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Marée noire : L’étau se resserre autour de BP

Marée noire : L'étau se resserre autour de BP
Plus de cinq cents bateaux sont mobilisés pour lutter contre la propagation d'une marée noire gigantesque et dont tout indique que BP aurait pu l'éviter

Alors que le brut menace d’arriver sur les plages de la Floride, le groupe BP, lui, peut désormais craindre de devoir boire le calice jusqu’à la lie.

La chaîne CBS a diffusé hier un témoignage accablant. Conjugué à l’effet dévastateur de la déferlante d’enquêtes et de demandes d’indemnisations qui s’abat sur la multinationale britannique, sans parler de son incapacité chronique à juguler la pollution, il a de fortes chances de mettre le locataire de la plate-forme Deep Water Horizon la tête dans le sac.

Cet accident aux conséquences écologiques encore mal connues mais dont on sait déjà qu’elles seront apocalyptiques devrait rester dans l’histoire comme le Tchernobyl de l’industrie pétrolière. L’explosion du réacteur 4 de la centrale ukrainienne s’est traduite par un renforcement de la sécurité dans les unités concernées. Vingt-quatre ans plus tard, le directeur de BP, Tony Hayward, vient de reconnaître que la marée noire amènerait à son tour une profonde remise à plat, laquelle est d’ailleurs vivement souhaitée par Barack Obama.

Sous-estimation ?

Il tient toutefois à préserver les intérêts financiers de son groupe et a de fait écarté l’hypothèse d’un arrêt de l’exploitation des gisements offshore du golfe du Mexique. Nonobstant les risques considérables qu’ils paraissent représenter ceux-ci contribuent  à hauteur de 30 % à la production pétrolière de la première puissance économique du monde. Plus largement, la planète dépend encore largement de l’or noir, c’est pourquoi nul ne doit s’attendre à ce que les États suivent l’exemple équatorien en renonçant, même partiellement, à la très lucrative exploitation des gisements pétroliers au seul motif qu’ils font encourir des risques environnementaux au demeurant variables selon les régions et le mode d’extraction.

D’après la National Public Radio (NPR), BP aurait par ailleurs sous-estimé la quantité de pétrole qui s’échappe chaque jour du puits de la carcasse de Deep Water Horizon, une thèse accréditée par les images sous-marines et qui est aussi celle de certains experts. L’équivalent de soixante dix mille barils de brut pourraient en fait se déverser quotidiennement dans l’océan Atlantique, soit la pollution provoquée par la déchirure de la coque du supertanker Exxon Valdez tous les quatre jours. Quand on sait l’émoi international qu’avait suscité la saignée de la biodiversité alaskienne et que les répercussions pour l’écosystème marin du Golfe du Mexique pourraient être infiniment plus dramatiques encore, BP a de quoi s’attendre à des lendemains difficiles.  Le groupe dispose certes d’une manne financière suffisamment considérable pour supporter plusieurs millions de dollars d’investissements quotidiens, mais le préjudice écologique dont il semble en grande partie responsable et l’impact que l’accident a sur son image ont fait naître des griefs à même de se transmettre de générations en générations.

Imprudence ?

Le très légitime courroux actuel est depuis quelques jours amplifié par un soupçon d’imprévoyance que relaie une partie de la classe politique américaine. Le quotidien de Louisiane Daily Cornet a ainsi révélé en début de semaine que BP avait élaboré un plan d’intervention en cas de marée noire certes très détaillé – le document fait tout de même cinq cent quatre-vingt deux pages – mais dans lequel ne figuraient pas les moyens utilisés aujourd’hui par le groupe pour diminuer la propagation du brut.

Nulle mention donc du tuyau de pompage et des couvercles d’acier « collecteurs » dans cette feuille de route par ailleurs avalisée par le Minerals Management Service (MMS) (NDLR : L’autorité chargée de délivrer les permis d’exploitation des gisements pétroliers) , ce qui avec le recul fait franchement désordre. « Il aurait dû y avoir un plan B, C et D en place avant que l’accident ne survienne, un plan qui aurait pu éviter que tout soit réalisé à la hâte alors que des millions de litres de pétrole se déversent dans le Golfe », a regretté Nick Rahall, président du Comité de ressources naturelles.

