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« Static Kill », l’opération de la dernière chance pour BP

« Static Kill », l’opération de la dernière chance pour BP
L’opération « Static Kill » que s’apprête à lancer BP pourrait mettre un terme définitif à la fuite du puits Macondo dans le golfe du Mexique. Pas dit pour autant que cela suffise pour redorer le blason du groupe britannique aux Etats-Unis.

La fuite du puits Macondo est-elle sur le point de s’arrêter pour de bon ? C’est l’espoir des nouveaux dirigeants de BP qui lancent une ultime opération pour colmater définitivement une brèche qui, c’est maintenant officiel, est malheureusement entrée dans l’histoire.


La marée noire du golfe du Mexique vient effectivement d’ajouter un triste record à sa panoplie. « En tout et pour tout, les équipes scientifiques estiment qu’approximativement 4,9 millions de barils se sont échappés du puits », précise un communiqué commun du gouvernement américain et de BP. Ces 4,9 millions de barils déversés en mer, qui représentent au total 780 millions de litres de pétrole, font du drame du golfe la plus importante marée noire accidentelle de l’histoire. L’annonce faite par un comité d’experts dépêchés par la Maison Blanche fait froid dans le dos, d’autant plus que ces scientifiques de l’United States Geological Survey (USGS) ont également indiqué que BP n’avait récupéré qu’un sixième de la quantité de brut évanouie dans le golfe, soit 800 000 barils. Le reste s’est donc dispersé dans l’océan Atlantique, ce qui confirme le cataclysme écologique engendré par cette affaire. Des 5 000 barils/jour estimés au début de la crise, le golfe du Mexique a en fait vu se déverser dans ses eaux plus de 53 000 barils/jour jusqu’à la pose du « Top Hat » le 15 juillet dernier.

Déjà un précédent dans le golfe du Mexique

C’était – déjà – dans le golfe du Mexique que s’était déroulé le plus important précédent en 1979 : l’explosion de la plateforme pétrolière d’Ixtoc de la compagnie PEMEX, qui avait entraîné l’écoulement d’environ un million de tonnes dans le golfe. Déjà à l’époque les efforts de la PEMEX s’étaient révélés insuffisants, les dispersants avaient été massivement utilisés, ce qui n’avait pas empêché le pétrole de s’écouler pendant 295 jours avant que la fuite ne soit finalement stoppée. Ce n’est toutefois pas la plus importante marée noire de l’histoire – tout du moins pas pour l’heure – puisque de cinq à dix millions de barils auraient été jetés dans le golfe Persique durant la première Guerre du Golfe, mais cela n’avait alors rien d’accidentel.

Même si le puits ne fuit plus, il n’est pas pour autant condamné de façon définitive. Une première tentative en la matière avait échoué fin mai et l’opération n’avait jusqu’alors pas été renouvelée. C’est tout l’objet du projet « Static Kill » que s’apprête à lancer la nouvelle équipe dirigeante de BP. Son principe est apparemment simple, puisqu’il s’agit d’injecter de la boue et du ciment par le haut du puits pour le colmater définitivement. Après les gaffes répétées du non regretté Tony Hayward, le nouveau directeur de BP Bob Dudley se fend d’un optimisme beaucoup plus mesuré que son prédécesseur : « Nous avons bon espoir » avait-il déclaré le 30 juillet dernier. Le groupe pétrolier va tout de même conduire aujourd’hui un ultime test d’injection avant de commencer le processus final, si le temps et les conditions techniques le permettent. Une légère fuite hydraulique a déjà retardé le début de l’opération à la dernière minute mais BP est confiant sur sa capacité à tenir ce premier essai dès ce mardi.

Encore bien des doutes subsistent

Si ce test se révèle concluant, la phase finale de cette opération de colmatage – le « bottom kill » – devrait démarrer entre le 11 et le 15 août. L’injection d’un mélange d’eau et de matières solides, additionné à du ciment grâce au puits de secours toujours en construction, devrait – normalement – sceller pour de bon le puits Macondo. « Ca peut être le début de la fin » considère Darryl Bourgogne du laboratoire de recherche en ingénierie pétrolière à l’Université de Louisiane. L’usage du conditionnel laisse planer le soupçon sur les certitudes de BP au sujet du « Static Kill », le groupe pétrolier ayant jusque là plutôt habitué les observateurs aux mauvaises surprises. « La seule chose qui sépare le pétrole de la mer est la valve » explique, moyennement rassurant, le directeur associé du Tulane Energy Institute Eric Smith. « L’idée est d’avoir autant de barrières que possible entre l’océan et le réservoir. Nous sommes en train d’ajouter un niveau supplémentaire de sécurité ».

La fin de la crise approchante n’empêche toutefois pas l’administration Obama et BP de montrer une nouvelle fois l’étendue de leurs divergences. Alors que BP semble sûr de mettre un point final à la crise avec son « Static Kill », l’amiral Thad Allen, coordinateur de l’intervention publique américaine, se fend de prudence : « Je ne pense pas que nous puissions voir ceci comme la fin de tout tant que le puits de secours n’est pas finalisé ».

Et alors que tout le monde se demande pourquoi la marée noire semble avoir disparu de la surface du golfe du Mexique – l’usage intensif des dispersants et la dissémination de la nappe dans l’océan Atlantique pouvant peut-être apporter quelques éléments de réponse – les écologistes anticipent avec effroi le scénario d’un « happy end » qui serait pour le moins déplacé. « Nous sommes terrifiés à l’idée d’affronter le moment où sortira l’expression « Mission accomplie » » craint Aaron Viles, directeur de campagne du Gulf Restoration Network, en référence à la déclaration de victoire de George Bush après la guerre en Irak de 2003. Si au soir du « Static Kill », il est possible de titrer « Désastre arrêté », ce ne sera déjà pas mal.

Crédit photo : Flickr – Fibonacci Blue
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