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Marée noire : BP coupable ?

Marée noire : BP coupable ?
L'étau se resserre autour de BP, qui d'après des documents rédigés par des enquêteurs du Congrès américain aurait poursuivi les travaux de forage malgré des signes avant-coureurs d'accident

Cible de toutes les critiques, pour l’heure dans l’incapacité de juguler la fuite de brut dans les eaux du Golfe du Mexique, BP risque fort de voir sa responsabilité avérée dans l’explosion de la plate-forme Deep Water Horizon.

Nos confrères du Wall Street Journal ont mis la main sur des documents à charge rédigés par des enquêteurs du Congrès américain. D’après eux, des dirigeants du groupe pétrolier auraient donné l’ordre de poursuivre le forage malgré deux tests de pression qui ont mis en l’évidence, quarante-huit heures avant le drame, la formation d’une poche de gaz dans le puits.

Une catastrophe évitable ?

L’après-midi du 20 avril, jour de l’accident, des ingénieurs auraient alerté sur le fait que du gaz était en train de se mélanger au pétrole liquide dans le conduit. À 17 heures, un nouveau test de pression a été effectué qui n’a pas formellement écarté le danger. Des travaux de consolidation du puits via une injection de ciment ou la création d’un autre tuyau dérivé auraient alors pu être réalisés. Trois heures plus tard, l’extraction reprenait. On connaît la suite…

Reste maintenant aux investigations à faire toute la lumière sur cet enchaînement dramatique et à déterminer pourquoi la direction n’a pas jugé bon d’arrêter les frais.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le courant et les vents continuent de ralentir la propagation de la marée noire, qui n’est toutefois plus qu’à une quinzaine de kilomètres des côtes de la Louisiane. BP a de son côté finalement renoncé à installer une nouvelle chape de confinement, redoutant que la formation de cristaux d’hydrates de méthane à mille cinq cents mètres de profondeur soit inévitable malgré l’injection d’eau chaude et de méthanol. Le locataire de la plate-forme naufragée tente à présent une opération très complexe vu la pression abyssale : raccorder au moyen de sous-marins télécommandés un tube de quinze centimètres de diamètre au puits (qui, lui, fait une cinquantaine centimètres de large), tube qui doit transférer le brut vers un tanker immobilisé en surface.

Objet de plusieurs enquêtes, aussi bien des instances fédérales que de particuliers pour lesquels la marée noire constitue un préjudice économique considérable, et de quelque six mille sept cents demandes d’indemnisations (NDLR : dont mille auraient déjà été payées), la multinationale britannique avait déjà payé hier un tribut de quatre cent cinquante millions de dollars (soit trois cent cinquante-huit millions d’euros) à la gigantesque nappe d’hydrocarbures. Elle avait en outre déjà été vertement tancée dans les jours qui ont suivi l’explosion de Deep Water Horizon après que le Mineral Management Service (MMS) – lequel a lui aussi ouvert une enquête – ait révélé que BP s’était opposé à sa proposition de renforcement des règles de sécurité en septembre dernier.

Renforcement des mesures de sécurité

Dans le même temps, alors que le projet d’expansion des zones de forages en mer, officialisé fin mars par Barack Obama, a été suspendu et pourrait même étant donné l’ampleur des dégâts rester au bout du compte lettre morte, les autorités américaines ont introduit de nouvelles dispositions dans le projet de loi énergie-climat. Elles visent à renforcer la sécurité et procurent davantage de marge de manœuvre aux États concernés par l’exploitation des forages*.

La sécurité, un impératif qui dépasse largement les eaux territoriales américaines, ainsi qu’en témoigne la réunion avant-hier des représentants des groupes pétroliers et gaziers exploitant les plates-formes offshore en Europe.

Organisé par la Commission Européenne, qui souhaite obtenir davantage de garanties, ce sommet extraordinaire a réuni des émissaires de BP, Chevron, ExxonMobil, Repsol ou encore Total et partait d’un constat  simple, formulé sans ambages par le commissaire européen à l’Énergie Günther Oettinger, à savoir qu’ « aucune réglementation ne peut garantir [à l'Union Européenne (UE) ] 100 % de sécurité ».

Autrement dit le risque d’une explosion n’est pas à exclure et la réglementation continentale de l’industrie pourrait à terme, dans l’intérêt de tous, être renforcée. C’est que, dans pareil cas, le vieil adage selon lequel il vaut mieux prévenir que guérir prend tout son sens.

* : La Maison Blanche a aussi proposé un projet de loi visant à débloquer cent quatre vingt-huit millions de dollars (cent quarante et un millions d’euros), dont la majorité seraient couverts par BP, pour permettre au gouvernement fédéral d’accélérer l’assistance aux populations touchées par la pollution.
Crédit photo : United State Coast Guard
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