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Marée noire : Quand l’inévitable se produit

Marée noire : Quand l'inévitable se produit
Treize mille personnes se battent tous les jours pour sauver ce qui peut encore l'être. Elles n'ont cependant rien pu faire pour empêcher le brut d'atteindre les côtes de la Louisiane

Pendant que la polémique enfle sur les dispersants utilisés par BP, la marée noire menace les côtes de Floride et souille déjà une cinquantaine de kilomètres de côtes en Louisiane.

La barrière de corail située au large de l’un des États les plus visités des États-Unis, troisième plus importante du monde, est désormais directement menacée par les hydrocarbures, lesquels ont été happés dans le loop current.

Ce puissant « courant en boucle », qui circule dans le sens des aiguilles d’une montre et s’échappe par le détroit de Floride en direction de l’océan Atlantique, risque fort d’accélérer l’arrivée de pétrole sur les plages floridiennes. Des conséquences désastreuses sur l’industrie du tourisme, qui représente près de soixante milliards de dollars (environ quarante-huit milliards d’euros) de chiffre d’affaires annuel en Floride et s’attend déjà à un été compliqué, sont à envisager. Les récifs de corail ne seront sans doute pas en reste, en plus de payer indirectement un lourd tribut aux produits dispersants Corexit EC9527A et EC9500A utilisés par BP.

« C’est comme lorsque vous cuisinez et que de l’huile saute de votre poêle »

Biodégradables mais Interdits en Grande-Bretagne, ce qui témoigne de la controverse qu’ils suscitent ou a minima d’une méconnaissance sur leur dangerosité pour l’environnement, ceux-ci maintiennent certes le brut sous la surface de la mer – et contribuent de fait à préserver les espèces vivant en surface et sur les côtes – mais pourraient en effet amplifier la menace qui pèse sur la végétation et les espèces établies en eaux profondes.

Les écologistes en sont convaincus, eux qui d’une façon générale prônent l’arrêt des disséminations et considèrent lesdits dispersants dangereux voire même inefficaces. C’est notamment l’avis de Gigi Glenn, membre du NRDC (National Resources Defense Council), qui a évoqué l’utilisation par BP de « deux technologies incompatibles », avec « d’un côté des flotteurs et de l’autre une fluidification de la nappe qui, du coup, passe en-dessous et saute par dessus ».

Les autorités de Louisiane et les pêcheurs ont également émis les plus vives réserves, redoutant des conséquences dramatiques sur la faune, la flore mais aussi les populations. Leurs craintes ont été balayées par la multinationale britannique, laquelle a souligné que le recours à pareilles substances n’était pas une nouveauté et qu’elles permettaient de dégrader plus facilement le pétrole. Sauf que tout indique aujourd’hui que cette pollution-ci présente des caractéristiques très différentes des précédentes marées noires, avec des filaments de pétrole rougeâtres rendus plus liquides qui se déplacent en ordre dispersé au gré des vents et des courants.

« C’est comme lorsque vous cuisinez et que de l’huile saute de votre poêle [...] Une à une les gouttes ne sont pas difficiles à éponger mais c’est très dur de toutes les avoir »,  a décrypté Kristy Wallisch, garde d’un National Historical Park Jean Lafitte (Louisiane) directement exposé à l’arrivée d’hydrocarbures.

BP va devoir changer de produits

L’Environment Protection Agency (EPA) a finalement coupé court hier en ordonnant au groupe pétrolier d’identifier des produits « moins toxique(s) et plus efficace(s) » et lui a laissé soixante-douze heures pour utiliser d’autres dispersants. À l’heure où nous écrivons ces lignes, BP a peut-être déjà trouvé un dissolvant plus fiable, étant entendu qu’il doit nécessairement être choisi dans la liste des substances autorisées par l’EPA.

Sous le feu de vives critiques quotidiennes depuis le naufrage de la plate-forme Deep Water Horizon, le groupe n’a en tout cas pas le temps de tergiverser et sera tenu de rendre des comptes en cas d’irrespect des délais impartis.

L’EPA s’est de son côté fendu d’un communiqué pour justifier sa position tranchée : « Si le dispersant que BP utilise jusqu’ici figure sur la liste des produits approuvés par l’agence, BP utilise ce dispersant en volumes sans précédent et a commencé la semaine dernière à l’utiliser sous l’eau à la source de la fuite [...] Eu égard au fait qu’il existe peu d’informations sur l’usage de dispersants dans un milieu sous-marin, l’EPA veut s’assurer que BP emploie le produit le moins toxique possible ».

