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BP cultive son sens de la provocation

BP cultive son sens de la provocation
La cité portuaire libyenne d'Apollonia serait aux dires des écologistes menacée par les opérations de forages en eaux profondes que doit conduire BP d'ici à la fin de l'année

Il n’est pas certain que les conclusions d’un rapport analogue commandé par les dirigeants des Exxon, Shell et autres Chevron auraient été différentes, mais l’enquête interne de BP minimise la responsabilité  de la multinationale britannique dans l’explosion de Deep Water Horizon. Et ce n’est pas le plus grave…

Propriétaire de la plate-forme, le groupe Transocean n’est semble-t-il pas une icône du capitalisme moralisé, en plus d’avoir lui aussi, c’est une certitude, sa part de responsabilité dans le plus grand désastre écologique auquel aient été confrontés les États-Unis. La société Halliburton était quant à elle en charge de cimenter le puits Macondo, ce que les responsables de BP n’ont pas manqué de rappeler à chaque fois ou presque qu’ils ont eu à rendre des comptes aux autorités américaines.

On se souvient ainsi d’une audition mi-mai au Sénat au cours de laquelle chacune des trois entreprises s’employa à se décharger sur les deux autres, ce qui a donné lieu à un spectacle qualifié de « ridicule » par Barack Obama lui-même. Gageons que le chef de l’exécutif américain – très remonté contre BP et dont l’inimitié envers son futur ex-directeur général, le serial-gaffeur Tony Hayward (lequel a depuis cédé la place à Bob Dudley dans la gestion quotidienne de la marée noire dans le Golfe du Mexique), est de notoriété quasi-publique – ne goûte pas davantage la teneur du rapport interne de cent quatre-vingt douze pages publié mercredi.

« Une série d’erreurs impliquant plusieurs parties »

Quoique le contraire eut été étonnant celui-ci porte en effet l’accent sur le « partage des responsabilités » dans le génocide environnemental qu’a provoqué l’explosion de Deep Water Horizon, dont il faut également rappeler qu’elle a fait onze victimes et qui serait d’après les responsables de la sécurité de BP la tragique résultante « d’une série d’erreurs impliquant plusieurs parties ». Et ses auteurs de souligner les « décisions prises par plusieurs entreprises et équipes de travail » dans les heures et les minutes qui ont précédé la catastrophe.

Pas de mea culpa donc, et comme on pouvait s’y attendre la multinationale britannique ne s’est pas appesantie sur les violations des règles de sécurité pourtant maintes fois évoquées par le Congrès – ce que les plus pessimistes interprèteront comme un assentiment au maintien de certaines pratiques douteuses. Tout juste a-t-elle admis avoir validé « de manière incorrecte » les tests de pression sur le puits Macondo.

Reste maintenant à connaître l’impact de ce document sans valeur juridique sur les travaux de la Commission d’enquête indépendante nommée par Barack Obama. La stratégie de BP, elle, est on ne peut plus claire : pas question pour le groupe de payer seule les amendes et les indemnités, d’autant que des investissements considérables ont déjà été consenti pour non seulement réparer les dégâts (on se rapproche chaque jour du seuil symbolique de dix milliards de dollars, soit sept milliards huit cents millions d’euros) mais aussi se forger un début de conscience écologique via la création d’un fonds pour l’environnement. La multinationale britannique continue par ailleurs de marcher sur des œufs dans la mesure où elle peut encore se voir retirer les licences pour forer dans les eaux profondes du Golfe du Mexique, ce qui représenterait un manque à gagner considérable… et de nature à remettre en cause le financement de certaines opérations « vertes ».

Transocean explicitement visé

En reprochant à Transocean d’avoir échoué à « reconnaître et à réagir à la remontée d’hydrocarbures » pendant quarante minutes, BP espère que son bailleur ne sera pas le grand oublié de sanctions que l’opinion publique américaine souhaiterait exemplaires.

Elle aussi prévisible la riposte ne s’est pas faite attendre. « Le rapport tente de dissimuler les éléments cruciaux qui ont conduit à l’accident de Macondo : la conception irrémédiablement défectueuse du puits », a estimé Transocean, qui outre les graves accusations dont il fait l’objet doit verser d’énormes dividendes à ses actionnaires et est actuellement au bord du précipice.

Très compréhensible du strict point de vue économique, le système de défense des deux entreprises laisse néanmoins, étant donné les répercussions de la marée noire sur les populations et l’écosystème qui devraient appeler au minimum syndical de décence, un goût âcre dans la bouche. Bien que Transocean et Halliburton ne sauraient s’en sortir indemnes les conclusions de l’étude interne de BP seront en outre probablement suivies d’admonestations publiques, dont ses dirigeants sont certes devenus coutumiers.

Le renoncement récent du groupe à forer au Groenland est enfin largement contrebalancé par une sordide affaire en Libye, déjà évoquée dans nos colonnes fin juillet.

Le doute libyen

Des parlementaires américains ont réclamé l’ouverture d’une enquête approfondie à la suite de fortes présomptions sur le rôle joué par BP dans la libération du terroriste Abdelbaset al-Megrahi, commanditaire de l’attentat de Lockerbie… en l’échange de l’obtention de contrats pétroliers juteux. Le nouveau ministre britannique des Affaires étrangères a beau avoir écrit cet été à son homologue Hillary Clinton pour lui assurer que le géant pétrolier n’a pas contribué à cette sortie de prison très controversée (bien qu’officiellement pour raison de santé), le doute subsiste.

Il va sans dire que des suites judiciaires auraient une incidence sur des relations américano-britanniques dont certains experts disent qu’elles se sont déjà tendues ces dernières semaines. Quant aux forages au large des côtes libyennes, qui doivent débuter d’ici la fin de l’année, ils suscitent une autre polémique.

Car outre les risques écologiques de telles entreprises, ceux-ci se feraient deux cents mètres plus profondément que dans les eaux du Golfe du Mexique et au mépris d’une partie du patrimoine archéologique du pays. La cité portuaire d’Apollonia, située à cinq mètres en-dessous du niveau de la mer, serait particulièrement menacée, tout comme deux sites de la région de Tripoli pourtant classés au Patrimoine mondial.

BP assure avoir tiré des enseignements de la marée noire – ce serait il est vrai la moindre des choses et dans l’intérêt de tous – mais a bien sûr beaucoup de mal à convaincre.

Responsable de la Commission environnement au Sénat italien, Antonio d’Alli a rappelé que la Méditerranée est déjà l’une des mers les plus polluées du monde. À ses yeux et à ceux de beaucoup d’autres l’impact d’un déversement massif d’hydrocarbures serait irréversible.

La multinationale britannique a suscité un traumatisme mondial et son approche de l’exploitation des ressources pétrolières en eaux profondes ne suscite plus qu’une confiance très modérée. Elle continue toutefois de tout mettre en œuvre pour se faire haïr des défenseurs de l’environnement. Ceux qui la laissent faire uniquement pour des raisons financières ont la mémoire très courte. À croire qu’ils n’ont pas encore assimilé que les bénéfices deviennent gouffre en cas d’accident majeur.

Crédit photo : Wikimedia Commons - Edtrazer
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