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Marée noire : Obama à nouveau sur place

Marée noire : Obama à nouveau sur place
Trois semaines après son premier déplacement en Louisiane, Barack Obama a annoncé vendredi un triplement des effectifs pour faire face à la plus grave catastrophe environnementale de l'histoire des Etats-Unis

« Je prends en fin de compte la responsabilité finale de trouver une solution à cette crise [...] Je suis le président et je suis le responsable en dernier ressort », a déclaré le locataire de la Maison Blanche, qui s’est rendu vendredi en Louisiane pour la deuxième fois depuis l’explosion de Deep Water Horizon le 20 avril.

Alors que Barack Obama est de plus en plus tancé pour sa gestion de la crise, en particulier pour avoir pris trop tard la mesure de la gravité de la situation *, le chef de l’exécutif américain fait désormais profil bas.

S’il tient (et toute son administration avec lui) toujours BP, locataire de la plate-forme naufragée, responsable des coûts financiers de la marée noire, le successeur de George W. Bush sait toutefois qu’il ne peut rejeter toute la faute sur la multinationale britannique et compter sur ses seuls efforts pour circoncire ce dont on sait maintenant qu’il s’agit de la plus importante pollution de l’histoire des Etats-Unis.

Triplement des effectifs

Après avoir décidé la scission du Minerals Management Service (MMS)  (NDLR : dont la responsable a finalement démissionné), accusé d’avoir entretenu des relations trop étroites avec les groupes pétroliers qu’il devait surveiller, après avoir instauré une commission d’enquête indépendante et décidé de prolonger de six mois le moratoire sur l’exploitation des gisements pétroliers offshore, le président américain a donc annoncé un triplement des effectifs « là où le pétrole a touché les côtes ou (devait le faire samedi) ».

« Je sais que vous avez eu votre part de difficultés et de tragédies. Je suis ici pour vous dire que vous n’êtes pas seuls [...] On ne vous laissera pas tomber », a-t-il assuré dans un discours retransmis par les télévisions locales. M. Obama a visité la plage « interdite » de Port Fourchon et une base militaire elle aussi fermée au public mais ne s’est cependant pas arrêté dans les endroits les plus touchés. Il n’a pas davantage débattu avec les habitants, dont beaucoup disent aujourd’hui se sentir abandonnés, préférant s’entretenir avec des élus locaux, le gouverneur républicain de Louisiane Bobby Jindal et ses homologues d’Alabama et de Floride notamment. Le locataire de la Maison Blanche a enfin donné son agrément à la construction d’un tronçon expérimental de digues de sables, conformément à ce que réclamait de concert M. Jindal et David Camardelle, maire de la commune sinistrée de Grand Isle.

Jeudi, soit la veille de son déplacement, une nouvelle nappe « orangée » a été découverte à trente-cinq kilomètres du puits. En début de semaine, le pétrole avait pénétré les zones humides du littoral de Louisiane, avec des conséquences dramatiques pour l’habitat des oiseaux, et selon le gouverneur plus de cent cinq kilomètres de côtes étaient déjà recouverts d’hydrocarbures. Les barrières anti-pollution, dont le président américain a admis qu’elles étaient en nombre insuffisant – « nous allons essayer d’en fabriquer d’autres, mais cela va prendre du temps », a-t-il ajouté – , n’ont pas pu empêcher l’engluement des pélicans et de leurs oeufs, notamment à Barataria Bay, à la pointe sud de l’État.

Un capharnaüm que M. Jindal impute aussi aux gardes côtes et à BP : « Il est manifeste que les ressources indispensables à la protection de nos côtes ne sont toujours pas là : barrages, écumeuses, aspirateurs, nous manquons de tout cela ».

BP fait son mea culpa

Après avoir admis que son groupe était « confronté à un sérieux problème d’image » à la suite d’une série d’erreurs de communication, d’approximations et d’allégations contredites par les experts et les faits, en particulier sur la taille de la fuite et ses répercussions environnementales, le directeur de BP Tony Hayward estimait il y a quelques jours que le projet d’ « étouffement par le haut » (« Top kill ») avait entre 60 et 70 % de réussite.

Il s’agissait en effet d’injecter dans le puits, c’est-à-dire à mille cinq cents mètres de fond, des fluides de forages lourds et du ciment pour l’obstruer. Une autre entreprise périlleuse qui n’avait encore jamais été tentée dans des eaux aussi profondes et qui a été menée dans un contexte de harcèlement général des autorités américaines et des populations.

L’échec de l’installation d’un dôme de confinement, le succès au bout du compte très relatif du tube aspirant, la polémique sur l’utilisation massive des dispersants et bien sûr la quantité dramatique de pétrole qui s’est déjà échappée ont placé la multinationale britannique au pied du mur. Il n’était plus question cette fois de ne pas obtenir de résultats probants, à plus forte raison après la découverte de manquements fondamentaux à la sécurité – manquements in fine reconnus par BP - dans les heures qui ont précédé l’explosion de Deep Water Horizon.

Dix-huit minutes avant l’accident, le pompage a ainsi dû être stoppé à cause de plusieurs fuites. « Les données laissent penser que l’équipe pourrait avoir tenté une intervention mécanique à ce stade pour contrôler la pression, mais le flux de sortie et la pression ont alors augmenté brutalement et l’explosion s’est produite”, rapporte également une note à charge rédigée par les parlementaires américains Henry Waxman et Bart Stupak, lesquels coprésident la sous-commission parlementaire de l’Énergie et du Commerce et ont entendu des responsables de BP au sujet de l’enquête interne menée par le groupe. Trente-trois minutes avant cette interruption, les responsables de la structure auraient déjà dû être alertés car la quantité de pétrole qui s’échappait du puits était devenue plus importante que celle pompée à l’intérieur. Enfin, cinq heures avant l’explosion, une fuite avait déjà été observée sur la conduite montant du puits, ce qui suggère une défaillance de la valve de sécurité qui devait réguler la pression.

Ces éléments accablants s’ajoutent au témoignage diffusé il y a une dizaine de jours par la chaîne CBS du technicien Mike Williams, salarié du groupe suisse propriétaire de la plate-forme Transocean Ltd, selon lequel les techniciens de BP, par ailleurs mis sous pression par son employeur, aurait exigé du personnel d’accélérer la production de pétrole.

Sur le terrain, des habitants désespérés ont émis des doutes sur la volonté réelle du groupe pétrolier, qui a déjà investi plus d’un milliard de dollars pour tenter d’arrêter la fuite et alors même qu’il se préparait à ordonner le lancement du « Top Kill », de fermer le puits. Certains pensent en effet que BP souhaite surtout creuser le puits de secours pour pouvoir se remettre au plus vite à l’ouvrage. La prolongation du moratoire sur les gisements pétroliers offshore retardera de toute façon cette ambition devenue indécente sur le plan écologique. En cette période tragique, tout ce qui ne ressemble pas à une mauvaise nouvelle est une bouffée d’oxygène.

* Dans un sondage réalisé conjointement par USA Today et Gallup publié jeudi, 53 % des Américains ont par ailleurs jugée « insuffisante » ou « très insuffisante » l’action de l’administration Obama pour lutter contre la marée noire.

Crédit photo : United States Coast Guard
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