L’avenir dira si les quantités massives qui ont été dispersées dans le Golfe du Mexique – près de deux millions de litres de dissolvants – ont eu un impact aggravant sur l’écosystème. Géochimiste à l’Institut français du pétrole (IFP), Frank Haeseler considère pour sa part qu’il y a « peu de risques de retrouver ces dispersants sur la côte, puisqu’ils se dissolvent rapidement dans l’eau » tout en reconnaissant que « si le dispersant est trop fort, le mélange avec les hydrocarbures peut être toxique pour les plantes et pour les animaux ». Et l’expert de rappeler la fragilité de l’écosystème du littoral, qui implique que « plus on s’en approche, plus il faut utiliser un dispersant doux ».

La Louisiane touchée

La multinationale britannique qui, acculée, vient d’admettre avoir sous-evalué  l’ampleur de la fuite (NDLR : Elle a aussi affirmé hier pomper l’équivalent de cinq mille barils de brut par jour et en avoir récupéré cent quatre vingt-sept mille en surface depuis un mois), a vraisemblablement contribué à amincir et à fragmenter la nappe, la rendant sans doute plus pernicieuse encore. Sévèrement tancée depuis près d’un mois par les autorités américaines et sommée d’assumer ses responsabilités de toutes parts, elle a aussi, aux yeux de l’administration Obama, failli dans sa communication.

Cette dernière a à cet égard exigé hier du groupe davantage de transparence, l’accusant implicitement de l’avoir bernée, aussi bien sur sa capacité à lutter efficacement contre la pollution que par des estimations qui semblent aujourd’hui très en-deçà de la réalité. Les efforts promis par le PDG de BP Tony Hayward pour informer gouvernement et citoyens sur l’évolution de la situation ont été jugés insuffisants par Lisa Jackson, responsable de l’EPA, et Janet Napolitano, Secrétaire d’État aux affaires intérieures.

La tension est donc à son comble et, sur le terrain, la situation s’est fortement dégradée puisqu’hier plus de cinquante-cinq kilomètres de côtes de Louisiane (NDLR : Où la zone interdite aux pêcheurs a été doublée mardi pour atteindre 19 % des eaux territoriales américaines dans le Golfe du Mexique) ont été souillées par la marée noire, en attendant probablement beaucoup plus compte-tenu des quantités astronomiques de pétrole qui se sont écoulées et continuent de se déverser sous la mer.

« Il n’y a plus de vie dans ces marais. On ne pourra pas nettoyer », a déclaré, très abattu, le président de la paroisse de Plaquemines Billy Nungesser. Même désarroi du côté du gouverneur Bobby Jindal, qui a dit « (savoir) qu’il (allait arriver davantage de brut) », alors que des zones marécageuses entières sont à présent tapissées de pétrole et qu’Edwin Stanton, coordonnateur des secours en Louisiane, n’a pas exclu – en dernier recours – de brûler les marais pollués.

Seules des « galettes » de brut avaient jusqu’ici été repérées sur les côtes de l’Alabama, de la Louisiane et du Mississippi, trois États qui malgré l’importance des moyens mobilisés (treize mille hommes, plus de cinq cent bateaux autour de la structure naufragée et environ quatre cent cinquante kilomètres de côtes « couverts » par des boudins flottants) ne se font plus aucune illusion.

En Floride aussi les populations s’attendent au pire. Le gouverneur Charlie Crist a étendu hier l’état d’urgence à des zones comprenant l’archipel de Keys et la ville de Miami. Les côtes de Cuba, qui accueillent un écosystème déjà vulnérable, sont par ailleurs également sur la trajectoire du loop current. La « scène de crime » évoquée par Larry Schweiger, président de la Fédération américaine de la faune et de la flore, fait des pieds de nez réguliers aux météorologues et se déplace dans tous les sens. Six cent vingt mille emplois sont menacés, des réserves d’oiseaux sont aux premières loges et la marée noire pourrait, dans le pire des scénario, représenter l’équivalent de trente-quatre « Exxon Valdez ». Le pire n’est plus à redouter. Il est malheureusement en train d’arriver.

Crédit photo : United States Coast Guard
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