouter : « après un certain temps, il n’y a plus d’oxygène au fond du lac, ce qui conduit à la disparition des espèces qui s’y trouvent ». Le lavaret, sorte de saumon qui vit dans les lacs alpins, est l’un des nombreux poissons aujourd’hui menacés.
De telles modifications dans le cycle thermique peuvent engendrer un bouleversement des cycles de reproduction et altérer l’habitat naturel des espèces. Il semblerait par ailleurs que le Corbula gibba, un mollusque bivalve originaire de l’Asie du Sud-Est, ait élu domicile dans les lacs allemands depuis un certain nombre d’années, perturbant l’écosystème aquatique. La hausse des températures est également à l’origine de la prolifération des algues en surface, lesquelles réduisent encore la part d’oxygène censée alimenter les profondeurs. Un lien direct a été établi entre le réchauffement de la planète et les menaces qui pèsent sur la biodiversité dans le lac de Constance. Une équation peu réjouissante certes, mais qui fera au moins taire un temps ceux qui doutent encore des méfaits du changement climatique. Une raison supplémentaire – en fallait-il une de plus ? – de prendre au plus vite les décisions nécessaires au renforcement de la lutte contre ces dérèglements.

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