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Le syndrome NIMBY menace-t-il la transition énergétique ?

Si, en théorie, les Français sont très largement favorables à la transition énergétique, dans les faits cette sympathie peine à se traduire en actes. Un phénomène qui risque de compromettre la transition énergétique.

Les Français veulent consommer une énergie plus propre. C’est ce que rappelle un sondage Ifop publié le 9 mai dernier. Selon cette étude, réalisée pour l’association de défense de l’environnement WWF, 9 français sur 10 sont favorables à un modèle énergétique basé sur les énergies renouvelables (EnR). 75 % d’entre eux ont par ailleurs déclaré souhaiter que l’Europe s’oriente vers un modèle de développement qui préserve davantage nos ressources.

Cet engouement des Français pour la transition énergétique se confirme d’étude en étude. La 7ème édition du baromètre annuel de Qualit’ENR, réalisé par OpinionWay, souligne en effet que 98% d’entre eux encouragent le développement d’au moins un type d’énergie renouvelable. 71% des personnes interrogées pensent qu’il faut accélérer le rythme de développement des EnR.

Cette transition doit être portée par de politiques d’Etat, mais s’appuyer également sur la bonne volonté individuelle. Et, là encore, sur le papier, le volontarisme français est impressionnant. Dans le bâtiment par exemple : s’ils devaient réaliser des travaux de rénovation énergétique, 87% des ménages se tourneraient vers les EnR (pompe à chaleur, chaudière à bois, poêle à bois, panneaux photovoltaïques…). Pourtant, lorsqu’il s’agit d’implanter ces énergies renouvelables chez soi, les mots ne sont pas toujours suivis d’actions concrètes.

Manque d’information

Le premier facteur rédhibitoire est la mauvaise information sur les caractéristiques et le coût réel de ces équipements. Il s’agit d’un frein à leur installation pour 37% des propriétaires en France. Etat et régions proposent pourtant une kyrielle d’aides :

-        Le Crédit d’impôt Transition Energétique permet de rembourser 30 % de l’investissement dans les énergies renouvelables ;

-        Le Prêt à taux zéro (Eco-Ptz) permet de financer des travaux d’économie d’énergie dans son domicile ;

-        Il existe en plus une batterie d’aides régionales variées, parfois très avantageuses.

Not In My BackYard

Mais davantage encore, la transition énergétique chez les particuliers souffre de la tendance au « NIMBY ». Ce phénomène, basée sur l’expression anglaise « Not In My BackYard » (pas dans mon jardin) désigne une attitude proche du « faites comme je dis, pas comme je fais », qui conduit un certain nombre de nos concitoyens à penser que c’est aux autres de supporter les coûts de la transition énergétique.

Les protestations sont nombreuses : les premières concernées sont les éoliennes. Accusées de « défigurer le paysage », elles font face à des initiatives locales qui visent à faire rétropédaler les municipalités ayant décidé de se mettre au vert. « Ils n’en veulent pas parce qu’elles sont à côté de chez eux, mais ça ne les dérange pas qu’elles soient installées à 10 ou 15 kilomètres », confiait à ce propos Philippe Riffault, maire de Sens-Beaujeu, dans le Berry, qui fait face à une véritable fronde menée par quelques habitants de sa commune très déterminés.

Les éoliennes connaissent de fait un accueil mitigé. Une solution trouvée pour apaiser les esprits était d’installer les parcs éoliens au large des côte françaises. Là aussi, les éoliennes se heurtent à des vents contraires, à l’image du projet d’installation de projet de 40 à 60 turbines offshore au large de Dunkerque, contesté par le Front National, principale force d’opposition de la communauté d’agglomérations du Boulonnais. Pour ce dernier, les installations offshore « coïncident inévitablement avec les zones traditionnelles des pêcheurs professionnels. »

Et pourtant, ce parc permettrait de créer des centaines d’emplois, et la taxe annuelle sur les installations de production d’électricité, versée par l’exploitant, pourrait générer 3,3 millions d’euros par an, dont 1,3 pour le comité régional des pêches.

Le cas Linky

Autre victime malheureuse du phénomène NIMBY, le compteur « intelligent » Linky. Son déploiement gratuit a commencé dans toute la France en 2016 et devrait concerner tous les foyers français en 2021. C’est sans compter sur une opposition farouche qui tente par tous les moyens de le refuser. Ainsi, plus de 300 municipalités, souvent sous la pression d’un petit nombre de leurs habitants, ont voté contre l’installation du compteur sur leur territoire.

A l’heure de l’autoconsommation, Linky est pourtant la pierre angulaire de l’intégration des EnR dans nos vies. Ces sources intermittentes, difficilement stockables, doivent être pilotées de près afin d’être utilisées lorsqu’elles sont disponibles en abondance, et que le surplus en soit envoyé vers les foyers qui en ont le besoin plutôt que gaspillé. Linky permet de mesurer tout à la fois l’électricité produite et celle consommée – et donc de réintégrer l’excédent produit localement sur le réseau.

Dans tous ces exemples, on voit que le conflit NIMBY tient en bonne partie à des perceptions, des sentiments, des représentations. Une meilleure communication serait donc bienvenue, pour expliquer les bienfaits induits par les initiatives de l’Etat ou les bénéfices permis par une initiative personnelle. Cependant, plus largement, cette tendance soulève la question de la volonté réelle des Français : si nous continuons à accepter en gros (l’idée de transition énergétique, on l’a vu, est très populaire) et à refuser au détail (les éléments constitutifs de cette transition), la transition énergétique pourrait bien ne pas avoir lieu.

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