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L’inversion du cours des fleuves sibériens redevient d’actualité

L'inversion du cours des fleuves sibériens redevient d'actualité
Les présidents kazakh et russe étudient la possibilité d'inverser le cours des fleuves sibériens, dont l'Ienisseï. Une décision qui, aux dires du WWF Russie, pourrait avoir des répercussions écologiques dramatiques

Le président kazakh n’a décidément pas son pareil pour se distinguer de la plupart de ses pairs dirigeants. Explications.

Septuagénaire fringuant et fantasque, mais rarement dans le bon sens du terme, Noursoultan Nazarbaev est indéboulonnable. Dans d’anciennes Républiques soviétiques qui ont vu rouler bien des têtes depuis l’éclatement de l’URSS et sont à la stabilité politique ce que Tony Hayward est à la communication, l’ex-premier secrétaire du Parti communiste kazakh est à la tête du pays depuis son indépendance en 1990.

En vingt-ans, ce mégalomane notoire a instauré un culte de la personnalité « kim jong-ilesque » et a échafaudé une Constitution qui lui procure une immunité dérangeante pour quiconque a une conception dite « ordinaire » de la démocratie. Proclamé « chef de la nation » par la Chambre basse du Parlement le 12 mai dernier, il fait aussi depuis quelques jours la une de l’actualité environnementale.

L’effroyable précédent de l’assèchement de la mer d’Aral

Formulée le 7 septembre dernier lors d’un forum économique à Oust-Kamenogorsk (nord-est du Kazakhstan) avec son homologue russe Dmitri Medvedev, sa proposition d’inverser le cours des fleuves sibériens pour lutter contre la sécheresse a en effet déclenché un véritable tollé auprès des défenseurs de l’environnement. D’abord parce qu’elle était dans les petits papiers des prédécesseurs de Mikhaïl Gorbatchev, lesquels ne se sont, à la différence de ce dernier – inattendu éco-converti et qui avait enterré ce projet à la fin des années 1980 – , jamais illustrés par leur fibre écologique.  Ensuite (et surtout) parce que sa mise en application aurait « des conséquences catastrophiques », dixit Igor Tchestine, responsable du WWF Russie.

La dernière fois que les autorités soviétiques ont entrepris de s’immiscer dans le cours d’eaux fluviales dans de telles proportions, en l’occurrence celles des fleuves Amou-Daria (Ouzbékistan) et du Syr-Daria (Kazakhstan), qui ont été détournés, il en a il est vrai résulté un cataclysme qu’aucun de nos ancêtres n’aurait pu concevoir. Seule la décimation postérieure de la mer Morte peut être comparée au résistible assèchement de la mer d’Aral, soixante-huit mille kilomètres carrés jusqu’au début des années 1960 (soit à peu près l’équivalent de la superficie de l’Irlande), un lac de désolation « pesticidé », divisé en deux parties et qui tente désespérément de survivre aujourd’hui.

Son calvaire prolongé est l’atroce conséquence d’une double volonté étatique inextinguible d’irriguer les sols arides et de développer la culture du coton. Des milliers de pêcheurs sur la paille, des écosystèmes entiers assassinés : force est d’admettre que la prédiction de M. Tchestine repose sur une base solide. Ce très lourd passif n’a toutefois pas laissé un souvenir impérissable au président kazakh.

« Nous devrions nous souvenir »

Conscient des graves impacts que peut avoir la hausse du thermomètre mondial sur les Républiques caucasiennes, ce dernier a trouvé un soutien de poids en la personne du président de la Fédération de Russie.

« Il faudrait reconstruire le système d’irrigation soviétique. Nous sommes prêts à discuter de différentes idées, y compris celles qui ont été laissées en sommeil », a ainsi déclaré le successeur de Vladimir Poutine. Des propos très encourageants pour M. Nazarbaev, selon lequel il faudrait se « souvenir du projet de renverser le cours des fleuves sibériens vers les régions du sud de la Russie et du Kazakhstan ». « Il s’agit d’un problème important, celui de l’approvisionnement en eau de l’Asie Centrale », a par ailleurs souligné l’inamovible chef de l’exécutif kazakh.

« Une catastrophe écologique en Asie Centrale est malheureusement presque inévitable à cause des changements climatiques, mais il ne faut pas la transporter sur le territoire russe », a pour sa part estimé M. Tchestine. Eu égard à la canicule ayant sévi une bonne partie de l’été dans l’ouest de la Russie, ses déclarations pourraient être appuyées par la majeure partie d’une opinion publique qui en suffoque encore.

Théorisée dans les années 1930 par les scientifiques soviétiques, l’inversion des cours de la Léna, de l’Ob et du Ienisseï vers les zones peuplées d’Asie centrale – la nature a voulu qu’ils se jettent dans l’Arctique – pourrait en revanche être réclamée par les populations caucasiennes. Cette entreprise colossale requerrait néanmoins des moyens logistiques et financiers considérables ainsi que des études d’impacts environnementaux poussées auxquelles les anciennes républiques soviétiques et la Russie ne nous ont pas franchement habitués. La communauté internationale pourrait enfin estimer avoir son mot à dire et il serait bien étonnant qu’elle fasse bloc autour des nouvelles velléités fluviales de M. Nazarbaev – si tant est qu’il ne décide pas de lui-même de les enterrer.

Au credo du développement durable certains, hélas haut placés, opposent en tout cas celui de démantèlement durable. Triste monde.

Crédit photo : Wikimedia Commons – Dr. A. Hugentobler
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