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Marée noire : BP et Transocean Ltd se livrent à un misérable ping-pong

Marée noire : BP et Transocean Ltd se livrent à un misérable ping-pong
Respectivement propriétaire et locataire de la plate-forme Deepwater Horizon, Transocean Ltd et BP ont tous deux une part de responsabilité importante dans son explosion qu'ils ont cependant bien du mal à assumer...

On dirait deux gamins dans une cour de récréation. « C’est pas moi, c’est lui ». Sauf qu’il s’agit d’adultes qui se partagent le plus gros de la responsabilité d’une apocalypse environnementale, la plus grave de l’histoire des États-Unis. Ils donnent une image déplorable d’eux-mêmes mais il n’est pas du tout certain qu’ils en aient cure et qu’en se renvoyant la balle, réclamant à tour de rôle des sommes indécentes, ils aient eu la plus petite pensée pour les dizaines de milliers d’Américains qu’ils ont mis sur la paille et les centaines de milliers d’animaux qui ont péri à cause de leur inconséquence.

Respectivement locataire et propriétaire de la plate-forme Deepwater Horizon, qui a explosé il y a un an et deux jours, BP et Transocean Ltd sont constants dans la médiocrité et la bassesse de leurs manoeuvres dépasse l’entendement de ce commun des mortels auquel ils accordent une considération pour le moins relative.

Le premier a mis ces douze derniers mois un point d’honneur à se faire haïr du monde entier, entre jérémiades déplacées de son ex-directeur exécutif Tony Hayward, tentatives plus ou moins fantaisistes, toutes économiquement compréhensibles mais moralement répréhensibles, de faire baisser l’addition et publication d’un ersatz de rapport développement durable. Le second, lui, a tissé des liens avec des individus peu fréquentables au Myanmar, violé les lois fiscales de plusieurs pays dans lequel il est implanté et est aussi fortement soupçonné d’être passé outre les règles de sécurité européennes entourant l’exploitation des forages pétroliers offshore.

Rappelons également que les saltimbanques en col blanc avaient déjà montré ce dont ils étaient capables en mai dernier devant le Sénat américain, se livrant à une passe d’armes qui avait suscité l’ire de Barack Obama en personne. Ce « spectacle ridicule » n’était malheureusement pas une simple péripétie, comme en a témoigné la plainte que le groupe pétrolier britannique a déposée avant-hier. Celle-ci vise Transocean Ltd mais aussi Halliburton, l’entreprise à l’origine du cimentage du puits Macondo, et Cameron International, la multinationale américaine en charge de la construction du système de prévention anti-explosion de Deepwater Horizon, et s’apparente à un acte désespéré de BP, qui aux dires des experts n’a que peu de chances d’obtenir gain de cause et pourrait avoir agi de la sorte pour tenter d’amener ses anciens collaborateurs sur le terrain de la négociation.

« Une plainte spécieuse et excessive »

Halliburton et Transocean Ltd se sont tous deux vus réclamer… plus de quarante-deux milliards de dollars (vingt-sept milliards quatre cents millions d’euros) de dédommagements et en ont pris pour leur grade. La plate-forme n’était « pas adaptée » à une activité de forage en mer ; de même « tous les systèmes de sécurité et toute la procédure de contrôle du puits sur Deepwater Horizon ont échoué, provoquant la catastrophe », a ainsi écrit BP dans son communiqué.

Un Exocet envoyé au bailleur, sommé de « rendre des comptes pour avoir causé l’explosion, l’incendie, la mort et les blessures (des employés qui travaillaient sur la plate-forme) et la marée noire qui s’en est suivie » et qui a de son côté jugé la plainte de la société britannique « spécieuse et excessive ».

Le groupe Halliburton, lui, s’est vu reprocher une « conduite malhonnête » et notamment d’avoir dissimulé des informations capitales qui auraient pu empêcher la catastrophe (NDLR : un avis partagé par la Commission d’enquête indépendante nommée par Washington, selon laquelle le ciment utilisé était instable). « Ses erreurs et ses omissions, sa dissimulation et sa fraude ont causé et/ou contribué à l’accident », a ajouté BP, locataire implicitement auto-proclamé parangon de vertu et qui n’a pas non plus épargné Cameron International.

À ses yeux, la fabrication et la maintenance du dispositif préventif précité n’ont en effet « pas atteint les normes d’un sous-traitant et fabricant raisonnable, ce qui s’est traduit par l’échec de son fonctionnement quand il s’est avéré nécessaire ». Cette « conduite négligente » est « une cause partielle ou totale de l’explosion de la plate-forme et de la marée noire », estime la direction de BP, qui n’a pas eu à attendre longtemps le retour de bâton.

« Pour protéger ses droits, Transocean a également déposé une plainte contre des entités de BP et d’autres parties impliquées dans l’accident », a donc indiqué dans un communiqué le groupe basé en Suisse, quelques heures à peine après l’attaque de son ex-partenaire et sachant que l’un et l’autre avaient jusqu’à hier pour intenter une action judiciaire de cette nature. « BP avait convenu entre autres choses d’assumer l’entière responsabilité, mais aussi de défendre et indemniser Transocean pour toute perte, déclaration, amende, pénalité pour des pollutions ou contaminations [...] liées aux opérations prévues par le contrat », a-t-il également souligné.

Dans cette dramatique tout le monde en convient : les torts sont partagés. Tout le monde sauf ses seuls responsables.

Crédits photos : USCG / flickr – BP Kills
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