À noter que le MMS est lui aussi sous le feu des critiques et une enquête de l’Associated Press pourrait définitivement enterrer sa crédibilité. Elle a en effet révélé qu’au mieux un quart des inspections prévues – une par mois – depuis l’installation de Deep Water Horizon dans le Golfe du Mexique en 2001 auraient effectivement été menées. Les manquements de l’organisme, accusé d’avoir trop d’intérêts financiers dans les sociétés qu’il est censé surveiller, seraient par ailleurs tels que les compagnies instaureraient elles-mêmes leurs propres normes de sécurité depuis plusieurs années. Quant à la structure naufragée, elle aurait été autorisée à poursuivre ses activités malgré de nombreux dysfonctionnements et l’absence de documents théoriquement indispensables. Détail sinistre, elle aurait même été félicitée l’an passé sur ses mesures de sécurité.

Pressions ?

Dans un communiqué publié avant-hier, les responsables de BP ont repoussé les limites de la provocation en qualifiant de « très modeste » l’impact de la marée noire sur l’environnement. Quatre jours plus tôt, M. Hayward avait donné le ton en déclarant que la fuite était « minuscule » par rapport à l’étendue de l’océan Atlantique.

Des adjectifs très dérangeants alors que tout indique que ses estimations sur la taille de la marée noire, basées sur des images satellites, sont très inférieures à la réalité. Ils ne sont certainement pas étrangers à l’action qu’ont mené ce matin des militants de Greenpeace. En déployant un drapeau floqué des mots « pollueurs britanniques » et agrémenté d’une goutte de pétrole coulant du tournesol emblème de la multinationale sur son siège de Londres, ces derniers se sont faits les porte-paroles de populations indignées. Elles le seront sans doute davantage après avoir pris connaissance du témoignage à charge du dénommé Mike Williams.

Technicien en charge de l’électronique sur la plate-forme, ce salarié de Transocean Ltd, propriétaire de Deep Water Horizon, a dû faire un plongeon de trente mètres pour échapper à l’explosion. Dans l’émission 60 Minutes diffusée par CBS, M. Williams a fait état de pressions des responsables de BP pour accélérer la production de pétrole. Ces derniers, présents sur la plate-forme le jour de l’accident, auraient été en conflit avec ses employeurs, qui pressaient le groupe pétrolier britannique d’en finir alors que divers contretemps avaient ralenti les travaux. BP s’est finalement exécuté mais ses injonctions ont peut-être été à l’origine de l’erreur de manipulation qui a provoqué la destruction d’une partie du dispositif de sécurité anti-explosion. Entretemps, le puits se serait ouvert, ce qui selon le technicien aurait entraîné « une pression (des responsables de la multinationale) pour accélérer la production et l’allure ».

La commission d’enquête indépendante que, selon le ministre américain de l’Intérieur Ken Salazar, Barack Obama va nommer dans les prochains jours donnera ou non crédit à ces déclarations. Les autres enquêtes dont BP est la cible devraient également en tenir compte.

Alors que le groupe s’est félicité de l’efficacité de son tube aspirant, après l’échec retentissant de ses couvercles de confinement, M. Salazar a considéré qu’il ne s’agissait que d’un « pansement ». Parallèlement BP prépare un dispositif pour injecter de la boue autour du puits et ainsi bloquer l’écoulement. La seule solution fiable pour enfin arrêter les fuites demeure toutefois la construction d’un puits d’appoint. Deux sont actuellement en travaux mais ne seront pas terminés avant le mois d’août. D’ici là, l’écosystème aura eu le temps de subir des dégâts historiques, et BP de s’enfoncer encore plus.

Crédit photo : United States Coast Guard
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  • pardiou

    Il est plus que temps d’appliquer le principe de pollueur = payeur !

  • olivier

    Je suis d’accord avec “pardiou”. Il faut des condamnations exemplaires afin d’inciter ces groupes, qui pour rappel dégagent des bénéfices pharaoniques chaque année, à investir dans des installations fiables