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Inquiétudes sur le sort des abeilles

Inquiétudes sur le sort des abeilles
L’agriculture intensive, qui se traduit notamment par un recours massif aux pesticides, a directement participé à la spectaculaire diminution des populations d’abeilles aux Etats-Unis et en Europe.

Albert Einstein déclarait que si les abeilles disparaissaient, il ne resterait à l’Homme guère plus de quatre années pour survivre. Mais les propos du plus célèbre des scientifiques ont longtemps été ignorés tant par les pouvoirs publics que par les agriculteurs, tant et si bien que les populations d’abeilles sont en chute libre depuis cinquante ans.

Experts et scientifiques avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en 2007, inquiets qu’ils étaient du « pic de disparition » des abeilles. Maillon essentiel de la chaîne de pollinisation, elles sont décisives pour la sauvegarde de la faune et de la flore. Ainsi, les oignons, les melons, le coton, les cerisiers, les pommiers et l’arachide, pour ne citer qu’eux,  dépendent des abeilles à 90 voire à 100 %.

L’Institut national de recherche agronomique (INRA) a en outre estimé que 84 % des cultures végétales européennes dépendent des apports de pollen. La donne est sensiblement identique outre-Atlantique, où plus du quart des abeilles ont péri en 2007. Un rapport du Congrès stipula par la suite que 35 Etats avaient subi de plein fouet ce « pic » de mortalité.

Les causes sont multiples. Des pesticides déversés sur cultures agricoles ou à proximité des ruches à la réduction de la taille de leur habitat, en passant par les dérèglements climatiques et l’apparition de certains virus (Israeli Acute Paralysis Virus) et parasites (Nosema Cerana, Varroa Destructor), les menaces qui planent sur les apis sont nombreuses. Pis, en France, malgré de nouvelles dispositions prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement, le gouvernement a de nouveau autorisé l’utilisation du Cruiser et bientôt celle du Proteus, deux pesticides qui ont la particularité de demeurer longtemps sur la fleur et d’être particulièrement nocifs pour les populations d’abeilles.

Une population décimée depuis cinquante ans

Plus largement, une étude publiée dans le Journal of Apicultural Research a démontré que l’Europe entière était touchée par ce fléau. Abeilles domestiques, abeilles sauvages : toutes sont peu à peu en train de disparaître. Ce rapport a évalué le nombre d’abeilles dans les colonies entre 1965 et 1985 et entre 1985 et 2005. Ses conclusions sont alarmantes. Depuis 1965 en effet, la population desdites  colonies est en constante diminution, ce aussi bien en Europe de l’ouest qu’en Europe centrale. La mécanisation du secteur agricole et l’utilisation massive de pesticides seraient là encore les premières causes de surmortalité des abeilles sur le continent Européen. Mais leur recensement est laborieux, comme l’a reconnu le docteur Josef Settele, co-auteur de cette étude : « Il faut clairement normaliser les méthodes d’évaluation, surtout en ce qui concerne le nombre de colonies, et de manière urgente ». Et d’ajouter que « de telles méthodes fiables et harmonisées seront la base évidente de toute étude visant à comprendre et limiter le déclin des colonies d’abeilles ».

D’ici à ce qu’elles soient mises au point, de nouvelles mesures destinées à protéger ces insectes essentiels à la préservation de la biodiversité ne seraient pas de trop. C’est que l’heure n’est plus désormais, à laisser pourrir une situation qui, à moyen terme, risque de déboucher sur un authentique désastre environnemental.

Crédit photo : flickr - photogirl7
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