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Marée noire : Enfin une bonne nouvelle

Marée noire : Enfin une bonne nouvelle
Raccorder un conduit de quinze centimètres au puits pour pomper le brut et le transférer dans un navire en surface, une entreprise périlleuse qui a toutefois donné les premiers résultats encourageants depuis l’explosion de la plate-forme Deep Water Horizon il y a près d’un mois

Près d’un mois après l’explosion de la plate-forme Deep Water Horizon, le groupe pétrolier est enfin parvenu à pomper du pétrole.

Jusqu’ici rien n’allait. La semaine passée, le « superdôme » sous-marin construit vite fait bien fait par les ingénieurs du groupe pétrolier pour emprisonner le brut n’avait ainsi pas pu empêcher la formation de cristaux d’hydrates de méthane hautement inflammables. La sécurité des employés à la surface n’étant plus assurée, il a fallu démanteler la structure. Le déversement de méthanol et d’eau chaude dans un dôme aux dimensions plus raisonnables n’a ensuite pas eu l’effet escompté et il a fallu se résoudre à laisser de côté cette controversée piste du couvercle. Quant au forage d’un puits d’appoint, il requiert trop de temps pour ne rien envisager d’autre.

La multinationale britannique a donc expérimenté en fin de semaine un système de siphonnage qui, étant donné les mille cinq cents mètres de profondeur, nécessitait lui aussi l’utilisation de robots sous-marins télécommandés et n’était pas beaucoup moins risqué que ses aînés infructueux : insérer dans le puits fuyant un tube de quinze centimètres de diamètre pour aspirer les hydrocarbures et les « transférer » dans un navire (NDLR : Le gaz naturel a quant à lui été brûlé à la surface). Le centre de commandement des opérations de secours a estimé hier que ce dispositif avait été « testé avec succès ». Elle a également révélé, encore évasive, avoir « (recueilli) un certain volume de pétrole et de gaz » et dit avoir bon espoir d’arrêter le déversement de brut dans le golfe du Mexique de manière définitive d’ici une semaine.

L’administration Obama sceptique

Un optimisme que les autorités américaines ne partagent pas. « Cette technique n’est pas la solution au problème et on ignore dans quelle mesure cela peut réussir », ont en effet nuancé dans un communiqué commun Janet Napolitano et Ken Salazar, respectivement secrétaire d’État à la Sécurité intérieure et secrétaire d’État à l’Intérieur.  Le test a par ailleurs dû être écourté en raison d’un déplacement du tube de son ancrage, un contretemps néanmoins pas surprenant compte tenu de la complexité de la manoeuvre, jamais tentée jusqu’ici dans de telles profondeurs.

Deux jours plus tôt, le locataire de la Maison Blanche avait annoncé « un réexamen des procédures environnementales pour l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz ». Il avait aussi qualifié de « spectacle ridicule » la joute qui a opposé mardi dernier au Sénat Transocean Ltd, la société suisse propriétaire de Deep Water Horizon, et BP, qui louait la structure et l’entreprise Halliburton, laquelle a réalisé le coffrage en ciment du puits.

Un affrontement sur le thème archi-classique et plutôt mal choisi vu les circonstances du « c’est pas moi, c’est l’autre » qui a achevé de courroucer Barack Obama, plus que jamais déterminé à ce que les acteurs de ce désastre écologique prennent leurs responsabilités et qui a prévenu qu’il ne « tolérerait plus » pareille attitude. « Depuis trop longtemps, pendant une décennie ou plus, une relation de proximité a existé entre les compagnies pétrolières et l’agence fédérale qui leur permet de forer », a ajouté le chef de l’exécutif américain, critiquant indirectement son prédécesseur et qui s’est fait le porte-parole de la majorité de ses concitoyens. Reste maintenant à savoir si les nouvelles dispositions qui figurent dans le projet de loi énergie-climat seront ratifiées par le Sénat.

Une pollution sous-estimée ?

Dans le même temps, le recours massif aux produits dispersants pour désintégrer le brut, matière visqueuse s’il en est, fait débat, alors que l’Agence américaine de l’environnement a donné son accord pour en répandre dans les profondeurs, en particulier autour du puits. Loin d’être un remède miracle, ce déversement massif pourrait aux dires d’Aaron Viles, membre du Réseau de protection du Golfe, qui regroupe plusieurs associations de défense de l’environnement, « avoir de graves répercussions sur la vie animale ». Des propos corroborés par Clint Guidry, président de l’Association des pêcheurs de crevettes de Louisiane, lequel redoute « un effondrement des pêches » déjà passablement ébranlées par la pollution sous-marine considérable.

À cet égard, Samantha Joye, chercheuse à l’Université de Georgie, a fait état « de quantités impressionnantes de pétrole dans les profondeurs, équivalentes à celles visibles en surface » et étalées « sur trois, quatre voire cinq niveaux ». Et la scientifique de préciser que la quantité d’oxygène avait déjà baissé de 30 % autour des nappes sous-marines d’hydrocarbures qui ont été récemment observées par des experts du Mississippi basés sur le navire de recherche Pelican.

À noter enfin, et surtout, que des scientifiques qui se sont appuyés sur une vidéo du brut jaillissant des profondeurs ont revu à la hausse les estimations gouvernementales, lesquelles ont été réalisées uniquement à partir d’images satellites.

D’après leurs investigations ce serait en fait entre vingt-cinq mille et quatre vingt-mille barils que rejetteraient chaque jour le puits dans le Golfe du Mexique, soit entre cinq et seize fois plus que les cinq mille barils cités par les autorités américaines. Les dégâts ne se chiffreraient donc plus en centaines de milliers mais en millions de litres de brut.

On parlait déjà de catastrophe ou de désastre environnemental. Sans doute est-il plus juste d’évoquer une apocalypse.

Crédit photo : United States Coast Guard
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