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La commission baleinière internationale dans le mur

La commission baleinière internationale dans le mur
Très attendue, la session annuelle de la CBI a donc tourné au fiasco. Les discussions sur une réduction des quotas ont en effet été repoussées à l'année prochaine. Une mauvaise nouvelle pour les opposants à la chasse à la baleine

Ce devait être la session annuelle la plus importante de ces dernières années mais elle a finalement tourné à la débandade, deux jours à peine après son ouverture à Agadir (Maroc) dans un contexte marqué par des soupçons de corruption sur les autorités nippones.

À l’origine de la proposition controversée d’abrogation (officieuse) du moratoire instauré en 1986 sur la pêche commerciale à la baleine, laquelle devait être « compensée » par l’instauration de quotas jugés trop élevés par l’Australie et a contrario d’abord insuffisants par le Japon, le président de la Commission baleinière internationale (CBI) Cristian Macquieira espérait que son compromis allait être adopté à l’unanimité par les soixante-quatorze délégations présentes sur la côte atlantique (NDLR : Quatorze manquaient à  l’appel, la Commission regroupant en fait quatre-vingt huit pays).

Des divergences encore insurmontables

Las ! Les divergences sont telles que les discussions ont finalement achoppé et ont été suspendues… pour un an. Le temps pour les délégations de revoir leurs exigences à la baisse ? Pas sûr tant Tokyo d’une part et Canberra d’autre part rivalisent d’intransigeance depuis des mois, aussi douze mois pourraient ne pas suffire pour que l’un et l’autre camp lâchent du lest.

« Certains membres ne veulent pas de chasse du tout, sauf la chasse aborigène. Cette position signifie une impasse », a commenté Yasue Funayama. La ministre japonaise adjointe de l’Agriculture et des Pêches a aussi souligné que son pays était disposé à faire des concessions en matière de quotas, à ne délivrer aucun nouveau permis et à autoriser une supervision internationale de ses activités, y compris à bord de ses bateaux. Elle impute donc explicitement l’échec des discussions aux pays chantres d’une interdiction pure et simple. Cette position est cependant aussi celle des États-Unis, qui par la voix de la responsable de leur délégation Monica Medina ont rappelé que leur objectif était de « sauver les baleines maintenant ».

« Les baleines dans les eaux australes n’appartiennent à aucun pays »

Assisterons-nous bientôt à une réorganisation de la « géographie de la baleine » ? C’est en tout cas ce que souhaite Frédéric Briand, Commissaire baleinier de Monaco, partisan d’une reconsidération des stocks espèce par espèce, par région et par sous-région ainsi que d’une limitation de la chasse aux eaux territoriales des pays qui la pratiquent assidument, à savoir l’Islande, la Norvège – lesquelles se limitent déjà à leurs côtes – et le Japon.

Ce dernier deviendrait donc persona non grata en Antarctique, où il a souvent eu maille à partir avec les membres de l’ONG Sea Shepherd. « Ceci doit figurer au coeur même du processus de négociations si nous devons parvenir à un accord à l’avenir [...] La durabilité des stocks est remise en question si un pays prélève des ressources loin de ses territoires. Le contrôle et la surveillance sont difficiles en haute mer, or nous avons tendance à agir comme des touristes inconséquents et irrespectueux dans ces zones » australes, a-t-il judicieusement rappelé. Et d’asséner tout aussi à propos : « Les baleines dans ces eaux n’appartiennent à aucun pays mais elles appartiennent à tout le monde ».

« Il est temps de fermer la porte sur ce compromis »

Alors que l’Australie réclame le respect total des « sanctuaires baleiniers » dans l’Antarctique et l’océan indien ainsi qu’une réduction progressive de la pêche dans l’océan austral dans un délai de cinq ans, le porte-parole de la délégation néo-zélandaise Glen Inwood, quoique lui aussi hostile à la chasse, a qualifié cette dernière exigence d’« irréaliste ».

« Ce n’est pas la fin du monde [...] mais il est temps de refermer la porte sur ce (compromis) », a enfin tranché Peter Garrett, ministre australien de l’Environnement, qui avait reçu mardi à Agadir une pétition rassemblant plus d’un million de signatures du monde entier en faveur du maintien du moratoire sur la chasse commerciale. Rédigée par le mouvement Avaaz, qui vise à « rapprocher les citoyens du monde entier » grâce à Internet autour des grandes problématiques écologiques, celle-ci n’a semble-t-il fait que renforcer sa détermination mais ne pouvait prétendre à faire plier ses adversaires.

Le vice-président (et pésident par intérim) de la CBI Anthony Liverpool a promis « de nouvelles idées » d’ici à demain et la clôture de cette session qui au bout du compte – mais c’est tout sauf une surprise – aura d’abord consacré l’extrême complexité d’une situation qui ne peut toutefois rester figée. Le paravent de la « pêche scientifique » derrière lequel se réfugient les autorités japonaises depuis près de vingt-cinq ans ne sera pas discuté et la réduction des prises sera au mieux pour beaucoup plus tard. Quant à l’interdiction totale de la chasse à la baleine, elle relève aujourd’hui du fantasme.

Crédit photo : Flickr – Dagur Brynjolfsson
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