NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Les centrales nucléaires françaises verront leur durée de vie prolongée

Les centrales nucléaires françaises verront leur durée de vie prolongée
Nicolas Sarkozy souhaite un « rempilage nucléaire » qui n'est évidemment pas du goût des écologistes

C’était écrit. Défenseur opiniâtre de l’énergie nucléaire, Nicolas Sarkozy s’est prononcé pour une prolongation de la durée de vie des centrales françaises.

L’Allemagne et la Suisse se sont engagées à sortir de l’atome et leurs unités seront démantelées respectivement en 2022 et 2034. Désireuse de reprendre son programme nucléaire, à l’arrêt depuis 1987, l’Italie, elle, s’est résolue à le différer à la suite de l’accident de Fukushima (Japon). Une catastrophe qui a donc amené certains gouvernements européens à prendre des décisions radicales, mais pas les pouvoirs publics français, imperméables au contre-lobbying des associations de protection de l’environnement et à la méfiance que suscite le nucléaire auprès d’un nombre croissant de nos compatriotes.

Emboîter le pas de Berlin et de Berne serait il est vrai un sacré défi, l’atome, véritable « dogme » dans nos frontières depuis cinq décennies, pesant grosso modo 75 % de la production nationale d’électricité. La capacité de production des énergies renouvelables étant sensiblement moindre que celle des centrales nucléaires, il eut fallu leur substituer au moins en partie des centrales au charbon et au gaz qui auraient remis en cause l’indépendance énergétique, entraîné une augmentation substantielle de la facture d’électricité et seraient allées à l’encontre des objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Dans l’esprit de la majorité, tout est donc parfaitement clair, et il n’y a pas photo. Le débat n’a pour ainsi dire pas lieu d’être, l’atome doit rester le fer de lance du bouquet énergétique et, outre un coût inférieur à celui engendré par d’autres scénarios à l’horizon 2050, en tout cas d’après une commission d’experts mise en place par le ministre de l’Énergie Éric Besson, la fermeture des unités françaises irait de pair avec la suppression de plusieurs dizaines de milliers d’emplois.

Souvent accusé d’avoir dit tout et son contraire durant son quinquennat, Nicolas Sarkozy n’a en la circonstance jamais changé de cap, défendant le nucléaire civil français à intervalles réguliers et indépendamment des polémiques et autres incidents techniques auquel le parc hexagonal a dû faire face depuis le drame de Fukushima-Daiichi. En cette période de crise économique, il est par ailleurs capital à ses yeux que les ménages français continuent de disposer d’une énergie bon marché, d’où la volonté élyséenne de prolonger la durée de vie des centrales au-delà de quarante ans.

« Le président a décidé de demander à tous les opérateurs de se mettre en situation », a rapporté M. Besson, cité par nos confrères de Reuters, et qui a souligné que la durée de vie des installations atteint soixante ans aux États-Unis – première puissance atomique mondiale qui de son côté va reprendre son programme nucléaire, placé en coma artificiel depuis l’accident de Three Mile Island en mars 1979. En conséquence, le développement du réacteur EPR (European Pressurized Reactor) [mille six cent mégawatts (MW) ] - chantier déjà très avancé même si, outre des retards importants et des surcoûts considérables, des défauts de conception ont été pointés – sera maintenu. Le leader mondial de l’atome, qui traverse actuellement une passe difficile, appréciera. De même, le chef de l’État a réitéré sa confiance envers les réacteurs ATMEA (mille MW), co-produits avec la Chine et la Russie, et s’est prononcé pour la construction de plus petites unités (trois cents MW).

L’option la moins coûteuse

EDF a sorti la calculatrice, et selon l’opérateur, le coût de la prolongation oscillerait entre six cent quatre-vingt et huit cent-soixante millions d’euros par turbine, en tenant compte des réajustements préconisés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont l’avis a valeur d’Évangile du point de vue du gouvernement. À titre de comparaison, la construction d’un seul réacteur EPR de troisième génération se chiffrerait à environ cinq milliards d’euros. Présenté hier dans sa version définitive, le rapport sur les scénarios énergétiques à l’horizon 2050 souligne en outre que si la contribution du nucléaire à la production nationale d’électricité devait être ramenée à 50 % à l’horizon 2030, conformément à ce que prône le Parti socialiste, la hausse inhérente des prix de l’électricité se traduirait par une baisse du PIB de 0,6 %.

De quoi conforter M. Sarkozy, si prompt ces temps-ci à citer l’Allemagne en modèle, mais qui, au chapitre énergétique, se démarque nettement de son homologue Angela Merkel. La remise en route de certaines turbines jusqu’alors à l’arrêt de l’autre côté du Rhin, pour faire face au pic de consommation généré par la vague de froid qui s’est abattue sur le Vieux Continent, apporte elle aussi de l’eau au moulin des « pro-atome ».

Peu surprenante, la décision de M. Sarkozy n’en a pas moins été – on pouvait là aussi s’y attendre – très mal accueillie par Eva Joly. Invitée du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, la candidate Europe Écologie-Les Verts (EELV) aux élections présidentielles, toujours à la peine dans les sondages, a déclaré porter un jugement « très négatif » sur les orientations gouvernementales. « Pour prendre un exemple, si vous avez une voiture-épave et si vous décidez de changer le moteur de cette voiture plutôt que d’acheter une voiture moderne qui pollue moins, est-ce que vous estimerez que c’est un bon choix ? Je pense que non », a commenté la dame aux lunettes rouges. « Nous sommes à la croisée des chemins, il y a un choix de société à faire et moi je fais cette campagne pour dire aux Français que nous sommes en retard et que nous sommes les seuls à ne pas avoir compris tout le bénéfice des énergies renouvelables », a-t-elle poursuivi.

Plus désireux de ménager la chèvre et le chou, Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande, a quant à lui rappelé que le candidat socialiste est « attaché à l’industrie nucléaire ». « C’est la raison pour laquelle il fera l’EPR de Flamanville (Manche) », a-t-il indiqué sur le plateau de l’émission BFMTV2012/Le Point/RMC. Mais « il y a eu Fukushima » et « le modèle économique, énergétique, écologique doit changer », a-t-il estimé, plaidant pour « un nouvel équilibre énergétique, un peu moins de nucléaire » face au « tout nucléaire » soutenu par la majorité.

Pas de doute, l’atome est en train de faire son grand retour dans la campagne présidentielle.

Crédits photos : Wikimedia Commons / Panelfestoon - Mossot
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • http://www.scoop.it/t/earthmergency/p/1201027735/les-centrales-nucleaires-francaises-verront-leur-duree-de-vie-prolongee-zegreenweb Les centrales nucléaires françaises verront leur durée de vie prolongée | zegreenweb | earthmergency | Scoop.it

    [...] http://www.zegreenweb.com – Today, 4:17 PM [...]

  • Maxime Dublanc

    Bonjour à tous, si vous souhaitez débattre de l’intérêt des centrales nucléaires en France, je vous invite à rejoindre 
    cette page Facebook!

    Alimentez le débat!